
Quel lien entre les départs d’Afrique francophone de Banques internationales, de Cabinets internationaux d’audit, et d’Armées étrangères ?
La fermeture de bases militaires françaises et la fin de la coopération militaire de la France avec plusieurs pays d’Afrique francophone tels que le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Centrafrique, et bientôt le Tchad et le Sénégal, combiné au départ de grandes banques françaises comme la Banque Populaire, la Société Générale de Banque, et des cabinets de conseil internationaux tels que PricewaterhouseCoopers, Ernst & Young dirigés depuis par la France et l’Europe pour ce qui est de leur branches en Afrique francophone, ne sont pas des événements isolés, ils marquent un moment historique et charnière pour l’Afrique francophone, où les dynamiques géopolitiques, économiques, monétaires, culturelles, et symboliques se conjuguent, et qui prises ensemble, dessinent une transformation et recomposition structurelle des relations entre l’Afrique francophone et ses anciens tuteurs européens, notamment la France.
Il s’agit d’un désengagement stratégique forcé de la France qui s’explique par l’érosion du pouvoir d’influence de la France dans un monde multipolaire, où de nouveaux partenaires (Chine, Russie, Turquie, Inde, pays du Golfe) coopèrent avec l’Afrique avec moins de conditionnalités, sans interférer dans la gouvernance et la politique locale, et par la montée d’un nouveau discours panafricain souvent impulsé par les jeunes générations, axé sur le patriotisme et la souveraineté économique, les pressions populaires pour la fin du Franc CFA l’ultime symbole de la dépendance monétaire.
Pour la France, il s’agit maintenant d’adapter sa présence en Afrique avec un soft power plus modeste, sans emprise militaire ou économique directe, car il ne faut pas être naïf, il s’agit moins d’un abandon que d’une reconfiguration stratégique. Dans ce contexte, nous allons résolument à moyen terme vers la fin ou la transformation radicale du Franc CFA qui est aujourd’hui politiquement de plus en plus impopulaire, économiquement limité étant adossé à l’euro avec taux de change fixe. Le passage à l’ECO en Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la réforme du Franc CFA en Afrique Centrale (CEMAC) restent cependant des projets flous pourtant politiquement et économiquement stratégiques pour se détacher progressivement du Franc CFA actuel.
Le retrait de la France et de ses leviers de l’Afrique francophone est la première véritable opportunité de transformation économique post-indépendance, pouvant ouvrir la voie vers une vraie souveraineté économique des pays d’Afrique francophone. Cette transformation se fera si les gouvernements africains ne procèdent pas à un simple remplacement de la France par d’autres puissances extérieures telles que la Chine, la Russie, et autres.
Elle sera une réussite si les gouvernements se dotent d’institutions régionales robustes, notamment des banques centrales régionales (BEAC, BCEAO) et des tribunaux commerciaux (OHADA-CCJA) véritablement indépendante. Les gouvernements africains devront apprendre à faire confiance et à s’appuyer sur les champions économiques africains de l’industrie, de l’agriculture, des services numériques, de la finance, de l’audit et du conseil. Ils doivent pour cela accélérer la mise en œuvre effective de la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAf). Douala, République du Cameroun
Le 31 juillet 2025
Emile C. BEKOLO, Expert-Comptable