Cameroun : Issa Tchiroma revendique sa victoire à l’élection présidentielle

Après de longues heures d’attente, l’opposant et ancien ministre a finalement fait ce que ses partisans attendaient de lui : il a revendiqué sa victoire lors de la présidentielle du 12 octobre. Affirmant détenir un décompte des voix qui le prouve, il a appelé les autorités à respecter la « vérité » des urnes. Défiant ainsi le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans, alors que les résultats officiels ne sont attendus que dans deux semaines.
 
Plus vieux chef d’État en exercice au monde, Paul Biya, 92 ans, brigue un 8e mandat,   Issa Tchiroma Bakary, 79 ans et ancien ministre du camp présidentiel jusqu’en juin, a suscité un engouement inattendu pendant la campagne, alors que la candidature de l’opposant historique Maurice Kamto a été rejetée.
Alors que les résultats officiels à l’élection présidentielle camerounaise de dimanche ne sont attendus que dans deux semaines, c’est par un message publié, mardi 14 octobre, sur sa page Facebook, que l’ancien ministre et candidat de l’opposition Issa Tchiroma Bakary a revendiqué la victoire. 
 
« Aujourd’hui, c’est avec une émotion profonde et une immense fierté que je m’adresse à vous. Ensemble, nous avons écrit l’histoire, a-t-il déclaré. Durant cette campagne, j’ai vu un Cameroun debout (…) Je veux d’abord dire merci au peuple camerounais. Merci d’avoir cru en moi, merci d’avoir cru en nous, merci d’avoir cru au changement. Merci à tous ceux qui ont voté, et à tous ceux qui ont protégé leur vote. Vous êtes les véritables héros de cette victoire. »
L’ancien ministre a poursuivi en remerciant encore les « candidats qui, déjà, [lui] ont adressé leurs félicitations », marquant « le début d’une nouvelle ère où l’unité de l’opposition et de la société civile devient une force irrésistible ». Surtout, il a longuement appelé à respecter ce « choix du peuple ». « J’appelle toutes les institutions, toutes les autorités administratives, tous les responsables à ne pas se rendre ennemis du peuple qu’ils sont censés servir », a-t-il lancé.
« Le temps de la peur, des manipulations et des faux calculs est révolu. Le seul camp qui compte aujourd’hui, c’est celui du Cameroun », a ajouté le candidat, s’adressant successivement aux forces de sécurité, à la jeunesse, aux enseignants, aux travailleurs, aux paysans, aux soldats, aux journalistes ou encore à la diaspora. « Ensemble, nous allons tourner la page, nous allons réconcilier notre Nation, refonder nos institutions et ouvrir le chemin d’un avenir juste, digne et fraternel », a-t-il assuré.
A en croire Jeune Afrique, comme prévu, Issa Tchiroma Bakary a imité Maurice Kamto, l’opposant qui avait lui aussi anticipé, lors de la présidentielle de 2018, l’annonce des résultats officiels de la présidentielle par Elecam, l’organe de gestion des élections. Il a assuré qu’il partagerait « dans les jours qui viennent (…) un rapport détaillé » des votes par région, « tel que compilé à partir des résultats affichés publiquement, conformément à l’article 113 du code électoral ».
Selon lui, ce décompte en sa possession « est une sanction claire du régime en place et un plébiscite en faveur d’un changement immédiat, car la victoire est écrasante ». « Nous demandons au régime en place de faire preuve de grandeur et d’honorer la vérité des urnes par un geste attendu : ce coup de fil de félicitations qui démontrera la maturité politique de notre Nation et la force future de notre démocratie », a conclu le candidat.
Le soir même du 12 octobre, alors que les bureaux de vote fermaient leurs portes, le ministre de l’Administration territoriale avait lui aussi pris les devants, assurant que « l’administration passerait à l’offensive pour mettre un terme à [une] imposture qui consiste [rait] à fabriquer de faux résultats des élections et les rendre publics ». « Les contrevenants quels que soient leurs statuts politiques ou rang social, feront face à la rigueur de la loi sans la moindre complaisance », a prévu Paul Atanga Nji.
« Dès aujourd’hui, la recréation est terminée. Seules les instances chargées de la centralisation et du recensement des votes prendront le relais. (…) Aucune autre démarche en dehors de ce cadre légal ne doit exister ou prospérer. Toute tentative de perturber le processus électoral après la clôture des bureaux de vote sera considérée comme un casus belli et traitée comme tel », avait encore lancé le ministre.
Son équipe de campagne, qui affirme avoir placé des observateurs dans 90 % des bureaux de vote, attendait la compilation des procès-verbaux pour une approche statistique de cette victoire.
Dans son fief de Garoua, où le candidat Tchiroma s’est retrouvé pris dans des échauffourées entre ses partisans et les forces de l’ordre dimanche, la présence militaire est renforcée mardi matin, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).
Pour l’instant les autorités n’ont ni communiqué le taux de participation ni précisé la date exacte de proclamation des résultats, prévue avant le 26 octobre par le Conseil constitutionnel, alors que des craintes de fraude persistent en faveur de Paul Biya. 

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