
Au Cameroun, l’attente d’un nouveau gouvernement est au cœur de l’actualité en ce début d’année 2026. Bien que le président Paul Biya ait officiellement annoncé un remaniement imminent lors de son discours à la nation du 31 décembre 2025, la liste ministérielle se fait toujours attendre, plongeant le pays dans une forme d’incertitude politique.
Voila plus de deux semaines au Cameroun depuis l’évocation par Paul Biya dans son discours pour la nouvelle année d’un « nouveau gouvernement » à venir dans « les prochains jours ». Laissant à l’interprétation de chacun la notion de « prochains jours », c’est en tout cas la première fois que Paul Biya annonce lui-même l’avènement d’un remaniement, lui qui en a pratiqué plus de trente en 43 ans. Le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, est en place depuis sept ans, sans nouvelle nomination, malgré des décès et des démissions de ministres, dont celles de Bello Bouba Maïgari et de Issa Tchiroma Bakary, candidats à la présidentielle d’octobre dernier, et plusieurs scandales, notamment financiers.
Le président s’est retiré dans sa résidence privée pour finaliser les derniers choix. La formation d’un gouvernement au Cameroun nécessite de respecter un équilibre délicat entre les régions, les ethnies et les générations, tout en gérant les pressions des courtisans qui cherchent à verrouiller l’accès au chef de l’État.
Contexte post-électoral tendu : Paul Biya a entamé son 8e mandat après une réélection contestée fin 2025. Le nouveau gouvernement doit non seulement récompenser les alliés politiques, mais aussi tenter de calmer une opposition qui dénonce des fraudes et demande une réforme du code électoral.
Renouvellement de la classe politique : À 92 ans, Paul Biya fait face à une forte demande de renouvellement. Il s’agit de décider s’il faut conserver les « fidèles » de longue date ou laisser la place à une « troisième génération » plus opérationnelle pour répondre aux enjeux de chômage des jeunes et de modernisation de l’administration.
Urgence des dossiers prioritaires : Le futur gouvernement devra immédiatement s’attaquer à des crises profondes, notamment la situation sécuritaire dans les régions anglophones (crise d’Ambazonie) et à l’Extrême-Nord, ainsi qu’à la lutte contre la vie chère.
Paralysie administrative : Cette période d’attente prolongée crée un sentiment de « pays à l’arrêt », les ministres actuels, dans l’expectative de leur sort, limitant souvent leurs initiatives en attendant les nouveaux décrets.
Selon le directeur de la propagande du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Christophe Mien Zock,cité par RFI, : « Cette élection présidentielle a bien montré que les Camerounais étaient mécontents sur la gouvernance, sur certains résultats en termes d’infrastructures ».
Pour lui, dans son discours, Paul Biya a esquissé un portrait robot de la future équipe. « De la probité, de l’intégrité. Pour nous, ça revient à dire que le président est conscient du fait qu’à certains moments on s’est détournés de ces idéaux du renouveau. (…) Et donc cette annonce ne peut que plonger les militants dans une certaine confiance. Mais, comme on le dit souvent, on attend de juger les maçons au pied du mur ».
Au Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) de Cabral Libii, déclaré troisième à la présidentielle, on se dit tournés vers les législatives et municipales, mais disponibles en cas d’appel, comme l’explique le porte-parole, Richard Tamfu.
« Je ne sais pas si, dans sa vision, il entend former un gouvernement inclusif, mais, nous au PCRN, nous n’avons pas une posture de rejet. (…) si d’aventure nous étions sollicités pour servir les Camerounais. Donc, nous allons répondre présent »