L’explosion des arriérés fiscaux au Cameroun menace l’équilibre budgétaire

La dette fiscale impayée en direction de l’État camerounais enregistre une trajectoire ascendante particulièrement préoccupante. Sur une période de quatre ans, les arriérés d’impôts accumulés par les contribuables publics et privés ont bondi de plus de 418 milliards de francs CFA. 

Cette accumulation massive de créances non recouvrées reflète à la fois des tensions de trésorerie au sein du tissu économique local et des faiblesses structurelles dans l’administration de l’impôt.

Pour l’économie nationale, cette accumulation de reste-à-recouvrer représente un manque à gagner considérable alors même que le pays fait face à des besoins de financement croissants pour ses infrastructures majeures. Les entreprises du secteur privé, confrontées à un environnement opérationnel complexe et à des contraintes de liquidité, reportent fréquemment leurs obligations fiscales pour maintenir leurs activités quotidiennes. Parallèlement, la dette fiscale accumulée par certaines entités publiques et parapubliques alourdit le passif global de l’État, créant un phénomène d’arriérés croisés qui paralyse la chaîne de paiement.

Cette dégradation constante des recouvrements remet en question l’efficacité des mécanismes traditionnels de contrôle et de poursuite fiscale. Malgré les réformes de digitalisation et la modernisation des procédures engagées par la Direction Générale des Impôts, les contraintes structurelles d’assiette et les difficultés d’exécution forcée limitent l’impact de la collecte. La hausse continue de ce stock de créances fragilise la trajectoire de consolidation budgétaire recommandée par les partenaires financiers internationaux, rendant l’État plus dépendant des levées de fonds sur les marchés financiers.

Face à ce constat, la résorption durable de ces arriérés nécessite un arbitrage stratégique entre rigueur de recouvrement et préservation du tissu productif. Une assainissement efficace passera impérativement par une restructuration ciblée des dettes fiscales des entreprises publiques viables et un renforcement du dialogue fiscal avec le secteur privé. Sans une réforme en profondeur du suivi des créances et un assainissement des comptes publics, la hausse ininterrompue des arriérés continuera d’amputer les marges de manœuvre financières de l’État.

Par Paul Reinhard Wandji

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