
Gouvernement, parlement et société civile aux côtés du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) pour l’adoption d’une loi contre les violences basées sur le genre au Cameroun. Pour « ralentir les élans des bourreaux », des associations tentent de mobiliser les responsables politiques et de « faire de la pédagogie auprès des hommes ».
Certains cas de féminicides ont été portés en justice. Mais, en raison de lois existantes peu adaptées pour pénaliser à leur juste valeur ce genre de violences, les sanctions se révèlent en-deçà des crimes commis. L’avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre élaboré et validé en 2024 par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF) avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale, ONU Femmes et UNFPA n’a toujours pas été soumis à l’examen de l’Assemblée Nationale.
Des féministes plaident pour l’adoption d’une loi contre les violences basées sur le genre. Parce qu’ « Il n’y a pas une semaine sans qu’une femme meure sous les coups », explique Yvonne Belema, fondatrice du centre Afiri (« l’espoir » en ewondo, langue nationale la plus parlée à Yaoundé), qui a pris en charge plusieurs centaines de victimes depuis le début de l’année. Le bilan macabre, lui, affiche 77 femmes tuées en 2024 et 42 sur les six premiers mois de l’année 2025. « La situation réelle est bien pire, parce que beaucoup de familles de victimes se taisent par peur ou par honte », ajoute Mme Belema.
A en croire Le Monde Afrique, d’autres chiffres publiés en 2024 par l’Institut national de la statistique (INS) du Cameroun montraient que plus d’un tiers des femmes de 15 à 49 ans avaient subi des violences physiques durant les douze derniers mois. « Tous les jours, dans nos quartiers, on voit des maris battre leurs femmes dans l’indifférence », témoigne Bella Ngemnika, 28 ans, qui travaille au centre Afiri. « C’est inacceptable, cela banalise le phénomène. Nous subissons le poids des religions et des traditions », ajoute la jeune femme.
Elle cite notamment la pratique des dots versées aux familles des futures épouses dans le cadre des mariages coutumiers. « En cas de violences, les parents chercheront à trouver un arrangement, même si c’est au détriment de leur fille battue, sous peine de devoir rembourser une dot bien souvent déjà dépensée en cas de séparation », note Adakou Apedo-Amah. « A cause de la dot, l’idée communément admise et défendue par beaucoup d’hommes est qu’après le mariage, la femme appartient à son mari », dénonce Viviane Tathi. Selon elle, « si une loi contre les féminicides et les VBG serait une bonne chose, il faut surtout faire de la pédagogie auprès des hommes ».
Evolution positive
C’est pour proposer des mesures correctives aux défaillances actuelles du cadre normatif de lutte contre les violences basées sur le genre que le REPAGE, de concert avec le Centre AFIRI et UNFPA, a sollicité un plaidoyer parlementaire. Pour l’honorable Joséphine Simo Ndiffo, député à l’Assemblée Nationale et présidente du REPAGE « une loi qui punit les auteurs de violences basées sur le genre à leur juste valeur et protège les survivantes est devenue nécessaire au Cameroun ».
Une loi que les 109 députés et sénateurs mobilisés, les membres du gouvernement, les représentants des missions diplomatiques et des organisations internationales, les leaders traditionnels et religieux et des organisations féministes venus de dix régions du Cameroun pour appuyer le plaidoyer veulent voir votée à l’unanimité.
Viviane Tathi croit percevoir une lueur d’espoir, une évolution positive des mentalités parmi ses amis, jeunes et urbains, alors qu’un tiers des 30 millions de Camerounais ont moins de 25 ans. Faute d’engagement des autorités, l’amélioration du respect des droits des femmes viendra peut-être de ce facteur démographique. Mais la route est encore longue. Le 2 juillet au Parlement, un député faisant mine de soutenir la future loi appelait à ne pas oublier les violences que certaines femmes font subir aux hommes. Approbation dans les travées masculines. Un soupir de découragement a parcouru les rangs des militantes.