Cameroun : ARM mise 85 millions de dollars sur la relance du projet cobalt-nickel de Nkamouna


Le projet de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna, dans l’Est du Cameroun, pourrait connaître un nouveau départ avec l’arrivée de l’Américain American Renaissance Minerals (ARM). L’entreprise basée à Washington D.C. discute avec les autorités camerounaises d’un accord de développement prévoyant un investissement initial d’environ 85 millions de dollars, soit près de 48,5 milliards de FCFA, pour installer une première unité modulaire de traitement sur le site minier.

Après plusieurs années d’incertitudes, le projet de Nkamouna revient au centre des discussions sur l’exploitation des minerais critiques au Cameroun. Situé dans l’arrondissement de Lomié, dans le département du Haut-Nyong, région de l’Est, le gisement de cobalt, de nickel et de manganèse intéresse désormais American Renaissance Minerals, société américaine spécialisée dans le développement de projets de minerais stratégiques.

ARM est actuellement en discussions avec les autorités camerounaises pour obtenir les conditions permettant de relancer le projet. Selon les informations communiquées par l’ambassade des États-Unis à Yaoundé, l’entreprise envisage un investissement initial d’environ 85 millions de dollars destiné notamment à la construction d’une première usine modulaire de traitement directement sur le site minier. L’objectif affiché est de parvenir à une première production dans les 18 mois suivant l’entrée en vigueur du nouveau permis minier.

Le choix d’une unité de traitement sur place traduit également la volonté de ne pas limiter l’exploitation à l’extraction du minerai brut. Les partenaires du projet prévoient de produire un concentré de cobalt, de nickel et de manganèse destiné à l’exportation, avec une première étape de transformation réalisée au Cameroun. Le projet devrait ainsi s’inscrire dans la logique de valorisation locale des ressources minières encouragée par le nouveau Code minier camerounais.

Nkamouna est considéré comme un projet important dans le secteur des minerais critiques. Les travaux techniques réalisés au cours des dernières décennies ont notamment permis de constituer une importante base de données géologique et métallurgique. ARM indique avoir acquis en janvier 2026 les droits d’utilisation des données historiques du projet, comprenant notamment les études de faisabilité, les travaux métallurgiques ainsi que certaines études environnementales et sociales.

La relance du projet intervient toutefois dans un contexte administratif particulier. Le précédent permis détenu par Geovic Cameroon Plc a été retiré en février 2025 après plusieurs années sans concrétisation industrielle. ARM travaille donc avec les autorités camerounaises, notamment le ministère des Mines et la Société nationale des mines (Sonamines), en vue de l’attribution d’un nouveau permis libre de toute charge antérieure.

Pour le groupe américain, l’enjeu dépasse le seul marché camerounais. Le cobalt et le nickel sont considérés par Washington comme des minerais critiques pour plusieurs chaînes d’approvisionnement industrielles. Le projet de Nkamouna s’inscrit ainsi dans la volonté américaine de diversifier ses sources d’approvisionnement en minerais stratégiques. L’initiative bénéficie d’ailleurs du soutien du programme d’accompagnement du gouvernement américain destiné à favoriser certains projets miniers jugés stratégiques à l’étranger.

Sur le plan camerounais, la concrétisation de l’investissement pourrait ouvrir plusieurs perspectives : création d’emplois, développement de compétences techniques, recours à des fournisseurs locaux et génération de recettes pour l’État. ARM indique également vouloir développer le projet en association avec des partenaires camerounais.

L’investissement annoncé constitue surtout une première étape. La stratégie présentée prévoit la possibilité d’ajouter progressivement de nouvelles unités de traitement une fois la production lancée. Le montant de 85 millions de dollars correspond donc à une mise de départ destinée à amorcer la relance industrielle du site, plutôt qu’à l’ensemble des investissements nécessaires au développement complet de Nkamouna.

La prochaine étape reste cependant déterminante : l’obtention du nouveau permis minier. C’est elle qui conditionnera le démarrage effectif des travaux et le calendrier de mise en production annoncé par ARM. En attendant, Nkamouna s’impose de nouveau comme l’un des dossiers miniers les plus suivis au Cameroun, à la croisée des ambitions de valorisation des ressources nationales et de la course internationale aux minerais considérés comme stratégiques.

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