Cameroun-Falaise de Dschang : la reconstruction d’une route sous haute tension

Le traumatisme du 5 novembre 2024, où la terre s’est dérobée sous les pieds des voyageurs, hante encore les esprits, mais sur le terrain, l’heure est à la reconquête. 

Entre les vestiges de la tragédie et l’urgence de rétablir une artère vitale pour l’économie du pays, les ingénieurs de la CFHEC livrent une course contre la montre. Alors que le pays célébrait le passage à la nouvelle année, le vrombissement des engins n’a pas faibli, marquant une accélération décisive dans la stabilisation d’une zone devenue le symbole de la fragilité de nos infrastructures face aux colères de la nature.

La bataille se joue désormais dans l’invisible, sous la chaussée, là où l’eau dictait autrefois sa loi. Les vingt éléments de dalots posés entre la Saint-Sylvestre et le premier jour de l’an ne sont pas de simples blocs de béton ; ils constituent l’épine dorsale d’un nouveau système de drainage conçu pour dompter les infiltrations souterraines. En ferraillant les têtes de pont et en coulant les radiers des puisards, les équipes techniques tentent de corriger les erreurs du passé. L’analyse ici est claire : le rétablissement de la circulation ne peut être pérenne sans une maîtrise absolue de l’hydrologie de la falaise. C’est une ingénierie de précision qui s’installe sur un site où l’improvisation n’a plus sa place.

Pourtant, le défi change de visage avec la saison. Si la pluie était l’ennemi mortel en novembre, c’est paradoxalement la sécheresse qui complexifie les travaux aujourd’hui. Maintenir la teneur en eau idéale de la latérite, ce matériau ocre qui servira de remblai, devient un exercice d’équilibriste. Trop sèche, la terre perd sa capacité de compactage ; trop humide, elle devient instable. Cette gestion fine des matériaux prouve que le chantier de la falaise de Dschang est autant une épreuve de force qu’une science du détail.

Au-delà de la technique, l’enjeu est politique et social. Le ministre des Travaux publics, conscient de l’asphyxie économique que représente cette coupure pour l’Ouest-Cameroun, insuffle un rythme soutenu aux opérations. Mais derrière la célérité affichée, l’analyse révèle une prudence nécessaire. Réparer la route est une chose, sécuriser définitivement une falaise dont la structure géologique a été ébranlée en est une autre. Le chantier qui se poursuit n’est donc pas seulement une réhabilitation routière, c’est une promesse de sécurité faite aux usagers, pour que plus jamais le voyage vers Dschang ne rime avec incertitude.

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