Cameroun : pourquoi un nouvel inventaire forestier est devenu une priorité nationale

Près de vingt ans après le dernier recensement de ses ressources forestières, le Cameroun prépare un nouvel inventaire national de son patrimoine forestier. Cette opération stratégique vise à actualiser les données sur les essences de bois, la biodiversité, la faune et les capacités de stockage du carbone des forêts. Au-delà de l’aspect environnemental, cet exercice devrait permettre au pays de mieux protéger ses ressources, renforcer sa gouvernance forestière et défendre ses intérêts dans les négociations internationales sur le climat.

Le Cameroun abrite l’un des plus vastes massifs forestiers d’Afrique centrale. Avec une superficie estimée à près de 22,5 millions d’hectares, sa forêt constitue un pilier de l’économie nationale et un réservoir de biodiversité d’importance mondiale. Cependant, les données officielles qui permettent d’évaluer l’état de cette richesse naturelle remontent à près de deux décennies.

Face aux évolutions enregistrées ces dernières années — exploitation forestière, pression démographique, changements climatiques et déforestation — les autorités estiment indispensable de disposer d’informations actualisées afin d’orienter efficacement les politiques publiques.

Le futur inventaire devra notamment établir la quantité et la qualité des ressources en bois, identifier les différentes essences disponibles, mesurer l’évolution de la faune sauvage et de la biodiversité, mais également évaluer la capacité des forêts camerounaises à capter et stocker le carbone, un indicateur devenu incontournable dans les politiques internationales de lutte contre le changement climatique.

Un outil stratégique pour les négociations internationales

Au-delà de la connaissance scientifique du territoire, ce recensement représente un enjeu diplomatique et économique. Les mécanismes internationaux de financement de la conservation des forêts et de la réduction des émissions de carbone reposent de plus en plus sur des données fiables et vérifiables.

Pour les responsables du secteur forestier, une meilleure maîtrise du potentiel forestier national permettra au Cameroun de défendre plus efficacement ses intérêts auprès des partenaires techniques et financiers. L’objectif est également de faire reconnaître les efforts consentis par le pays pour préserver une ressource dont les bénéfices dépassent largement les frontières nationales en contribuant à la régulation du climat mondial.

Ce nouvel inventaire est également perçu comme un levier de bonne gouvernance. Pour plusieurs acteurs de la société civile, une connaissance précise des ressources naturelles constitue une condition essentielle pour lutter contre l’exploitation illégale du bois, le trafic d’espèces protégées et la criminalité environnementale transfrontalière.

Des données actualisées permettraient aussi d’améliorer le contrôle des activités forestières, de réduire les pertes de recettes fiscales liées à l’exploitation clandestine et d’assurer une gestion plus transparente des concessions forestières ainsi que des titres fonciers.

Renforcer la gouvernance forestière

Avant le lancement effectif de l’opération, le ministère des Forêts et de la Faune travaille à la définition de la méthodologie qui sera adoptée. Les autorités devront déterminer les outils technologiques les plus adaptés, mobiliser les compétences humaines nécessaires et réunir les ressources financières indispensables à la réussite du projet.

Le gouvernement entend ensuite solliciter l’appui de ses partenaires techniques et financiers pour conduire cet inventaire national, dont la réalisation devrait s’étendre sur une période d’au moins deux ans.

À terme, ce travail permettra au Cameroun de disposer d’une photographie fidèle de son patrimoine forestier. Un outil essentiel pour concilier exploitation durable des ressources, protection de l’environnement, développement économique et valorisation des services écologiques rendus par ses forêts à l’échelle mondiale.

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