
Paul Biya, 92 ans, le plus vieux président en exercice, est devenu la risée du monde. En dépit de son âge canonique, sa longévité au pouvoir et des grands bleus de la jeunesse camerounaise, le candidat du RDPC estime que : « le meilleur est à venir ». Il n’a échappé à personne qu’alors que tout était fin prêt pour le sommet extraordinaire conjoint CEEAC-CEMAC sur la ratification des communautés économiques régionales en Afrique centrale, prévu pour le 18 juillet 2025 à Yaoundé, la présidence de la République du Cameroun a annoncé le report de l’évènement.
Aucune raison n’a été évoquée pour ce report. Mais une chose est certaine, depuis le début de l’année Paul Biya n’a fait que trois apparitions publiques, lors de la présentation des vœux ; lors des obsèques de sa belle-sœur et lors des cérémonies de la fête nationale le 20 mai dernier.
A quoi pourrait servir le nouveau bail sollicité auprès du peuple qui n’a cessé de s’appauvrir. L’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat au Cameroun, avec un taux de 5 % en 2024, d’après les chiffres officiels. Sur les réseaux sociaux comme dans les débats télévisés, les Camerounais multiplient les critiques sur la cherté de la vie, la précarité des conditions de vie et l’insuffisance des services de base.
L’accès à l’eau potable, aux soins de santé ou à une éducation de qualité demeure difficile. Ces frustrations, exprimées de plus en plus ouvertement, traduisent un malaise social profond à l’approche de la présidentielle.
La crise qui perdure depuis 2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest demeure l’un des principaux foyers d’inquiétude à l’approche du vote. Les violences entre groupes séparatistes armés et forces de sécurité s’y poursuivent, provoquant un climat d’instabilité. En 2018, le scrutin avait été perturbé dans ces zones, avec un taux de participation très faible en raison des déplacements massifs des populations fuyant le conflit.
Aujourd’hui, les conditions économiques dramatiques pourraient mobiliser les électeurs camerounais, pourtant habitués à l’apathie électorale. En 2018, seuls 3,5 millions des 6,6 millions d’inscrits ont pris part à la présidentielle, selon des chiffres de l’université de Bordeaux. Et l’élection avait été ponctuée de violences.
Les enjeux de l’élection présidentielle camerounaise de 2025 sont multiples et complexes, englobant des facteurs politiques, sociaux, et sécuritaires. La question de la succession de Paul Biya, après plus de quatre décennies au pouvoir, est centrale, ainsi que les tensions dans les régions anglophones et l’extrême-nord, et la potentielle ingérence étrangère.
Succession et continuité du pouvoir:
L’âge avancé de Paul Biya (92 ans) et son long règne posent la question de sa succession et de la transition politique.
– La crainte d’une instabilité politique en cas de départ de Biya est palpable, notamment en raison des tensions régionales et des divisions ethniques.
– Les élections sont perçues comme un test pour la capacité du pays à gérer une transition politique sans heurts.
Tensions régionales et sécurité:
La crise anglophone, avec des revendications d’indépendance ou d’autonomie, constitue un défi majeur pour la paix et la stabilité du pays.
L’extrême-nord, confronté à Boko Haram, est une autre zone de tension nécessitant une attention particulière.
La sécurisation du processus électoral et des régions sensibles est une priorité.
Ingérence étrangère:
La présence de groupes d’intérêts étrangers, notamment ceux liés à la Russie, préoccupe, car ils pourraient tenter d’influencer le processus électoral.
La Russie, notamment, est connue pour son soutien à des récits prorusses en Afrique, et le Cameroun pourrait être une cible de ses campagnes anti-occidentales.
Facteurs socio-économiques:
Les enjeux socio-économiques, tels que le chômage, la pauvreté, et les inégalités, sont des facteurs qui pourraient alimenter le mécontentement et influencer le vote.
La bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, et le développement économique sont des attentes fortes de la population.
Rôle de la société civile et des acteurs internationaux:
Les organisations de la société civile jouent un rôle crucial dans la surveillance du processus électoral et la promotion de la transparence.
Les acteurs internationaux, tels que les observateurs électoraux, peuvent contribuer à la crédibilité du scrutin. Mais lors du précédent scrutin présidentiel de 2018, des « mercenaires occidentaux », véritables imposteurs, s’étaient présentés comme des observateurs de Transparency International, avec l’aval des autorités politiques camerounais.