
Près d’un an après les tensions consécutives à l’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun, 66 personnes poursuivies dans le cadre de la crise postélectorale ont été fixées sur leur sort le 8 octobre 2026 par le tribunal militaire de Yaoundé. Déclarés coupables des infractions retenues contre eux, les prévenus ont écopé de peines allant de six mois avec sursis à 15 mois de prison ferme. Si cette décision ouvre la perspective d’une libération prochaine pour certains détenus, leurs avocats entendent contester les condamnations et réclament une issue favorable pour les autres personnes toujours en attente de jugement.
Le tribunal militaire de Yaoundé a rendu, le jeudi 8 octobre 2026, ses premières décisions concernant 66 personnes arrêtées dans le contexte des violences et des tensions politiques qui ont suivi la présidentielle de 2025. Ce verdict intervient après plusieurs mois d’attente pour les détenus et leurs familles, alors que les procédures judiciaires liées à cette crise se poursuivent.
Les personnes jugées ont été reconnues coupables des infractions retenues par le ministère public, notamment la propagation de fausses nouvelles, la rébellion, l’attroupement et le défaut de carte nationale d’identité. Les sanctions prononcées varient selon les cas, avec des peines de six mois assorties du sursis pour certains prévenus et des peines de prison ferme comprises entre six et 15 mois pour d’autres.
Bien qu’elles contestent le bien-fondé des condamnations, les équipes de défense considèrent que le prononcé des décisions met fin à une période d’incertitude judiciaire pour les personnes concernées. La durée déjà passée en détention pourrait également permettre à certains condamnés de retrouver rapidement la liberté, selon leur situation pénale et les modalités d’exécution des peines.
La défense entre soulagement et contestation des condamnations
Pour les avocats des détenus, le verdict constitue une étape importante, sans pour autant représenter une issue satisfaisante sur le fond. Maître Ndam, membre du collectif chargé de la défense, estime que le fait d’avoir enfin obtenu une décision permet aux prévenus de connaître leur situation judiciaire et d’envisager les démarches à entreprendre.
L’avocat a toutefois annoncé l’intention du collectif d’utiliser les voies de recours disponibles afin d’obtenir la révision des décisions rendues. La défense conteste les condamnations et entend poursuivre les procédures pour faire valoir les arguments de ses clients.
La question des libérations constitue également un enjeu immédiat. Selon Maître Ndam, certains détenus pourraient recouvrer leur liberté dans les prochains jours, tandis que les personnes condamnées aux peines les plus longues pourraient sortir de prison au cours du mois de février, sous réserve de leur situation individuelle et de l’évolution des procédures. Pour les familles, ces décisions représentent donc une étape décisive après de longs mois d’attente. Mais pour les avocats, le combat judiciaire est loin d’être terminé.
Une centaine d’autres détenus toujours suivis par les avocats
Le collectif de défense attire également l’attention sur le sort des autres personnes interpellées dans le cadre de la même crise. Selon Maître Ndam, environ une centaine de détenus restent concernés par des procédures que les avocats continuent de suivre.
La décision rendue pour les 66 prévenus nourrit ainsi l’espoir d’une évolution prochaine de leurs dossiers. Le collectif souhaite que les autres affaires puissent connaître des avancées similaires dans les jours à venir, afin que les personnes toujours détenues puissent, elles aussi, être fixées sur leur situation.
Cette attente prolonge les préoccupations autour de la durée des procédures judiciaires engagées après les événements postélectoraux. Pour les défenseurs des détenus, l’enjeu est désormais d’obtenir un traitement de leurs dossiers dans des délais raisonnables, tout en poursuivant les recours contre les condamnations déjà prononcées. Le verdict du 8 octobre ne marque donc pas la clôture de l’ensemble des affaires liées à cette crise. Il constitue plutôt une première étape dans un processus judiciaire qui concerne encore de nombreux prévenus.
Le recours à la justice militaire continue de susciter des critiques
Au-delà des peines prononcées, la procédure suivie devant le tribunal militaire de Yaoundé fait l’objet de critiques de la part d’organisations de défense des droits humains. Celles-ci ont notamment exprimé des préoccupations concernant le jugement de civils par une juridiction militaire et la durée de leur détention avant l’issue de leurs procès.
Ces interrogations s’inscrivent dans un contexte politique tendu, marqué par les contestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2025. Le 27 octobre de cette année-là, Paul Biya avait été officiellement proclamé vainqueur du scrutin pour un huitième mandat, après une campagne et un processus électoral accompagnés de tensions politiques et d’arrestations.
Dans les semaines qui ont suivi, plusieurs personnes ont été interpellées dans le cadre des événements postélectoraux. Certaines sont depuis restées en détention dans l’attente de leur jugement, alimentant les demandes d’un traitement judiciaire rapide de leurs dossiers.
Les condamnations récemment prononcées ne mettent donc pas fin aux débats sur les conditions de poursuite des personnes arrêtées ni sur les garanties procédurales applicables. Elles relancent également la question de la situation des détenus dont les affaires n’ont pas encore été examinées.
Des libérations attendues, mais une bataille judiciaire qui se poursuit
Pour les 66 condamnés, la décision du tribunal militaire représente à la fois la fin d’une longue période d’incertitude et le début d’une nouvelle phase judiciaire. La défense prévoit de contester les verdicts, tandis que les perspectives de libération de certains détenus dépendent de leur peine et de leur situation individuelle. Dans le même temps, le sort d’environ une centaine d’autres personnes suivies par le collectif reste en suspens. Leurs avocats espèrent des avancées rapides, alors que les familles attendent toujours des réponses.
Près d’un an après la crise postélectorale, le dossier judiciaire demeure ainsi ouvert. Entre recours annoncés, libérations possibles et procédures encore en cours, les prochaines semaines seront déterminantes pour les détenus concernés et pour la suite du traitement judiciaire des événements d’octobre 2025.