Fonction publique : plus de 306 000 agents en activité, une masse salariale qui frôle les 149 milliards de FCFA par mois

Le gouvernement camerounais poursuit ses efforts de modernisation et de maîtrise des effectifs de l’administration publique. Selon les chiffres présentés devant l’Assemblée nationale par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé, le Cameroun compte désormais 306 159 agents publics en activité. À ces effectifs s’ajoutent plus de 160 000 pensionnés, portant à près d’un demi-million le nombre de personnes prises en charge par le fichier solde de l’État. Une réalité qui illustre l’ampleur des défis liés à la gestion des ressources humaines et au contrôle de la masse salariale publique.

Une administration forte de plus de 306 000 agents

Les dernières données officielles révèlent l’importance du poids de la fonction publique dans l’organisation de l’État camerounais. Répartis dans les différents ministères, administrations centrales, services déconcentrés et institutions publiques, 306 159 agents sont actuellement en activité sur l’ensemble du territoire national.

À ces personnels en exercice viennent s’ajouter 160 285 retraités bénéficiant d’une pension versée par l’État. Au total, ce sont ainsi 466 444 personnes qui figurent directement ou indirectement dans le système de gestion de la solde publique.

Ces chiffres traduisent l’importance du rôle joué par l’administration dans le fonctionnement du pays, mais également les contraintes financières qui en découlent pour les finances publiques.

Une masse salariale parmi les plus importantes dépenses de l’État

Le coût de fonctionnement de cette vaste machine administrative demeure considérable. Les données communiquées au Parlement montrent que la masse salariale de l’État a atteint 151,2 milliards de FCFA en mars 2026 avant de s’établir à 147,9 milliards en avril et 146,6 milliards en mai.

Sur la période observée, la moyenne mensuelle avoisine ainsi 148,6 milliards de FCFA. À ce rythme, les dépenses consacrées aux rémunérations des agents publics pourraient dépasser 1 780 milliards de FCFA sur une année complète.

Cette évolution intervient dans un contexte marqué par la nécessité pour le Cameroun de maintenir l’équilibre de ses finances publiques tout en répondant aux besoins croissants des secteurs sociaux et des services essentiels.

Une hausse des dépenses malgré la réduction des effectifs

L’un des paradoxes relevés par les observateurs réside dans l’évolution simultanée des effectifs et de la masse salariale. Alors que le fichier solde de l’État a enregistré une baisse d’environ 13 % de ses effectifs au cours des dernières années, l’enveloppe globale consacrée aux rémunérations a progressé de près de 39 %.

Cette situation s’explique notamment par les avancements automatiques, les reclassements administratifs, les régularisations de carrière, les recrutements ciblés dans certains secteurs stratégiques ainsi que le paiement progressif de diverses créances salariales accumulées au fil des années.

Ces facteurs contribuent à maintenir une forte pression sur les dépenses de personnel, considérées comme l’un des postes budgétaires les plus sensibles.

AIGLES, le nouvel outil de gestion des ressources humaines

Pour mieux maîtriser cette situation, le gouvernement mise sur la digitalisation des procédures à travers l’Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde (AIGLES).

Déployée depuis le 1er janvier 2025, cette plateforme est présentée comme une réforme majeure destinée à moderniser la gestion des carrières et des rémunérations des agents publics.

Selon le ministère de la Fonction publique, plus de 376 000 agents ont déjà bénéficié de mises à jour automatiques liées aux avancements d’échelon et de classe grâce à ce système.

L’outil vise également à réduire les anomalies administratives, à améliorer la traçabilité des actes de gestion et à garantir une meilleure cohérence entre la situation administrative des agents et leur rémunération effective.

Lutter contre les irrégularités et sécuriser la paie

Au-delà de la modernisation, AIGLES répond à une préoccupation de longue date : l’assainissement du fichier solde.

Pendant plusieurs années, la gestion des ressources humaines de l’État a été confrontée à diverses difficultés, notamment des doublons, des incohérences administratives, des retards de traitement ou encore des écarts entre les effectifs théoriques et les personnels réellement en service.

Grâce à l’automatisation des procédures et à la centralisation des données, le gouvernement espère renforcer la fiabilité du système et réduire les risques de fraudes ou de paiements indus.

Le défi de recruter sans alourdir excessivement les charges publiques

Malgré les efforts de rationalisation, l’État reste confronté à une autre exigence : celle de renforcer les effectifs dans plusieurs secteurs jugés prioritaires.

Pour l’année 2026, plus de 12 000 recrutements sont programmés dans des domaines stratégiques tels que la santé, l’éducation, la recherche scientifique et l’administration pénitentiaire. Une première vague de concours a déjà permis l’ouverture de plus de 2 000 postes.

L’enjeu pour les pouvoirs publics consiste désormais à trouver un équilibre entre le renforcement des services publics et la maîtrise durable de la masse salariale.

Vers une gestion plus prévisionnelle des effectifs

À travers le déploiement d’AIGLES, le gouvernement entend disposer d’une vision plus précise de ses ressources humaines afin de mieux anticiper les départs à la retraite, planifier les recrutements et optimiser l’allocation des effectifs.

Cette réforme s’inscrit dans une démarche plus large de modernisation de l’administration et de maîtrise des dépenses publiques. Dans un contexte économique marqué par des contraintes budgétaires croissantes, la capacité de l’État à gérer efficacement ses effectifs apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique pour la soutenabilité des finances publiques et la qualité des services rendus aux citoyens.

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