Alain Boutchang : “Cameroun, lampadaires de l’ombre et hautes instructions… sur la prévarication”

Il y a des jours où l’histoire du Cameroun ressemble à une mauvaise comédie.

D’autres fois, c’est une tragédie.

Et puis il y a ces moments rares, précieux, où les deux genres fusionnent pour

produire un chefd’œuvre national : la gouvernance par “hautes instructions”, ce

théâtre permanent où l’on confond État et état d’âme, République et réflexe

monarchique, intérêt général et intérêts… particuliers.

Le dernier épisode en date ?

Une note officielle, tamponnée, signée, parfumée à l’encre du pouvoir central,

autorisant — que disje, ordonnant — un marché de 21 500 lampadaires solaires

pour la modique somme de 21,4 milliards FCFA.

Soit environ 1 000 000 FCFA par lampadaire.

Un million.

Par lampadaire.

Oui, vous avez bien lu.

Un lampadaire qui coûte plus cher qu’une moto, qu’un terrain en périphérie,

qu’un an de salaire de certains fonctionnaires, qu’un troupeau de chèvres,

qu’un petit commerce, qu’un rêve de jeunesse.

Mais rassurezvous : tout cela se fait “par procédure de gré à gré”, ce doux

euphémisme administratif qui signifie, dans le langage courant :

« On a choisi qui on voulait, comme on voulait, quand on voulait. »

Et le peuple ?

Il regarde.

Il paie.

Il se tait.

Ou plutôt, on espère qu’il se taira.

SUNNA DESIGN : la lumière venue d’Asie… sous label français

Le fournisseur choisi, SUNNA DESIGN, est présenté comme une entreprise

française.

C’est vrai.

Sur le papier.

Dans les salons.

Dans les brochures.

Mais dans la réalité industrielle ?

Les lampadaires viennent d’Asie.

Chine. Inde.

Le “Made in France” est devenu un “Made in FrancesurPowerPoint”.

Je connais bien cette startup.

Je l’ai vue naître.

J’ai échangé avec son fondateur.

Nous avions même envisagé une collaboration dans le cadre du Plan Triennal

spécial jeunes de plus de 102 milliards de Francs CFA promu en février 2016, et dont

nous attendons toujours le rapport d’impact… Mon dernier point de rupture avec ces

« voleurs » aux commandes du « navire Cameroun » !

Rien de nouveau sous le soleil : on fabrique en Inde, on vend en Afrique, on

facture en France.

Et le Cameroun, comme d’habitude, achète les yeux fermés, le portefeuille ouvert, la

bouche cousue.

Le gré à gré : notre sport national

Le gré à gré au Cameroun est devenu une discipline olympique.

On pourrait même en faire une filière universitaire :

Master Professionnel en Attribution Sélective des Marchés Publics, option

“Hautes Instructions”.

Les responsables du gré à gré préfèrent les entreprises étrangères.

Pourquoi ?

Parce que c’est plus simple.

Parce que c’est plus rentable.

Parce que c’est plus discret.

Parce que c’est plus… utile.

Pendant ce temps, nos ingénieurs, nos startups, nos artisans, nos PME, nos jeunes

diplômés, nos coopératives, nos communes, nos villages, nos rêves… attendent.

Toujours.

Bandenkop, Bangou et les 360 communes : l’heure de la résistance

Pendant qu’on nous vend des lampadaires à prix d’or, Bandenkop cotise pour

acheter un groupe électrogène.

Un groupe électrogène !

En 2026 !

Dans un pays où le soleil brille 300 jours par an !

Dans un village où l’on pourrait installer une centrale solaire communautaire pour

alimenter gratuitement les ménages et les industries locales !

Mais non.

On préfère importer des lampadaires hors de prix.

On préfère centraliser.

On préfère décider depuis Yaoundé ce qui doit éclairer Bandenkop.

On préfère confisquer la lumière, comme on confisque le pouvoir.

Et c’est là que tout bascule.

Parce que cette fois, les 360 communes du Cameroun ont une occasion

historique.

Une occasion de dire non.

Une occasion de se lever.

Une occasion de montrer que la décentralisation n’est pas un slogan, mais un droit.

Une occasion de rappeler que la lumière appartient au peuple, pas aux “hautes

instructions”.

Le maire sortant de Bangou : une sortie par la grande porte

J’invite respectueusement notre maire sortant à rejoindre ce mouvement.

Pas pour faire la révolution.

Pas pour faire du bruit.

Mais pour faire l’histoire.

Pour sortir par la grande porte.

Pour montrer qu’un élu local peut dire non à une décision injuste, inefficace,

coûteuse, centralisatrice.

Ce n’est pas une question de parti.

Ce n’est pas une question de couleur politique.

C’est une question de dignité.

De responsabilité.

De courage.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un sauveur. Il a besoin de 360 communes

debout.

Ni Kamto.

Ni Tchiroma.

Ni aucun messie politique.

Personne, seul, ne fera tomber un système qui s’est enraciné pendant 51 ans

1975-2026). Ah, cette génération 75 de l’artiste « résistant » Général Valsero et

bien d’autres « belles âmes incomprises »…

Mais 360 communes mobilisées, oui.

360 communes qui refusent la prévarication, oui.

360 communes qui disent non au gré à gré, oui.

360 communes qui réclament la lumière — la vraie, pas celle des lampadaires hors

de prix — oui.

Le changement viendra du local.

Des villages.

Des quartiers.

Des mairies.

Des communautés.

Des citoyens.

La lumière ne se décrète pas. Elle se construit.

On peut signer toutes les notes qu’on veut.

On peut tamponner toutes les “hautes instructions” du monde.

On peut multiplier les marchés de gré à gré.

On peut importer des lampadaires à un million pièce.

Mais on ne peut pas empêcher un peuple de comprendre.

On ne peut pas empêcher un peuple de se lever.

On ne peut pas empêcher un peuple de réclamer la lumière.

La vraie lumière.

Celle de la justice.

Celle de la transparence.

Celle de la décentralisation.

Celle de la dignité.

Conclusion : le lampadaire de trop

Ce marché n’est pas un simple marché.

C’est un symbole.

Le symbole d’un système qui refuse de changer.

Le symbole d’un pouvoir qui centralise tout.

Le symbole d’une gouvernance qui confisque les décisions.

Le symbole d’une prévarication devenue routine.

Mais c’est aussi, paradoxalement, le lampadaire de trop.

Celui qui éclaire, malgré lui, les dérives.

Celui qui réveille les consciences.

Celui qui pourrait bien allumer l’étincelle d’un mouvement national.

Parce que cette fois, ce n’est pas un débat technique.

Ce n’est pas un débat politique.

C’est un débat moral.

Et le Cameroun, tôt ou tard, devra choisir :

Continuer dans l’ombre des hautes instructions,

ou marcher vers la lumière de la décentralisation et voire du fédéralisme ?

Alain Boutchang — iconoclaste universaliste, héritier des sagesses bantoues

et des Lumières occidentales

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