Cameroun : le PADESCE, un accélérateur de compétences pour rapprocher les jeunes de l’emploi

Avec ses 2 914 bénéficiaires retenus sur plus de 11 000 candidatures, le volet formation du PADESCE s’impose comme l’un des principaux instruments de la politique camerounaise de développement des compétences. Présenté le 20 août 2026 à Yaoundé par le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle par intérim, Mounouna Foutsou, le dispositif mise sur des formations courtes, certifiantes et orientées vers les besoins du marché du travail, tout en renforçant les passerelles entre centres de formation et entreprises

Au Cameroun, la question n’est plus seulement de former davantage de jeunes, mais de leur permettre d’acquérir des compétences susceptibles de déboucher sur une activité professionnelle. C’est l’un des enseignements majeurs de la conférence de presse organisée le 20 août 2026 au Centre national de formation des formateurs et de développement des programmes de Yaoundé.

Au cœur des échanges : le Projet d’appui au développement de l’enseignement secondaire et des compétences pour la croissance et l’emploi (PADESCE), soutenu par la Banque mondiale. À travers ce projet, le gouvernement entend répondre à l’un des principaux défis du marché de l’emploi : réduire le décalage entre les qualifications disponibles et les compétences recherchées par les entreprises.

Le pari des formations directement liées à l’emploi

L’un des dispositifs phares du PADESCE repose sur les Bons de Formation, mis en œuvre dans le cadre du Mécanisme compétitif de développement des compétences. Leur objectif est de faciliter l’accès des jeunes à des formations professionnelles courtes et certifiantes, proposées dans des structures privées partenaires.

Le mécanisme prend notamment en charge les frais de formation, l’assurance, les équipements de protection individuelle, le petit matériel professionnel ainsi que les frais liés à l’évaluation certificative. Les formations, d’une durée de trois à six mois, sont orientées vers des métiers identifiés comme porteurs.

L’ampleur des candidatures enregistrées illustre l’intérêt suscité par cette approche. Alors que l’appel initial prévoyait seulement 1 000 places, quelque 11 221 candidatures ont été déposées. Après traitement des dossiers et élimination des doublons, 7 783 candidatures uniques ont été retenues pour le processus de sélection.

Face à cette forte demande, le nombre de bénéficiaires a finalement été porté à 2 914 jeunes. Une décision qui traduit, selon le gouvernement, la nécessité d’adapter l’offre de formation à la demande exprimée par la jeunesse.

Trois secteurs ciblés

Le PADESCE a privilégié trois domaines considérés comme stratégiques pour l’insertion professionnelle.

Le numérique accueille ainsi 943 bénéficiaires, dont 314 jeunes filles. La conduite d’engins lourds de chantier concerne 1 400 jeunes, parmi lesquels 257 jeunes femmes. Enfin, 571 bénéficiaires, dont 58 jeunes filles, sont orientés vers la soudure industrielle.

Derrière ces choix se dessine une nouvelle orientation de la politique de formation professionnelle : privilégier les métiers correspondant à des besoins réels de l’économie plutôt que de multiplier les formations sans garantie d’insertion.

Les bénéficiaires seront formés dans dix structures privées partenaires, sélectionnées notamment en fonction de leurs équipements, de leurs ressources humaines, de leurs capacités pédagogiques et techniques et de la pertinence de leurs programmes.

Former, mais aussi maintenir les compétences

L’action du PADESCE ne se limite pas aux jeunes en quête d’une première qualification. Le projet intervient également dans la formation continue des travailleurs.

Au premier semestre 2026, 5 843 travailleurs ont ainsi bénéficié d’actions de renforcement de compétences. Parmi eux, 4 188 sont issus de l’économie sociale et du secteur informel.

Les formations ont notamment porté sur le numérique, le BTP, l’énergie et l’agro-industrie. Une démarche qui vise à permettre aux travailleurs de s’adapter aux mutations technologiques, tout en améliorant la productivité des unités économiques.

Cette dimension est particulièrement importante dans un marché du travail en évolution rapide, où l’acquisition d’une qualification initiale ne suffit plus nécessairement à garantir l’employabilité sur le long terme.

