Paul Biya veut régner sur le Cameroun jusqu’au bout du souffle

À 92 ans, le plus vieux chef d’Etat au monde brigue un huitième mandat aux élections de ce dimanche 12 octobre 2025, au Cameroun. Une longévité au pouvoir qui exaspère la jeunesse, dans ce pays devenu très pauvre où l’âge moyen est de 18 ans.

Paul Biya, 92 ans, est vivant ! Des Camerounais finissaient par en douter. Ces dix dernières années, le président du Cameroun a surtout brillé par ses absences inexpliquées. Il faut lire les journaux suisses pour avoir des nouvelles de sa santé ou suivre les comptes du projet Dictator Alert qui traque les avions des autocrates du monde entier, quand ils atterrissent discrètement à Paris, Londres ou Genève…

Finalement, l’un des derniers dinosaures de la politique africaine est apparu en chair et en os en toute fin de campagne, le 7 octobre 2025, à Maroua, dans l’extrême nord du pays.

“ll est là ! Il est là, notre champion!” hurlaient ses admirateurs qui l’attendaient comme l’homme providentiel à l’aéroport de Maroua. Paul Biya a fait son retour dans le chef lieu de région de l’Extrême-Nord, comme se fut le cas en octobre 2018, à la veille de la précédente élection présidentielle. À 92 ans passés, dont quarante-trois à la tête du Cameroun, Biya – qui est déjà le plus vieux chef d’État au monde – s’avance pour un nouveau septennat. Mais la capacité de l’inamovible président nonagénaire à faire campagne,  et même à gouverner interroge beaucoup plus. Chacune de ses sorties est scrutée. 

Il aurait pu se retirer en Suisse et écouler une paisible retraite. Mais non. Malgré une santé que l’on dit fragile, le candidat-président entamera un huitième mandat consécutif.  Le mandat présidentiel étant de sept ans, il pourrait donc rester au pouvoir jusqu’à l’âge de 99 ans, un record absolu. « Ma détermination à vous servir demeure intacte », a lancé Paul Biya mardi dernier, lors de son unique meeting de campagne, à seulement cinq jours du vote.

Le résultat, qui sera présenté une bonne semaine après le vote, ne fait de doute pour personne. Puisque les élections ? Paul Biya les gagne toutes, souvent dans un climat de contestation. En 2008, il avait supprimé la limite des mandats ; ce qui avait provoqué des émeutes sévèrement réprimées.

Son long règne est donc marquée par des réformes libérales, des promesses non tenues, de moralisation de la vie publique mais aussi des crises sécuritaires : le terrorisme de Boko Haram, le conflit avec les indépendantistes anglophones. Sur le plan international, le Cameroun de Paul Biya reste proche de la France et actif en Afrique. Pour certains observateurs, Paul Biya incarne la stabilité. Pour d’autres, un système verrouillé, vieillissant et autoritaire, miné par le népotisme et la corruption. Sa succession suscite déjà des tensions jusqu’au sein de son parti.

Pour la lapresse.ca, une énième réélection de Paul Biya pourrait être la goutte de trop pour ses opposants issus d’autres groupes ethniques (comme les Bamilékés et les Peuls) ou linguistiques (les anglophones au Cameroun). « Vous allez donc avoir trois blocs assez importants pour avoir un poids politique, qui vont être mécontents. » L’autre enjeu se situe autour de la succession de Biya, qui s’annonce compliquée dans l’éventualité d’une transition à la suite de la mort du patriarche. « Dans ce cas, nous ne savons pas si la personne [qui le remplacera] sera en mesure de consolider son propre pouvoir. » Des violences, enfin, ne sont pas exclues après l’annonce des résultats, comme ce fut le cas en 1992 et en 2018. 

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