
Alors que la disponibilité du gaz domestique reste perturbée dans plusieurs points de vente à Douala et Yaoundé, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) poursuit ses opérations de stockage et de distribution. Au cœur de la chaîne d’approvisionnement, l’entreprise publique a pour rôle de réceptionner, stocker et mettre à disposition les produits qui lui sont livrés, tandis que les difficultés actuelles trouvent leur origine en amont de ce circuit.
La pénurie de gaz domestique qui touche actuellement plusieurs ménages camerounais remet sous les projecteurs le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement des produits pétroliers. Dans plusieurs points de vente de Douala et Yaoundé, la rareté des bouteilles, notamment celles commercialisées par la Société camerounaise de transformation métallique (SCTM), complique l’accès des consommateurs au gaz de cuisine.
Face aux difficultés rencontrées par certains opérateurs, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) a engagé des discussions afin de rechercher, dans l’urgence, des solutions permettant de rétablir progressivement l’approvisionnement du marché. Dans ce dispositif, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) occupe une position stratégique. Mais son rôle doit être clairement distingué de celui des sociétés qui importent, conditionnent ou commercialisent le gaz domestique.
La SCDP, maillon logistique de la chaîne
La SCDP assure principalement une mission de réception, de stockage et de mise à disposition des produits pétroliers. Elle constitue ainsi un maillon essentiel entre l’arrivée des produits sur le territoire national et leur acheminement vers les différents opérateurs chargés de leur distribution.
Autrement dit, la SCDP stocke et distribue ce qu’elle reçoit. Elle n’est donc pas, à elle seule, à l’origine de la disponibilité commerciale du gaz sur le marché. Lorsque les produits sont effectivement livrés aux dépôts, son rôle consiste à assurer leur conservation dans les infrastructures appropriées et leur mise à disposition selon les mécanismes prévus dans la chaîne d’approvisionnement. Cette distinction est importante dans le contexte actuel. La pénurie observée dans certains points de vente ne peut être automatiquement assimilée à une défaillance des capacités de stockage ou de distribution de la SCDP.
Des capacités renforcées pour anticiper la demande
Face à l’augmentation régulière de la consommation de gaz domestique au Cameroun, la SCDP a renforcé ses capacités de stockage au cours des dernières années. L’objectif poursuivi est précisément de disposer de réserves suffisantes pour absorber les variations de la demande et réduire les risques de rupture d’approvisionnement. Au cours des cinq dernières années, l’entreprise a ainsi régulièrement accru ses stocks afin de mieux répondre à l’évolution des besoins du marché.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique de sécurisation de l’approvisionnement national. Le gaz domestique étant un produit de première nécessité pour de nombreux ménages, la disponibilité de capacités de stockage adaptées constitue un enjeu majeur pour éviter que des difficultés ponctuelles en amont ne se transforment en pénurie généralisée.

Bonabéri, un hub appelé à monter en puissance
Le renforcement des infrastructures se poursuit notamment au grand hub de Bonabéri, à Douala. La SCDP y a récemment mis en service une sixième sphère de stockage, tandis qu’une septième sphère est actuellement en cours de construction. Ces équipements doivent permettre d’augmenter progressivement les capacités disponibles et de mieux accompagner la croissance structurelle de la demande.
L’enjeu dépasse la seule gestion d’une éventuelle pénurie ponctuelle. Il s’agit surtout de préparer le dispositif national à une consommation appelée à progresser, tout en renforçant la capacité du pays à constituer et à gérer des stocks de sécurité. À terme, l’augmentation des capacités de stockage doit donc contribuer à rendre la chaîne d’approvisionnement plus résiliente face aux fluctuations de la demande ou aux éventuelles difficultés rencontrées par certains opérateurs.
La difficulté actuelle se situe en amont. Dans le cas présent, le fonctionnement de la chaîne permet de mieux comprendre pourquoi la responsabilité de la pénurie ne saurait être attribuée à la SCDP. Lorsque les approvisionnements destinés au marché ne sont pas suffisants ou lorsqu’un opérateur rencontre des difficultés financières affectant sa capacité à honorer ses engagements, les conséquences peuvent rapidement se répercuter sur les points de vente et, in fine, sur les consommateurs.
C’est précisément dans ce contexte que la CSPH intervient pour tenter de faciliter le règlement des difficultés rencontrées par certains acteurs. Les discussions engagées avec les parties concernées portent notamment sur les conditions permettant de résorber les dettes et de rétablir les capacités d’approvisionnement. La démarche vise ainsi à traiter le problème à sa source plutôt qu’à déplacer la responsabilité vers le maillon logistique que constitue la SCDP.
Une mobilisation pour éviter une crise durable
Pour la SCDP, le défi consiste désormais à continuer d’assurer sa mission de stockage et de distribution tout en accompagnant les efforts engagés par les pouvoirs publics pour rétablir la fluidité des approvisionnements. La situation actuelle rappelle surtout que la disponibilité du gaz domestique repose sur une chaîne composée de plusieurs intervenants : importateurs, fournisseurs, sociétés de stockage, distributeurs et détaillants. Une perturbation affectant l’un de ces maillons peut avoir des répercussions sur l’ensemble du circuit.
Le renforcement des capacités de la SCDP, notamment à Bonabéri, constitue dans ce cadre un investissement stratégique. Mais il ne peut produire pleinement ses effets que si les produits destinés au marché sont effectivement disponibles en amont. Sécuriser durablement l’approvisionnement. Au-delà de l’urgence liée aux difficultés actuelles, la question posée est donc celle de la sécurisation durable du marché camerounais du gaz domestique. L’augmentation des capacités de stockage engagée par la SCDP apporte une grande partie de la réponse. Le règlement des difficultés financières et commerciales rencontrées par certains opérateurs en constitue une autre.
La sortie de crise dépendra ainsi de la capacité de l’ensemble des acteurs de la chaîne à retrouver un fonctionnement régulier. Pour sa part, la SCDP continue de jouer son rôle de plateforme logistique nationale, avec des infrastructures progressivement renforcées pour répondre à une demande en constante progression. Dans cette configuration, le manque de gaz constaté dans certains points de vente ne saurait être confondu avec un manque de capacités de stockage à la SCDP. L’entreprise demeure un maillon de réception, de stockage et de distribution ; la régularité de l’approvisionnement dépend, elle, de la fluidité de toute la chaîne.