Cameroun : la Couverture santé universelle entre progrès visibles et défis à relever trois ans après son lancement

Trois ans après son déploiement, la Couverture santé universelle (CSU) au Cameroun affiche des résultats encourageants, avec des millions de bénéficiaires et une baisse significative du coût des soins. Mais malgré ces avancées, des obstacles structurels continuent de freiner son plein déploiement.

Le Cameroun dresse un bilan contrasté mais globalement prometteur de sa Couverture Santé Universelle, trois ans après son lancement. À l’occasion d’un point de presse tenu le 29 avril 2026 au Centre de coordination des opérations d’urgence de santé publique, le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, a mis en avant des avancées significatives dans la mise en œuvre de cette réforme majeure.

Les chiffres témoignent d’une adhésion progressive des populations. Plus de 5,8 millions de Camerounais ont été pré-enrôlés, dont 4,6 millions effectivement inscrits, soit un taux de conversion de 81 %. Une dynamique qui traduit l’ancrage progressif de la CSU dans les habitudes, au-delà de son statut initial de réforme administrative.

L’un des points forts du dispositif réside dans la prise en charge des groupes les plus vulnérables. Les taux d’enrôlement sont particulièrement élevés chez les populations prioritaires : enfants de moins de cinq ans, personnes vivant avec le VIH, patients tuberculeux ou encore malades sous dialyse. Cette orientation confirme la volonté des autorités de concentrer les efforts sur les besoins sanitaires les plus urgents.

Autre évolution notable : l’accent mis sur la prévention, souvent reléguée au second plan dans de nombreux systèmes de santé. Des millions d’enfants ont bénéficié de supplémentation en vitamine A et de campagnes de vaccination, tandis que les agents de santé communautaires ont intensifié les visites à domicile. La distribution massive de moustiquaires imprégnées s’inscrit également dans cette logique de réduction des risques sanitaires à la source.

Sur le plan financier, l’impact est particulièrement visible. La CSU a permis de réduire drastiquement le coût de plusieurs prestations médicales. Des millions d’enfants ont ainsi pu consulter gratuitement, tandis que les accouchements assistés et les césariennes sont devenus beaucoup plus accessibles. La prise en charge de pathologies lourdes, comme l’insuffisance rénale, a connu une baisse spectaculaire des coûts, rendant les traitements jusque-là inaccessibles à une large frange de la population.

Des défis importants

Par ailleurs, les programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose ont été renforcés, avec un accès gratuit aux traitements pour des centaines de milliers de patients. Ces avancées contribuent à améliorer les indicateurs de santé publique et à réduire les inégalités d’accès aux soins.

Cependant, des défis importants persistent. L’accessibilité géographique demeure un obstacle majeur, notamment dans les zones rurales où les infrastructures sanitaires restent insuffisantes. Les difficultés liées au remboursement des formations sanitaires fragilisent également le système, avec des répercussions possibles sur la qualité des soins, la disponibilité des médicaments et la motivation du personnel de santé.

Au-delà de l’accès, la question de la qualité des soins reste centrale. Le développement d’infrastructures adaptées, la formation du personnel et le renforcement des mécanismes de contrôle apparaissent indispensables pour consolider les acquis. La gestion des données, la transparence et la coordination entre les différents acteurs du système constituent également des enjeux stratégiques.

Face à ces défis, le gouvernement, sous l’impulsion du président Paul Biya, envisage plusieurs réformes pour les prochaines années. Parmi les priorités figurent l’adoption d’un cadre légal dédié à la CSU, l’extension du panier de soins à d’autres pathologies comme les hépatites ou le diabète infantile, ainsi que le renforcement de la digitalisation du système.

Trois ans après son lancement, la CSU apparaît ainsi comme une réforme structurante du système de santé camerounais. Si les résultats sont encourageants, l’enjeu désormais est d’inscrire cette dynamique dans la durée, en garantissant à la fois la qualité des soins et la soutenabilité financière du dispositif. Car au-delà des statistiques, c’est bien la confiance des citoyens dans leur système de santé qui se joue.

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