
Au Cameroun, il est urgent d’agir pour désamorcer les tensions post-électorales, mais il n’existe pas de solution simple. L’Union africaine (UA) et les grandes puissances occidentales, qui auraient pu intervenir, sont restés en retrait. Alors que les “villes mortes” ont causé des dégâts économiques, Paul Biya devrait rapidement mettre en place un forum de haut niveau, sous la médiation de chefs religieux, notamment de l’Eglise catholique et de la communauté musulmane, qui jouissent d’une grande influence, afin de discuter de l’avenir du pays.
Déclaré élu au terme du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, Paul Biya, 92 ans, s’est engagé dans un nouveau septennat, alors que le pays connaît de vives tensions après la contestation des résultats officiels. « L’ordre règnera », a promis le président de la République. Ses partisans sont convaincus qu’il viendra à bout du climat socio-politique actuel, tandis que des voix redoutent un durcissement du ton de la part du pouvoir et une prolongation de la crise.
Le propos était peut-être destiné à marquer les esprits. Le 6 novembre 2025, dans son discours d’investiture, Paul Biya, qui a entamé son huitième mandat à la tête de l’État depuis 1982, au terme de l’élection présidentielle du 12 octobre dont il a été déclaré vainqueur avec 53,66% des suffrages par le Conseil constitutionnel, y est allé sans détour : « Le Cameroun n’a pas besoin d’une crise électorale dont les conséquences pourraient être dramatiques, comme cela s’est vu sous d’autres cieux. Il est de ma responsabilité de veiller à ce que l’ordre soit maintenu. Je puis vous l’assurer, l’ordre règnera. »
Selon l’Internationalcrisisgroup, les décisions qui seront prises au cours des prochains jours seront cruciales. Les autorités camerounaises devraient éviter de chercher à résoudre le conflit par la force, comme elles l’ont fait lors des précédentes crises politiques, notamment lors du dernier scrutin en 2018. Elles devraient demander aux forces de l’ordre de ne pas recourir à la force létale contre les manifestants. Toutes les parties devraient éviter les discours haineux. En dernier ressort, seule une justice électorale, à condition qu’elle soit équitable et transparente, peut mettre fin au conflit de manière satisfaisante et pacifique. En l’absence de voie juridique pour résoudre la crise, il est d’autant plus essentiel de parvenir à un règlement politique.
Le vent tourne contre Paul Biya
Plusieurs facteurs ont fait de la campagne électorale de 2025 la plus grande menace à laquelle Paul Biya a été confronté depuis son accession au pouvoir. En juin, la coalition présidentielle s’est effondrée, privant le chef de l’Etat sortant de l’un de ses bastions les plus fiables. Le chef de l’opposition, Issa Tchiroma Bakary, est originaire du nord du pays. Les trois régions densément peuplées du nord du Cameroun, situées dans la ceinture sahélienne (l’Extrême-Nord, le Nord et l’Adamaoua), comptent pour 40 pour cent du corps électoral et ont toujours soutenu Paul Biya par le passé.
Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maïgari, tous deux anciens ministres, ont quitté la coalition au pouvoir plus tôt dans l’année, dénonçant l’incapacité des autorités à résoudre les problèmes économiques et sécuritaires du pays. Partout au Cameroun, le désenchantement face à la manière dont le gouvernement a dirigé le pays, notamment ce que l’Eglise catholique a qualifié de pratique systématique d’exclusion ethnique et de détournement des ressources, a entrainé un revirement en faveur de l’opposition.