Cameroun-Nigeria : le retour de la sécurité redonne vie au commerce transfrontalier

Longtemps perturbés par les attaques de Boko Haram, les échanges commerciaux entre le nord-est du Nigeria et l’Extrême-Nord du Cameroun connaissent un regain d’activité. La sécurisation progressive des principaux axes transfrontaliers permet aux transporteurs de reprendre la route, tandis que les postes douaniers retrouvent progressivement leur importance. Dans une région fragilisée par les crises sécuritaires et les aléas climatiques, cette reprise du commerce constitue un véritable soutien pour les populations.

Sur l’axe reliant le Nigeria au Cameroun, le mouvement des marchandises reprend progressivement ses droits. Les camions chargés de céréales et d’autres produits traversent de nouveau les principaux points de passage entre les deux pays, après plusieurs années marquées par l’insécurité et les attaques attribuées à Boko Haram.

Pour les transporteurs, le changement est perceptible. Les itinéraires reliant Kano et Maiduguri, au Nigeria, à Banki puis aux localités camerounaises de Kourgui, Amchidé et Yagoua sont désormais davantage sécurisés. Les chauffeurs reconnaissent toutefois rester prudents, notamment à la tombée de la nuit.

Les contraintes liées à la sécurité continuent ainsi d’influencer l’organisation des déplacements. Lorsqu’un camion tombe en panne en fin de journée, les conducteurs préfèrent généralement attendre le lendemain avant de reprendre la route. L’objectif est d’éviter de circuler sur certains tronçons pendant les heures où les risques peuvent être plus importants.

Les forces de sécurité accompagnent la reprise

Cette amélioration de la circulation est notamment liée au renforcement du dispositif sécuritaire sur les principaux corridors commerciaux. Au Cameroun, les éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR) participent à la surveillance des axes et à la sécurisation des convois.

Cette présence permet de restaurer progressivement la confiance des opérateurs économiques. Elle reste cependant indispensable dans une région où la menace terroriste n’a pas complètement disparu et où les populations continuent de vivre avec les conséquences des années de violences.

La réouverture de certains points commerciaux illustre cette évolution. Le poste douanier de Limani, situé dans l’Extrême-Nord, avait notamment été fermé en 2014 en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. Sa remise en activité a contribué à la reprise des échanges avec le Nigeria et au rétablissement des circuits commerciaux.

Un corridor stratégique pour les deux économies

Au-delà de la circulation des camions, le rétablissement du trafic transfrontalier représente un enjeu économique majeur pour les populations des deux pays. Le Cameroun fournit notamment au marché nigérian des produits agricoles et du bétail, tandis qu’il importe en retour une diversité de marchandises, parmi lesquelles le carburant, les textiles, les équipements électroniques et les pièces détachées.

Cette complémentarité contribue à maintenir l’activité économique dans plusieurs localités frontalières. Les marchés, les transporteurs, les commerçants, les manutentionnaires et les petits acteurs du commerce informel bénéficient directement ou indirectement de la reprise des échanges.

La sécurisation des routes commerciales apparaît ainsi comme un outil de stabilisation économique. Plus les marchandises circulent, plus les activités génératrices de revenus peuvent reprendre et plus les administrations publiques peuvent également bénéficier de recettes issues du commerce.

Une bouée de sauvetage pour les populations

Dans l’Extrême-Nord camerounais, la reprise du commerce intervient alors que les populations doivent composer avec une autre menace : les effets du dérèglement climatique.

Après des épisodes d’inondations ayant détruit des cultures et fragilisé les moyens de subsistance, certaines zones sont désormais confrontées à la sécheresse et à des difficultés liées à l’irrégularité des pluies. Dans ce contexte, les échanges transfrontaliers constituent une source alternative de revenus et d’approvisionnement pour de nombreuses familles.

Le commerce avec le Nigeria ne représente donc pas uniquement une activité économique. Il joue également un rôle social important dans une région où les ménages restent particulièrement vulnérables aux chocs sécuritaires, climatiques et alimentaires.

Des recettes douanières en forte progression

A en croire RFI, la reprise du trafic se traduit également par une amélioration des performances douanières. Les ambitions de recettes pour les neuf premiers mois de 2026 atteignent 741 milliards de francs CFA, contre seulement 1 milliard de francs CFA enregistré en 2023, selon les données avancées dans le cadre de cette reprise des échanges.

Cette progression illustre l’importance stratégique accordée à la sécurisation des corridors commerciaux. Pour les autorités, la circulation des marchandises constitue à la fois une source de revenus pour l’État et un levier de développement pour les territoires frontaliers.

Le défi consiste désormais à maintenir cette dynamique. La consolidation de la sécurité, l’entretien des axes routiers, la fluidification des formalités douanières et la protection des transporteurs seront déterminants pour inscrire durablement la reprise du commerce Cameroun-Nigeria dans le temps.

Dans l’Extrême-Nord, chaque camion qui franchit désormais la frontière transporte donc bien plus que des marchandises : il symbolise le retour progressif de l’activité économique dans une région longtemps paralysée par l’insécurité.

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