
Le Complexe sportif d’Olembe reste dans la mémoire collective des Camerounais comme l’un des plus gros scandales financiers de l’ère du Renouveau. Trois ans après l’arrêt des travaux de cette infrastructure sportive, alors que les écailles de couverture du stade montrent déjà des signes de dégradation, les entreprises Piccini et Magil réclament de fortes sommes d’argent à l’Etat du Cameroun.
Selon le Rapport de certification du Compte général de l’État 2024 publié par la Chambre des comptes, les entreprises Piccini et Magil, qui se sont succédées sur ce chantier emblématique, exigent désormais un total cumulé de 267 milliards de francs CFA en indemnisation, soit plus de 407 millions d’euros. D’après les sources bien introduites, la plus grande partie de cette somme provient de la procédure engagée par l’entreprise italienne Piccini devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) à Washington.
Piccini réclame 250 milliards de F CFA, estimant avoir été écartée de manière abusive alors que son contrat restait pleinement exécutable. Avant sa résiliation, l’entreprise avait déjà perçu 113 milliards de francs CFA sur un marché initialement évalué à 163 milliards de francs CFA. La société canadienne Magil, qui avait pris le relais pour les finitions, a également saisi la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris. Elle réclame 17 milliards de francs CFA, affirmant avoir respecté ses obligations contractuelles. Magil accuse le ministère camerounais des Sports d’avoir bloqué les paiements en ne libérant pas les fonds indispensables à la poursuite des travaux.
Pour rappel, le stade d’Olembe, d’une capacité de 60 000 places, accompagné d’équipements annexes, d’un hôtel, d’un centre commercial, d’un gymnase et d’une piscine olympique, devait être l’un des joyaux sportifs du Cameroun. Lancé avec un budget initial de 163 milliards de francs CFA, le projet a largement dépassé ses prévisions, laissant derrière lui un chantier inachevé, des surcoûts considérables et désormais, des litiges financiers qui pèsent lourd sur les finances publiques.
Aujourd’hui, ce qui devait être un fleuron du Renouveau, est à l’abandon. Le chantier est désormais figé, l’État envisageant une reprise « en régie », c’est-à-dire sous maîtrise directe du ministère des Sports, une option rarement utilisée sur des infrastructures de cette ampleur mais qui traduit la volonté de reprendre la main après deux échecs successifs avec des prestataires internationaux. En additionnant les coûts déjà engagés, les financements additionnels, les avenants contractuels et les demandes indemnitaires actuellement en arbitrage, la facture finale pourrait dépasser 400 milliards FCFA si les tribunaux donnaient raison à Piccini et Magil Construction.
Alors qu’ailleurs, notamment en Côte d’ivoire (Stade Alassane Ouattara), ou en Tunisie (Stade olympique de Radès) où des infrastructures sportives de cette envergure ont été construites on n’a rarement atteint les 150 milliards de F CFA.