Cameroun : que retenir du discours d’investiture de Paul Biya, sur fond de tensions post-électorales

Le président Paul Biya a prêté serment, ce jeudi 6 novembre, pour son huitième mandat présidentiel. Une formalité pour celui qui s’est livré à l’exercice pour la première fois le 6 novembre 1982, il y a 43 ans jour pour jour. Le président le plus âgé au monde (92 ans), a promis de rétablir l’ordre dans le pays en proie à des violences postélectorales.

Devant 1500 invités, la cérémonie a été fastueuse, notamment lors de la réception en soirée au Palais de l’Unité, malgré un climat toujours marqué par de fortes tensions post-électorales. Dans son discours d’investiture, le plus vieux président du monde a présenté ses condoléances aux victimes des manifestations et a reproché à ceux qu’il a qualifiés de « politiciens irresponsables » d’être à l’origine des troubles. « Je peux vous assurer que l’ordre régnera », a-t-il promis, affirmant qu’il était inutile de plonger le pays dans la crise. Suite aux allégations de fraude lors des élections du mois dernier, M. Biya a qualifié le processus électoral de satisfaisant et a félicité l’organe électoral Elecam.

Revenant sur le scrutin du 12 octobre et les manifestations de colère de la semaine précédente après la proclamation de sa victoire par le Conseil constitutionnel, Paul Biya indexe l’attitude de politiciens qu’il qualifie d’« irresponsables », sans citer Issa Tchiroma Bakary qui continue à revendiquer la victoire. Concernant les violences qui ont émaillé les protestations, Paul Biya adresse ses condoléances aux victimes.

Poussant ainsi le  Dr Alassa Fouapon à dire que : “ce discours du président Paul Biya tranche nettement avec l’arrogance habituelle de certains partisans qui confondent communication politique et culte de la personnalité. Le chef de l’État a ouvert son propos par une phrase rare et significative : « Je sais la profondeur des frustrations et l’ampleur des attentes”

C’est un aveu lucide et un geste d’apaisement dans un contexte social et politique tendu. Pourtant, dans les réactions qui affluent sur les réseaux sociaux, la plupart des Camerounais semblent retenir trois annonces principales :la réouverture des études doctorales ; la relance des concours directs et le financement des projets des jeunes et des femmes.

Or, l’annonce la plus stratégique, et sans doute la plus décisive pour l’avenir du pays, est passée presque inaperçue : la restructuration de l’État pour l’adapter aux réalités et défis politiques, économiques et sociaux actuels.

Quant à Issa Tchiroma Bakary, il continue à soutient qu’il est le vainqueur légitime du scrutin et accuse les autorités de fraude, ce qu’elles ont nié.

Rappelons que l’annonce des résultats a déclenché des manifestations meurtrières dans tout le pays, qui ont fait 37 morts et plus de 1 200 arrestations, selon la Commission nationale des droits de l’homme. D’autres institutions ont fait état d’un bilan beaucoup plus lourd. Le ministre de la Communication parle quant à lui parler de : “plusieurs dizaines de morts”.

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