
Le président de la République a signé le 21 janvier dernier un décret habilitant le ministre des Finances (Minfi) à recourir à des emprunts intérieurs et extérieurs sur différents formules. Ainsi, sur le marché financier intérieur , on fera des émissions de titres publics, obligations du trésor et/ou obligations du trésor assimilables (OTA).
Le Cameroun est décidément une grosse curiosité. Le pays de Paul Biya continue à s’endetter pour payer ses dettes. Si le montant peut sembler important, il n’y a là rien de surprenant, assure le ministère camerounais des Finances. En interne, un cadre explique ainsi : c’est une mise en application « efficace » de la loi de finances votée par la représentation nationale. De quoi financer des projets de développement, mais aussi payer les factures en attente. Car 2025 a été une année « sensible » au Cameroun. La crise post-électorale a perturbé l’activité.
Moins de rentrées fiscales et une hausse des dépenses sécuritaires : l’État doit pouvoir régler rapidement ce qu’il doit aux entreprises pour relancer l’activité. Mais aussi, par exemple, verser au fonds d’investissement britannique Actis les 78 milliards destinés à renationaliser Eneo, opérateur majeur de l’électricité dans le pays. Même s’il n’est pas question de sur-endettement puisque le taux d’endettement du Cameroun (42% de son PIB, NDLR) est sous les seuils fixés par le FMI et les directives communautaires, pour plusieurs économistes, cette stratégie reste risquée.
Pour Eugène Nyambal, ancien représentant des pays africains au conseil d’administration du FMI, (ancien chef de mission à la Banque Mondiale), cité par RFI, l’économie camerounaise continue de fonctionner sous perfusion et à court terme. Il manque, selon lui, un texte de politique générale détaillant quels seront les projets prioritaires et leur état d’avancement.
Dans les faits, Le décret détaille les canaux de financement. Sur le marché financier intérieur, 400 milliards de FCFA doivent être mobilisés par émissions d’Obligations du Trésor (OT) et/ou d’Obligations du Trésor assimilables (OTA). À cela s’ajoutent 250 milliards de FCFA via des prêts directs d’organismes privés intérieurs. Le volet externe, lui, prévoit 1 000 milliards de FCFA à lever sur les marchés financiers extérieurs.
L’initiative s’inscrit dans une pratique annuelle : le président signe un décret autorisant le ministre des Finances à engager les opérations de levées de fonds prévues par la loi de finances afin de financer le déficit budgétaire.
S’endetter pour financer le déficit budgétaire
La loi de finances 2026 fait ressortir un solde budgétaire déficitaire de 631 milliards de FCFA. En y ajoutant « d’autres charges de financements », le besoin global de financement de l’État pour l’année atteint 3 104,2 milliards de FCFA. Autrement dit, au-delà des recettes internes projetées à 5 887 milliards de FCFA, le Cameroun doit mobiliser 3 104,2 milliards de FCFA supplémentaires via divers mécanismes d’endettement pour couvrir l’ensemble des dépenses prévues.
Dans ce schéma, la loi de finances 2026 prévoit notamment : des tirages de 826,7 milliards de FCFA sur les prêts projets ; des emprunts extérieurs pour 1 000 milliards de FCFA ; des financements dits exceptionnels de 167,8 milliards de FCFA ; des appuis budgétaires de 120 milliards de FCFA ; des emprunts bancaires de 589,7 milliards de FCFA ; et des émissions de titres publics sur le marché monétaire pour un total de 400 milliards de FCFA. Sous cet angle, le décret du 21 janvier enclenche la mise en œuvre de ces opérations, conformément aux montants inscrits dans la loi de finances.