Cameroun : l’appel à contester la réélection de Paul Biya suivi dans les grandes villes, excepté Yaoundé

Ce 3 novembre 2025 est la première des trois journées de « villes mortes » décrétées par Issa Tchiroma Bakary, déclaré deuxième de la présidentielle camerounaise et qui revendique la victoire. À Douala, les activités ont tourné au ralenti, comme d’ailleurs dans le reste du pays, exception faite de la capitale où le mot d’ordre n’a pas été respecté.

Issa Tchiroma Bakary, déjà à l’initiative de manifestations postélectorales pendant lesquelles au moins quatre personnes sont décédées à Douala selon le gouverneur régional, avait appelé les Camerounais à rester chez eux pour contester le huitième mandat que M. Biya s’apprête à entamer et « témoigner de leur mécontentement ». « Je demande à tous les Camerounais, où qu’ils se trouvent, de rester à la maison pendant trois jours. Ces villes mortes participent de la résistance », avait-il appelé dans une vidéo postée dans la nuit de dimanche à lundi sur son compte Facebook.

A en croire RFI, c’est dans la ville de Banyo, dans la région de l’ Adamaoua, que les incidents les plus graves ont été enregistrés, pendant cette première journée décrétée ville morte. Et pour cause,  le préfet du département est descendu sur le terrain, notamment dans les marchés, à l’effet d’essayer de dissuader les commerçants de ne pas fermer boutiques. Il aurait aussi menacé de faire sceller les commerces qui sont restés fermés. La décision a provoqué une irruption de colère dans la ville. Des actes de représailles auprès de figures représentatives du pouvoir ont été déclenchées. La résidence du secrétaire général adjoint de la présidence, Mohamadou Moustapha, en a fait les frais. Elle a été littéralement pillée, puis incendiée. 

À Garoua, dans la région du Nord, ville d’origine de Issa Tchiroma Bakary, le mot d’ordre de grève a été largement suivi. Le m^me constat a été fait, Bafoussam, Bamenda, Buea, Maroua, Ngaoundéré etc.

A Douala, la capitale économique, il a été largement suivi. Les rues étaient moins fréquentées que d’ordinaire, des commerces fermés ainsi que les écoles, a constaté un journaliste de l’AFP. Cédric, 29 ans vendeur de pièces détachées de téléphone, est l’un des rares commerçants à avoir ouvert son magasin. Il gagne sa vie au jour le jour et ne peut se permettre de ne pas travailler. « J’ai une famille à nourrir, j’ai des responsabilités », dit-il à l’AFP.

A Yaoundé, en revanche, la vie a repris son cours : commerces ouverts, enfants à l’école et employés au travail. Le ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, a dénoncé dimanche lors d’une conférence de presse « les appels à l’insurrection, aux villes mortes ou à la désobéissance civile, qui sont de nature à mettre en péril la vie de la nation, la paix sociale et le développement économique ». Il a également rejeté les accusations de répression violente, affirmant qu’« il n’y a pas eu d’usage disproportionné de la force publique ».

La prestation de serment de Paul Biya, à la tête du pays depuis 1982 et plus vieux chef d’Etat en exercice, doit avoir lieu d’ici au 10 novembre selon le code électoral et, pour le gouvernement, « l’élection présidentielle relève désormais du passé ».

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