
Face aux graves défaillances de trésorerie d’Éneo, le ministère des Finances mène des négociations critiques pour sécuriser le paiement de l’électricité produite par la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), exploitant du barrage de Nachtigal (420 MW).
L’enjeu est de taille : le ministère des Finances cherche à finaliser avec Société Générale Cameroun et d’autres banques locales une ligne de crédit renouvelable (revolving) pouvant atteindre 80 à 100 milliards de FCFA. Depuis la mise en exploitation de Nachtigal, NHPC facture environ 10 milliards de FCFA par mois à Éneo, même si la capacité totale n’est pas encore entièrement absorbée faute de lignes de transport achevées.
La situation financière d’Éneo est alarmante. L’entreprise n’honore plus ses obligations contractuelles depuis février, couvrant moins de 50 % de ses factures mensuelles. Par ailleurs, Éneo affichait fin 2024 un endettement global de 800 milliards de FCFA, dont 500 milliards de dettes fournisseurs.
Ce défaut de paiement a contraint NHPC à activer la garantie souveraine initiale (86 millions d’euros) fournie par l’État via Société Générale Paris. Avec cette première garantie presque épuisée, la nouvelle ligne de crédit négociée par le Minfi est vitale.
Objectif : crédibilité et stabilité
Le nouvel accord de garantie a deux objectifs majeurs. D’abord, régler les impayés d’Éneo envers NHPC. Puis, renflouer la garantie souveraine existante (contre-garantie par la Banque mondiale) pour éviter qu’elle ne soit totalement consommée, ce qui nuirait gravement au « rating » et à la crédibilité financière du Cameroun auprès des investisseurs internationaux.
En clair, le ministère des Finances cherche à maintenir la confiance et à assurer la continuité du financement d’un projet énergétique stratégique, tout en gérant le risque budgétaire majeur que représente la dégradation continue de la situation d’Éneo.