
Le Fonds monétaire international (FMI) exhorte les autorités camerounaises à accélérer la régularisation des nominations au sein des entreprises publiques. Dans son dernier rapport consacré à l’économie camerounaise, l’institution estime que la présence de nombreux dirigeants aux mandats expirés fragilise la gouvernance des structures publiques, freine les réformes et accroît les risques financiers pour l’État.
La gouvernance des entreprises publiques figure désormais parmi les préoccupations majeures du Fonds monétaire international dans ses échanges avec le Cameroun. Dans le rapport publié à l’issue des consultations menées en mars 2026 dans le cadre de l’Article IV, l’institution financière internationale met en lumière plusieurs insuffisances structurelles qui continuent d’affecter le fonctionnement du secteur public parapublic.
Selon les experts du FMI, une part importante des entreprises publiques camerounaises fonctionne encore avec des organes de gouvernance incomplets ou peu opérationnels. Plus préoccupant encore, de nombreux postes de direction demeurent occupés par des responsables dont les mandats sont arrivés à expiration depuis plusieurs années, tandis que certains sièges restent vacants.
Une gouvernance jugée insuffisante
Pour le FMI, ces situations ne sont pas sans conséquence sur les performances des entreprises concernées. L’institution considère que l’absence de renouvellement régulier des dirigeants et le fonctionnement irrégulier des conseils d’administration ralentissent les prises de décision stratégiques et retardent les mesures de redressement lorsque les difficultés apparaissent.
Cette faiblesse de gouvernance favoriserait ainsi le maintien de contre-performances financières dans plusieurs structures publiques. En l’absence d’un contrôle efficace et d’une supervision active, certaines entreprises continuent d’accumuler des pertes qui finissent par peser sur les finances de l’État.
Les conclusions du rapport indiquent qu’en 2024, plus de la moitié des postes de direction stratégiques dans les entreprises publiques étaient occupés par des responsables dont les mandats étaient échus ou n’avaient pas été renouvelés officiellement. Deux entreprises publiques ne disposaient même d’aucun organe de gouvernance fonctionnel.
Un cadre juridique existant mais inégalement appliqué
Le FMI souligne toutefois que le problème ne réside pas dans l’absence de textes réglementaires. Depuis l’adoption de la loi du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques, le Cameroun dispose d’un cadre juridique destiné à encadrer le fonctionnement de ces structures.
Cette législation définit notamment les règles relatives aux conseils d’administration, aux assemblées générales, aux responsabilités des administrateurs ainsi qu’à la durée des mandats des dirigeants.
Malgré ces dispositions, plusieurs entreprises publiques ne seraient toujours pas pleinement conformes aux exigences prévues par la loi. Cette situation limite l’efficacité des mécanismes de contrôle et affaiblit les principes de redevabilité et de transparence censés encadrer la gestion des ressources publiques.
Des conséquences financières importantes
Les préoccupations du FMI rejoignent celles exprimées depuis plusieurs années par des spécialistes de la gouvernance publique. Plusieurs experts estiment que le maintien prolongé de dirigeants au-delà de la durée légale de leur mandat contribue à fragiliser les mécanismes de contrôle interne et à ralentir les processus de réforme.
Certaines analyses universitaires évoquent également des coûts significatifs pour les finances publiques liés à cette situation. Elles soulignent que le non-respect des dispositions légales relatives aux mandats pourrait avoir entraîné le versement de rémunérations à des responsables se trouvant dans une situation administrative irrégulière.
Au-delà des questions juridiques, les observateurs mettent surtout en avant l’impact économique de ces dysfonctionnements. Les pertes enregistrées par certaines entreprises publiques continuent d’alourdir les charges de l’État à travers des subventions, des recapitalisations ou des prises en charge d’engagements financiers.
Un enjeu majeur pour les finances publiques
Pour le FMI, la régularisation des nominations constitue aujourd’hui une priorité stratégique. L’institution estime qu’un renforcement de la gouvernance permettrait non seulement d’améliorer les performances des entreprises publiques, mais également de réduire les risques budgétaires auxquels l’État demeure exposé.
La mise en conformité des organes dirigeants avec la loi de 2017 apparaît ainsi comme un levier essentiel pour moderniser la gestion du portefeuille public et restaurer l’efficacité des mécanismes de supervision.
Dans un contexte marqué par la nécessité de maîtriser les dépenses publiques et de renforcer la soutenabilité des finances nationales, les recommandations du FMI placent désormais la question de la gouvernance des entreprises publiques au cœur des réformes attendues au Cameroun. Pour l’institution de Bretton Woods, une action rapide sur ce dossier pourrait contribuer à améliorer la performance économique de ces structures tout en limitant leur dépendance vis-à-vis du budget de l’État.