Jean-Pierre Bekolo : “ Cameroun, les prémisses d’un mouvement révolutionnaire”

Les révolutions naissent rarement du hasard. Elles émergent là où s’accumulent les injustices, là où une minorité concentre richesses et pouvoir tandis que la majorité vit dans la précarité. Elles éclatent quand l’autoritarisme, la corruption, la censure et la misère deviennent insupportables.

Elles mûrissent lentement dans les frustrations, puis soudain, un événement déclencheur — une répression, une injustice flagrante, un scandale — vient rompre le silence. Alors la colère se transforme en action, et les citoyens se rassemblent autour d’idéaux communs, souvent portés par une figure charismatique capable de donner un sens à leur lutte.

Une révolution, c’est donc la rencontre entre la souffrance collective et le courage individuel. Elle demande des femmes et des hommes capables de canaliser la colère, de transformer la peur en espérance, l’humiliation en dignité. C’est là qu’apparaît la figure du héros, celui qui ose affronter l’ordre établi, quitte à tout perdre.

La figure de Tchiroma, aujourd’hui traquée, semble entrer dans cette zone incandescente où la politique devient destin. Comme le Che Guevara , comme Um Nyobe en son temps, prenant le maquis, il quitte le confort de la vie ordinaire, de sa villa de Garoua malgré son bouclier humain,  pour s’engager dans la lutte. Son héroïsme réside dans sa capacité à mettre sa vie en danger pour une cause qu’il juge juste., la victoire du peuple qu’il veut défendre. Car ici, l’histoire commence par le diable. Ce diable dont a parlé l’évêque de Yagoua qui doit d’abord prendre « et on va gérer après ». Symbole de la résignation face au mal, de la complicité passive avec l’injustice. Le peuple a laissé le diable prendre en votant massivement pour Tchiroma, croyant pouvoir ensuite gérer, sans savoir que l’autre diable, celui du pouvoir, ne lâcherait jamais prise.

Tchiroma, dans ce théâtre spirituel et politique, part de cette figure du mal pour tenter de la renverser. Le diable devient le miroir de sa propre rédemption : en affrontant le mal, il se purifie et se transforme en héros. Chaque traque, chaque épreuve qu’il surmonte, chaque tentative d’humiliation qu’il déjoue, renforce son aura. La chasse à l’homme orchestrée contre lui par le régime de Paul Biya ne l’affaiblit pas ; elle le sacralise.

Quand Tchiroma déclare qu’il y a Dieu dedans, il dit quelque chose de plus profond que la foi : il dit qu’il y a une force morale supérieure dans son combat. Cette phrase marque un basculement symbolique — le diable devient Dieu, le rejeté devient élu, le traqué devient messie. Et il vaincra.

Ainsi s’esquisse, dans l’ombre de la peur et du désespoir des camerounais tétanisés, la silhouette d’un nouveau type de héros qui va les libérer . Un homme qui incarne la résistance, la transformation et la rédemption d’un peuple tout entier. Les prémisses d’un mouvement révolutionnaire se reconnaissent à ces moments où un individu, par son courage, rend de nouveau possible ce que tous croyaient perdu : la liberté, la justice, la dignité.

Tchiroma, par sa survie, son discours et sa symbolique, commence à écrire cette légende — celle d’un homme qui, parti du diable, marche vers la lumière. Et avec lui, peut-être, un peuple camerounais  tout entier.

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