
L’équipement de forage commandé depuis 2021 auprès de Lenecotrade Company Limited, firme basée à Saint-Pétersbourg, n’a jamais été livré. Pire : l’avance de 32 millions de Fcfa versée semble s’être volatilisée.
Martin Bon Fils Nomo, le directeur général de Cameroun-Forage-Construction Sarl, ne sait plus à quel saint se vouer. Le 18 août courant, il s’est résolu à adresser une nouvelle correspondance au président de la République du Cameroun. Dans cette lettre qui a pour objet « Constat d’escroquerie d’une entreprise russe », l’opérateur économique patron d’une jeune PME camerounaise spécialisée dans la réalisation des forages sollicite une « énergique intervention » de la plus haute autorité de son pays, afin que « justice [lui] soit rendue » dans un litige commercial qui l’oppose depuis quatre ans à « une entreprise russe à plusieurs dénominations et à de multiples coordonnées ». Mais de quoi s’agit-il ?
Le 17 juin 2021, M. Nomo a signé un contrat – rédigé en russe et en français – avec Lenecotrade Company Limited, portant sur la livraison au Cameroun d’un camion monté d’un équipement de forage. Montant de la transaction : 112 758 dollars, soit un peu plus de 63 millions de Fcfa. Le contrat prévoit que l’acheteur doit payer une avance de 50% à la commande. Ce qui est fait le 1er novembre 2021 par virement de 61 379 dollars (près de 32 millions de Fcfa) effectué à Lenecotrade Company Limited par Cameroun-Forage-Constructions Sarl via son compte logé à BGFI Bank Cameroun. Et c’est là où les ennuis de l’homme d‘affaires camerounais commencent.
Alors que son premier interlocuteur s’appelle Mme Elena Ilynichia Beautiful agissant comme PDG de l’entreprise russe, c’est M. Alexander Ulanov, se prévalant du titre de directeur général de Lenecotrade, qui prend le relais de la relation d’affaires et met la pression pour recevoir le solde de la facture. Seulement, au même moment il informe son partenaire camerounais que le camion commandé a bel et bien et fabriqué, mais qu’il a été vendu à un autre client à cause de l’embargo commercial infligé à la Fédération de Russie après son invasion de l’Ukraine et le déclenchement de la guerre qui y sévit encore. Toutefois ; le sieur Ulanov indique que le paiement de l’intégralité de la facture permettrait de construire rapidement un nouvel engin.
Blackout à Moscou
Constatant que l’affaire sent déjà le roussi, le Camerounais demande à arrêter le processus de livraison du camion et à se faire rembourser en conséquence l’avance de 50% déjà payée. Silence radio du côté de Saint-Pétersbourg où est situé le siège de l’entreprise russe Lenecotrade Company Limited. Le patron de Cameroun-Forage-Constructions saisit alors l’ambassadeur de la Russie au Cameroun, qui l’oriente vers le ministère des Relations extérieures du Cameroun. L’affaire atterrit ainsi sur la table de l’ambassade du Cameroun à Moscou. La plainte de l’homme d’affaires camerounais ayant pris des allures diplomatiques, les principaux dirigeants de Lenecotrade sont interpellés par la police russe mais rapidement relaxés après une brève garde à vue, pour des raisons non élucidées.
Martin Bon Fils Nomo se trouve en ce moment sans la moindre information sur sa requête à Moscou, dont le suivi devait être assuré par l’ambassade du Cameroun. Quatre ans après, le camion spécial doté d’équipements de forage ne lui a pas été livré. Les activités de sa jeune entreprise sont, on l’imagine aisément, au poids mort. Et ses partenaires russes, après avoir encaissé 32 millions de Fcfa d’avance de paiement, ne font plus aucun signe de vie. La roulette russe totale, quoi !
Ousmanou Labarang