Le PADESCE rapproche aussi les centres de formation des entreprises

L’un des apports majeurs du projet réside également dans le rapprochement entre le monde de la formation et celui de l’entreprise.

Au total, 18 entreprises ont été mobilisées dans les dispositifs d’apprentissage. Elles ont offert 646 places et accompagné 244 maîtres apprentis dans 53 métiers. Les domaines concernés vont de la métallurgie à l’industrie automobile, en passant par le BTP, les énergies renouvelables, le numérique, l’agriculture, l’agro-industrie ou encore l’hôtellerie-restauration.

Cette implication du secteur privé marque une évolution dans la conception de la formation professionnelle. L’entreprise n’est plus seulement envisagée comme le lieu où le jeune doit chercher un emploi après son parcours scolaire ou professionnel. Elle devient également un espace d’apprentissage, d’immersion et de consolidation des compétences.

Le PADESCE entend ainsi contribuer à la construction d’une chaîne allant de la formation à la professionnalisation, puis à l’insertion.

Un socle pour la politique JEME

Les résultats présentés autour du PADESCE s’inscrivent dans une stratégie gouvernementale plus large portée par l’opération JEME – « Un Jeune, Un Métier, Un Emploi ».

L’ambition affichée est de mieux articuler l’orientation, la formation, l’apprentissage, l’expérience professionnelle et l’accès à l’emploi ou à l’auto-emploi. Dans cette architecture, le PADESCE joue un rôle particulièrement important en intervenant en amont : celui de doter les jeunes de compétences adaptées aux réalités du marché.

Cette logique est prolongée par d’autres programmes, notamment le PEAC, soutenu par la Banque africaine de développement, ainsi que les initiatives consacrées aux métiers du numérique, aux emplois verts et à la professionnalisation.

Mais le PADESCE apporte une donnée essentielle à cet ensemble : l’expérimentation à grande échelle d’une formation davantage connectée aux besoins du secteur productif.

De la formation à l’insertion : le prochain défi

Le nombre de bénéficiaires et la diversité des formations constituent des indicateurs importants. Mais le véritable test du dispositif se situera après la formation.

L’enjeu sera désormais de savoir combien de jeunes accéderont effectivement à un emploi, créeront leur propre activité ou poursuivront leur parcours dans l’entrepreneuriat. C’est sur cette capacité à transformer une qualification en opportunité économique que se mesurera, à terme, l’impact du PADESCE.

Le gouvernement veut d’ailleurs renforcer cette continuité à travers JEME et ORFEV-JEUNES, qui interviennent respectivement sur l’orientation, l’accès aux métiers et l’insertion, ainsi que sur l’accompagnement des jeunes pendant les vacances.

À travers cette articulation, l’exécutif cherche progressivement à passer d’une politique centrée sur le nombre de personnes formées à une politique davantage évaluée sur les résultats en matière d’employabilité et d’insertion.

Un enjeu pour la transformation économique

Au-delà de la réponse immédiate au chômage et au sous-emploi, le PADESCE porte ainsi un enjeu économique plus large. En orientant les jeunes vers le numérique, la soudure industrielle ou la conduite d’engins lourds, le projet cherche à répondre à des besoins de compétences susceptibles d’accompagner les secteurs productifs.

La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité des entreprises à absorber ces nouvelles compétences, de l’efficacité de l’accompagnement après la formation et de l’adéquation permanente des programmes avec l’évolution des métiers.

Le PADESCE apparaît dès lors comme un maillon stratégique de la politique camerounaise de l’emploi : il ne prétend pas, à lui seul, résoudre la question du chômage des jeunes, mais entend agir sur l’une de ses causes structurelles, à savoir l’inadéquation entre formation et besoins de l’économie.

Avec près de 3 000 jeunes déjà orientés vers des métiers ciblés et plusieurs milliers de travailleurs engagés dans la formation continue, le projet pose les bases d’un modèle où la compétence doit devenir le premier passeport vers l’emploi, l’auto-emploi et l’entrepreneuriat.

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