Cameroun : accident du Boeing 737-200 de la CAMAIR du 03 décembre 1995 à Douala ; la faute à l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary ou à BOEING ?

Le 03 décembre 1995, le Boeing 737-200 de la CAMAIR immatriculé TJ-CBE qui effectuait le vol N°UY 3701 de Cotonou vers Douala, avec 71 passagers et 05 membres d’équipage à bord, s’est écrasé dans la mangrove près de la piste d’atterrissage de l’aéroport international de Douala au Cameroun, alors qu’il s’apprêtait à amorcer l’atterrissage, faisant 68 décès et 03 blessés parmi les passagers.

Le 07 Décembre 1995 par décret n°95/667/PM, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement du Cameroun, a mis sur pied une Commission d’Enquête chargée d’entreprendre toutes les investigations nécessaires dans le cadre de l’annexe 13 à la Convention de Chicago relative à l’Aviation Civile Internationale. Ladite Commission d’Enquête comprenait 2 représentants de BOEING (Capt. Robert Leon, et Kevin Dracy) ainsi qu’un représentant de PRATT & WHITNEY (Kevin Dracy). Elle a commencé ses travaux le 12 décembre 1995 et a rendu son rapport final en février 1996. Ce Rapport d’enquête d’accident a établi que la cause de l’accident est due à une panne du moteur gauche de l’avion qui s’est manifesté au voisinage immédiat de l’atterrissage de l’avion. Les enquêteurs concluent en page 56 que : « L’avion de marque BOEING de type 737-200 immatriculé TJCBE était entretenu conformément à tous les règlements applicables, aux procédures d’entretien de la Compagnie et aux spécifications techniques du constructeur. Rien n’indiquait l’existence d’une défectuosité susceptible d’entraîner la panne de ce moteur.

Les investigations qui ont été effectuées après cet accident tant dans les ateliers de South African Airways en ce qui concerne les moteurs, que chez Boeing Parker et les fabricants pour les équipements, n’ont pas permis de déceler toute autre anomalie en dehors de l’ailette…. La cause probable de l’accident est une perte de contrôle de l’avion au cours d’une tentative de remise de gaz effectuée pendant la manœuvre de toucher à l’atterrissage avec des performances dégradées. Ont gravement contribue a cette situation : 1-Le détachement par fatigue structurale d’une ailette du premier étage du compresseur du moteur N° 1 qui a entraîné une perte de puissance et une déstabilisation de la trajectoire lors de l’atterrissage. 2-L’execution tardive ou lente de la procédure de remise de gaz en configuration monomoteur non identifiée qui a entraîné une perte de vitesse irréversible.

A l‘analyse de ce rapport d’enquête d’accident, il s’avère que que les causes racines de l’accident sont une combinaison de manquements de BOEING et PRATT & WHITNEY, à savoir :

1. La défaillance du moteur JT8D-15 fabriqué par Pratt & Whitney du fait d’un défaut de fabrication : Dans le cadre d’autres accident du même type d’avion Boeing 737-200, ayant le même type de moteur JT8D-15 fabriqué par Pratt & Whitney, tel que l’accident du 30 août 1984 à Douala avec la même cause racine de l’accident notamment, la rupture du disque du 7e étage du moteur droit à la mise en puissance ayant causé le décès de 02 passagers et de nombreux blessés, et l’accident du 22 août 1985 à Manchester (Angleterre) de la compagnie BRITISH AIRWAYS, immatriculé G-BGJL, d’un avion de même type Boeing 737-200, ayant le même type de moteur JT8D-15 fabriqué par Pratt & Whitney, et avec la même cause racine de l’accident, notamment  la rupture du disque du 9e étage du moteur gauche, ayant causé le décès de 55 passagers.

2. L’omission par BOEING d’élaborer un programme de formation des pilotes pour la pratique de remise de gaz lors de la phase d’atterrissage avec un moteur en panne : A cette période là (jusqu’en 1995), le constructeur BOEING n’avait pas encore prévu les entraînements des équipages pour pratiquer la panne à la remise de gaz lors de l’atterrissage.

A notre avis, l’accident du Boeing 737-200 TJ-CBE de la CAMAIR du 03 Décembre 1995 avec ses 71 morts aurait pu être évité si BOEING COMPANY et PRATT & WHITNEY avaient pris en compte des causes racines mentionnées à répétitions dans les rapports d’enquête d’accidents des avions Boeing 737-200 dans les années 80-90, et mis en œuvre des mesures correctrices de prévention. BOEING COMPANY et PRATT & WHITNEY doivent reconnaître leurs responsabilités concernant l’accident du 03 décembre 1995 du Boeing 737-200 TJ-CBE de la CAMAIR.

C’est pour les raisons présentées ci-dessus que la CAMAIR société en Liquidation, dont le cabinet BEKOLO & PARTNERS est le Liquidateur, a porté plainte contre BOEING COMPANY et PRATT & WHITNEY par devant le Tribunal de Grande Instance du Wouri à Douala en fin 2024, afin que la responsabilité des deux sociétés soit reconnue dans le cadre de l’accident du Boeing 737-200 de la CAMAIR du 03 décembre 1995 à Douala. Cette procédure est actuellement en cours devant le tribunal.

Sur la base des informations du rapport d’enquête d’accident du 03 décembre 1995 à Douala co-signé par les représentants de BOEING COMPANY et PRATT & WHITNEY, il est clair que l’avion Boeing 737-200 TJ-CBE de la CAMAIR était parfaitement maintenu par la SOUTH AFRICAN AIRWAYS, que sa maintenance n’a pas été retenue par les enquêteurs comme un facteur ayant causé l’accident. C’est le défaut de fabrication du moteur JT8D-15 qui en est la cause. L’ancien Ministre des Transports du Cameroun au moment de cet accident, Mr ISSA TCHIROMA BAKARY n’a donc aucune responsabilité dans la cause de cet accident. Le responsable c’est BOEING !

 Douala, le 01 juillet 2025

Emile C. BEKOLO, Expert-Comptable

Managing Partner

BEKOLO & PARTNERS

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