
Au Cameroun, le tribunal militaire s’est prononcé sur les quatre militaires reconnus coupables d’« assassinat », impliqués dans le massacre de Ngarbuh dans la région du Nord-Ouest du Cameroun où s’opposaient séparatistes et forces de défense et de sécurité.
Bref rappel des faits. Le 14 février 2020, des militaires camerounais et des membres armés de l’ethnie fulanie ont attaqué le village de Ngarbuh, dans la province du Nord-Ouest du Cameroun, tuant au moins 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte, et incendiant et pillant des maisons. C’était une journée dont la brutalité a profondément choqué même ceux qui étaient depuis longtemps accoutumés aux violences croissantes dans cette région.
Cette attaque a été commise en représailles contre la communauté locale qui était soupçonnée d’héberger des combattants séparatistes. Le massacre s’est inscrit dans un contexte d’exactions commises par l’armée contre les civils dans les régions anglophones du Cameroun où, depuis plus de huit ans, les forces de sécurité affrontent des séparatistes armés – eux-mêmes également responsables d’attaques contre des civils – qui combattent pour obtenir l’indépendance de la minorité anglophone du pays.
A en croire RFI, l’armée avait initialement nié la tuerie, puis parlé d’un « malheureux accident ». Sous la pression internationale, le président Paul Biya avait finalement exigé l’ouverture d’une enquête qui avait conclu à la responsabilité de trois militaires dits « incontrôlés » et désobéissant aux ordres, avec l’aide d’un groupe de miliciens.
Illaria Allegrozi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, affirme qu’un pas en avant dans la lutte contre l’impunité a été franchi : « Le tribunal militaire s’est prononcé sur la culpabilité des quatre accusés qui étaient poursuivis dans le cadre du procès pour le massacre de Ngarbuh. Et cette décision marque une étape importante dans la recherche de la vérité.
La chercheuse regrette qu’aucun officier supérieur n’est été inculpé dans le dossier : « Mais je pense que les autorités ont manqué une occasion pour démontrer que personne n’est au-dessus de la loi, parce que le procès pour le massacre de Ngarbuh étaient une opportunité pour le gouvernement camerounais de montrer aux Camerounais et à la communauté internationale qui s’est largement investi dans la recherche de la vérité après le massacre, qu’il peut tenir ses officiers supérieurs pour responsables de leurs actes. Pour moi, la chose la plus grave, c’est qu’aucun officier de haut rang n’a été arrêté ni inculpé dans ce procès. Et même les 17 miliciens qui auraient aidé les soldats à perpétrer cette tuerie ont été inculpé de meurtre, mais sont toujours en liberté. »