Cameroun : l’ex-ministre, Issa Tchiroma Bakary, annonce sa candidature à la présidentielle

Au Cameroun, au lendemain de sa démission du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, l’ex-ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle est désormais candidat déclaré à l’élection présidentielle. C’est par une « Lettre aux Camerounais » qu’il affiche ses ambitions et  annonce sa rupture avec le président Paul Biya, dont il était l’un des principaux alliés.

Une volumineuse lettre de 24 pages. Elle s’ouvre par un hommage à ceux que le rédacteur appelle « les pères fondateurs de la nation » et dont il convoque l’esprit face « au péril d’un régime à bout de souffle », écrit-il. Le texte est parcouru de dénonciations des dysfonctionnements d’un système auquel il a appartenu pendant de longues années. Issa Tchiroma confesse alors : « J’ai connu le pouvoir et j’en ai mesuré les limites ». Il adresse ensuite une pique à l’endroit du président Paul Biya  en écrivant qu’un « pays ne peut exister au service d’un homme. Il doit vivre au service de son peuple ». Cette candidature officielle sous le slogan « Le Peuple au Pouvoir » confirme l’entrée en lice d’un poids lourd qui appelle à l’alternance.

 « Le moment est venu de se retirer »

 «Aujourd’hui, le peuple dit : « Trop, c’est trop. » Je l’entends. Je le comprends. Je le rejoins», déclare formellement le candidat. Il enfonce le clou : «Le moment est venu pour le régime en place de se retirer avec dignité.»

Cette phrase choc résume sa rupture totale avec le système. «Notre pays a été dirigé, des décennies durant, par une même vision, un même système», affirme-t-il dans sa lettre politique.

Programme en 16 axes majeurs

Le candidat officiel présente un programme détaillé qui bouleverse les codes politiques camerounais. Officiellement, il s’engage à créer un « Fonds National d’Initiative Jeunesse » et à organiser des « États généraux de l’Éducation ».

Point explosif de son programme : la proposition d’un référendum sur une « nouvelle forme de fédéralisme ». Cette position officielle cible directement la crise anglophone.

Sur la diaspora, Tchiroma officialise l’ouverture du dialogue sur la binationalité, longtemps tabou au Cameroun.

Cette candidature fracassante d’un ancien du système qui crie « Trop, c’est trop » change-t-elle la donne pour octobre 2025 ?

À peine cette lettre a-t-elle été diffusée via les réseaux sociaux qu’un arrêté signé du ministre de l’Administration territoriale adressé au gouverneur de l’Extrême-Nord fuitait aussi par les mêmes canaux. Il portait interdiction de toute activité politique du FSNC, le parti d’Issa Tchiroma, dans un des départements de la région. Comme un rappel que le pouvoir qu’il a servi 20 ans durant ne va désormais rien lui céder.

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