Stade de France : comment le chant d’un religieux camerounais a fait vibrer 80 000 jeunes

Près de 80 000 jeunes ont repris en chœur « Comment ne pas te louer » lors de la veillée de prière organisée au Stade de France, le 25 septembre, dans le cadre de la visite du pape Léon XIV en France. Derrière ce refrain devenu un incontournable du répertoire chrétien se trouve le père spiritain camerounais Aurélien Bollevis Saniko Teponnou, qui l’a enregistré en 2009. De Yaoundé à Paris, en passant par les réseaux sociaux et jusqu’en Chine, son chant poursuit une étonnante trajectoire internationale.

Au Stade de France, ils étaient des dizaines de milliers à chanter les mêmes paroles. Près de 80 000 jeunes réunis pour une veillée de prière ont repris « Comment ne pas te louer », donnant une résonance particulière à ce chant dont l’origine remonte au Cameroun.

La scène, survenue le 25 septembre lors de la visite du pape Léon XIV en France, constitue l’une des illustrations les plus spectaculaires de la diffusion internationale du morceau. Le lendemain, le refrain a encore été entonné à Paris par des milliers de bénévoles rassemblés sur les Champs-Élysées.

Pour beaucoup de participants, le nom de l’auteur reste pourtant méconnu. Derrière cette mélodie devenue familière dans de nombreuses communautés chrétiennes se trouve le père spiritain Aurélien Bollevis Saniko Teponnou, un religieux camerounais.

Un refrain né au Cameroun

Le chant a été enregistré en 2009. Mais son histoire commence bien avant cette date. Le père Aurélien Saniko Teponnou raconte que les premières notes lui sont venues lorsqu’il était adolescent, après avoir été guéri d’une grave maladie.

Ce qui n’était alors qu’une expression personnelle de gratitude allait progressivement devenir un chant repris dans les églises, les rassemblements religieux et, plus récemment, sur les plateformes numériques.

Dix-sept ans après son enregistrement, « Comment ne pas te louer » continue ainsi de traverser les générations. Au Cameroun, son origine est parfois plus connue que le nom de son compositeur : beaucoup savent qu’il s’agit d’une création camerounaise sans nécessairement pouvoir identifier le religieux qui se trouve derrière le morceau.

De Messamendongo au Stade de France

À Yaoundé, le chant fait partie du paysage musical de nombreuses communautés chrétiennes. Il est repris aussi bien a cappella par des fidèles que par des chorales, notamment celle des jeunes de la paroisse de Messamendongo.

Sa simplicité constitue l’un de ses principaux atouts. Quelques mesures, une mélodie facilement mémorisable et une répétition qui permet à une assemblée de reprendre rapidement le refrain : autant d’éléments qui facilitent sa transmission.

Alexis Bakond, directeur artistique du Chœur des Poccoli, explique cette popularité par une construction musicale volontairement accessible. Le morceau repose sur une structure courte et répétitive, ce qui permet à pratiquement n’importe quel public de s’en emparer.

Cette simplicité contribue également à expliquer son adaptation à des contextes très différents. Dans une petite paroisse de Yaoundé comme au milieu d’une immense foule réunie au Stade de France, le principe reste le même : quelques voix lancent le refrain et l’assemblée suit.

Une deuxième vie sur TikTok

Le morceau a aussi bénéficié de la puissance des réseaux sociaux. Il y a trois ans, un challenge TikTok consacré à « Comment ne pas te louer » a généré quelque 90 000 vidéos en quelques semaines.

Cette viralité a contribué à faire connaître davantage le chant auprès d’un public jeune et international. Le morceau religieux s’est ainsi affranchi du seul cadre des célébrations liturgiques pour rejoindre les usages numériques d’une génération qui découvre et partage la musique principalement à travers les plateformes sociales.

Au Cameroun, cette notoriété nourrit également un sentiment de fierté. Pour de jeunes fidèles comme Roxane, 16 ans, savoir qu’un chant connu « partout » a été composé par un Camerounais constitue une raison supplémentaire de s’approprier le morceau. A en croire RFI, Anne-Sophie, étudiante, y voit pour sa part une manière de faire voyager une partie de l’héritage camerounais à travers différentes cultures et différents publics.

Jusqu’en Chine

La trajectoire du chant ne s’arrête pas à l’Europe et à l’Afrique. En mai dernier, lors d’une audience avec le Premier ministre camerounais Joseph Dion Nguté, des hommes d’affaires chinois ont eux aussi fait interpréter « Comment ne pas te louer » par des chanteurs chinois.

Cette reprise témoigne de la capacité du morceau à franchir les barrières linguistiques et culturelles. Son succès repose moins sur la complexité de sa composition que sur la facilité avec laquelle il peut être appris, mémorisé et repris collectivement.

Pour le père Grégoire Mani ndzié, curé de la paroisse de Messamendongo, cette simplicité possède également une dimension spirituelle. Le prêtre considère le chant comme l’expression d’une expérience de foi et d’une inspiration attribuée à Dieu.

Une signature camerounaise désormais internationale

La reprise de « Comment ne pas te louer » au Stade de France donne aujourd’hui une nouvelle dimension à cette histoire. Un chant né dans l’expérience personnelle d’un religieux camerounais et enregistré au Cameroun en 2009 s’est retrouvé au cœur d’un rassemblement réunissant près de 80 000 jeunes en France.

Entre les paroisses de Yaoundé, les millions de vues et de reprises sur les réseaux sociaux, les chorales étrangères et les rassemblements internationaux, le refrain a progressivement changé d’échelle.

Son parcours raconte ainsi bien plus que le succès d’une chanson religieuse. Il illustre la manière dont une création née au Cameroun peut, par la force d’une mélodie simple et d’un message universel, devenir un chant repris bien au-delà de ses frontières.

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