
Dix ans après le début de la crise sécuritaire dans les régions anglophones, le gouvernement camerounais estime que la situation s’est nettement améliorée dans le Nord-Ouest. En visite de travail à Bamenda le 5 octobre 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a toutefois reconnu la persistance de poches de résistance attribuées aux groupes armés séparatistes. Face à cette menace résiduelle, il appelle les populations à renforcer leur collaboration avec les autorités et les forces de défense et de sécurité.
Le gouvernement veut croire à un retour progressif à la normalité dans le Nord-Ouest. Mais il refuse de baisser la garde. En déplacement à Bamenda, capitale régionale, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a présidé lundi 5 octobre une réunion consacrée à l’évaluation de la situation sécuritaire. Autour de la table : autorités administratives, responsables des forces de défense et de sécurité et autres acteurs impliqués dans la gestion de la crise.
À l’issue de cette rencontre, le constat livré par le ministre se veut rassurant. Selon lui, la situation est globalement maîtrisée dans la région. Une accalmie qui ne signifie toutefois pas la disparition totale de la menace.
Le calme observé sur le terrain reste fragile.
Paul Atanga Nji appelle ainsi à la vigilance, estimant que certains groupes armés continuent d’entretenir l’insécurité dans plusieurs localités. Le ministre évoque des « poches de résistance » qu’il juge limitées, mais suffisamment nuisibles pour continuer à perturber la vie des populations.
Une menace qui cible encore les civils. Si les affrontements avec les forces de défense semblent avoir diminué dans plusieurs zones, le gouvernement reste préoccupé par les actes visant les populations civiles. Le ministre de l’Administration territoriale estime que les groupes armés représentent désormais une menace résiduelle qu’il faut empêcher de se reconstituer. Pour lui, la bataille sécuritaire ne peut donc pas reposer uniquement sur les forces de défense et de sécurité. La population est appelée à jouer un rôle de premier plan.
Paul Atanga Nji insiste notamment sur la nécessité d’une coopération accrue entre les citoyens, les autorités administratives et les forces de sécurité. Une collaboration qu’il considère comme indispensable pour empêcher les infiltrations et permettre aux services compétents d’anticiper les actions des groupes armés.
Les mototaxis dans le viseur du gouvernement
À Bamenda, le ministre a accordé une attention particulière aux conducteurs de mototaxis. Ce secteur est considéré par les autorités comme un maillon important dans le dispositif de surveillance du territoire. Selon les chiffres avancés par Paul Atanga Nji, une grande partie des actes d’insécurité attribués aux groupes armés serait commise avec l’utilisation de motos. D’où la rencontre avec les conducteurs de mototaxis, invités à se montrer particulièrement vigilants face aux mouvements suspects et aux éventuelles infiltrations.
Le message du ministre est également assorti d’un avertissement. Les motos utilisées pour commettre des actes violents feront l’objet de sanctions particulièrement sévères. Paul Atanga Nji a ainsi promis que les engins impliqués dans des violences seront saisis et détruits. Une mesure qui vise autant à dissuader les auteurs d’actes criminels qu’à responsabiliser les acteurs du transport urbain.
Le défi de consolider l’accalmie
Pour les autorités, l’enjeu n’est plus seulement de contenir les violences, mais de consolider durablement le retour à la stabilité. Après une décennie de crise, les défis restent considérables. Le retour à une vie normale passe par la sécurité, mais également par la reprise des activités économiques, la réouverture durable des services publics et le rétablissement de la confiance entre les populations et les institutions.
Le gouvernement entend donc capitaliser sur l’accalmie observée dans plusieurs zones pour accélérer ce processus. Mais le maintien de la vigilance demeure présenté comme une condition essentielle. Car une menace résiduelle, même limitée géographiquement, peut rapidement perturber les efforts de normalisation.
Une assistance aux populations vulnérables
La visite ministérielle ne s’est pas limitée aux questions sécuritaires. Au nom du couple présidentiel, Paul Atanga Nji a également remis une assistance humanitaire à des femmes de la région. Quelque 3 500 bénéficiaires, regroupées au sein de 650 ménages, ont reçu différents appuis, notamment des denrées alimentaires, un soutien financier ainsi qu’une prise en charge des frais de transport.Un geste qui intervient dans une région où les années de crise ont lourdement affecté les conditions de vie des populations.
Pour le gouvernement, la réponse à la crise doit donc être à la fois sécuritaire et sociale. Bamenda veut tourner la page. À Bamenda, le discours officiel se veut désormais celui d’une région qui retrouve progressivement son souffle, mais qui doit rester prudente. Le gouvernement assure que la situation sécuritaire est sous contrôle. Il reconnaît cependant que des poches d’insécurité subsistent et que les groupes armés n’ont pas totalement disparu du paysage.
Entre accalmie et vigilance, le Nord-Ouest se trouve ainsi à un moment charnière. L’objectif affiché par Yaoundé est désormais de transformer le recul des violences en une stabilité durable et de permettre aux populations de tourner définitivement la page d’une décennie de crise.