Cameroun : à cause du déficit de pluviométrique, 1,3 million de personnes sont menacés à l’Extrême-Nord

Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, près de 1,3 million de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire en 2026, sur fond d’insécurité persistante, de déplacements de populations et de perturbations climatiques. Le retard des pluies et le déficit de précipitations compromettent les activités agricoles, fragilisent l’élevage et la pêche, et font craindre une dégradation de la sécurité alimentaire dans plusieurs départements.

La situation humanitaire demeure préoccupante dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Selon des données relayées par Action contre la faim dans une publication du 20 octobre 2026, environ 1,3 million de personnes ont besoin d’une aide dans cette région, soit près de 45 % des 2,9 millions de personnes concernées à l’échelle nationale. Cette vulnérabilité s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les violences dans le bassin du lac Tchad, les déplacements de ménages et les effets des aléas climatiques sur les moyens de subsistance.

Au cœur des inquiétudes figure la perturbation du calendrier agricole. Les communautés locales sont confrontées à des périodes de sécheresse plus fréquentes, à des températures élevées et à une répartition irrégulière des précipitations. D’après Salissou Sabo Mainassara, référent sécurité alimentaire et moyens d’existence d’Action contre la faim en Afrique centrale, le démarrage de la saison des pluies a enregistré près de deux mois de retard dans plusieurs départements.

Cette situation a directement affecté les travaux champêtres. Dans le Logone-et-Chari, le Mayo-Danay, le Mayo-Sava et le Mayo-Tsanaga, des producteurs ont dû retarder leurs semis, tandis que d’autres ont été contraints de reprendre les plantations sur certaines parcelles. Ces difficultés font peser des incertitudes sur les rendements des principales cultures vivrières, notamment le maïs, le mil et le niébé, qui occupent une place importante dans l’alimentation des ménages.

Les données de FEWS NET, un réseau spécialisé dans l’analyse de la sécurité alimentaire, viennent renforcer ces préoccupations. Dans son rapport de septembre 2026, l’organisme fait état d’un déficit pluviométrique compris entre 20 et 50 % par rapport aux moyennes habituelles dans le Logone-et-Chari, sur la période allant de juin à septembre. À cette insuffisance des précipitations s’ajoutent le coût élevé des engrais, les difficultés d’approvisionnement en intrants agricoles et les contraintes liées à l’insécurité. Autant de facteurs susceptibles de réduire la production et les revenus des exploitants.

L’élevage et la pêche également sous pression

Les conséquences du manque de pluie ne se limitent pas aux champs. Les éleveurs subissent eux aussi les effets de la dégradation des pâturages et de la raréfaction des points d’eau. La diminution des ressources fourragères affaiblit le bétail, favorise la perte de poids des animaux et réduit leur production laitière. La fragilité des troupeaux face aux maladies constitue également une source de préoccupation pour les ménages qui dépendent de l’élevage.

Dans les zones de pêche, la baisse du niveau des eaux et l’assèchement de certains plans d’eau compliquent les activités des pêcheurs. La diminution des captures entraîne une perte de revenus et réduit la disponibilité du poisson, une source importante de protéines pour les populations locales. Cette accumulation de difficultés fragilise davantage les familles dont les ressources reposent sur plusieurs activités directement dépendantes des conditions climatiques.

Des risques accrus pour la sécurité alimentaire

Les répercussions de cette situation se font également sentir sur l’accès des populations à une alimentation suffisante. Dans sa mise à jour de septembre 2026, FEWS NET anticipait le maintien d’une situation de crise alimentaire, correspondant à la phase 3 de l’Indice de classification de la sécurité alimentaire (IPC), dans le Logone-et-Chari, le Mayo-Sava et le Mayo-Tsanaga jusqu’à la fin du mois de septembre.

L’arrivée des principales récoltes, attendue à partir d’octobre, devait favoriser une amélioration progressive de la situation. Toutefois, cette perspective ne concernait pas nécessairement tous les ménages. Les personnes déplacées et les familles les plus pauvres demeuraient particulièrement exposées à des déficits alimentaires importants, notamment lorsque leurs ressources ne leur permettent pas de couvrir leurs besoins essentiels.

La situation nutritionnelle des enfants constitue un autre sujet d’inquiétude. Action contre la faim indique avoir procédé au dépistage de plus de 200 000 enfants au cours du premier semestre 2026. Ce chiffre témoigne de l’ampleur des activités de surveillance nutritionnelle, mais l’organisation ne précise pas combien d’enfants ont effectivement été identifiés comme souffrant de malnutrition.

Un appel à anticiper les besoins de 2027

Face à ces vulnérabilités, Action contre la faim plaide pour une mobilisation précoce des financements humanitaires. L’objectif est d’intervenir avant la prochaine période de soudure, attendue en 2027, afin d’aider les ménages à préserver leurs moyens de subsistance et de limiter les risques d’aggravation de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition.

Au-delà de l’assistance d’urgence, les difficultés observées dans l’Extrême-Nord soulignent la nécessité de renforcer la capacité des communautés à faire face aux irrégularités climatiques. Le soutien aux producteurs, l’amélioration de l’accès aux intrants, la protection des ressources pastorales et le maintien des activités de pêche figurent parmi les enjeux essentiels pour réduire la vulnérabilité des populations.

Dans cette région déjà éprouvée par l’insécurité et les déplacements, l’évolution des récoltes au cours des prochains mois sera déterminante. Une mobilisation anticipée des autorités et des partenaires humanitaires pourrait contribuer à limiter les conséquences de cette crise sur les familles les plus fragiles et à préserver leurs moyens de subsistance à l’approche de 2027.

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