
Entre 2013 et 2024, l’Union européenne a consacré 48,1 millions d’euros, soit environ 31,6 milliards de FCFA, au renforcement de la filière banane au Cameroun. Ces appuis ont contribué à améliorer les rendements, à réduire les pertes après récolte et à moderniser les capacités de production. Mais au terme du programme, une fragilité demeure : près de la totalité des exportations camerounaises reste concentrée sur le marché européen.
La filière banane camerounaise a bénéficié d’un important soutien financier de l’Union européenne au cours de la dernière décennie. Entre 2013 et 2024, quelque 48,1 millions d’euros, équivalant à près de 31,6 milliards de FCFA, ont été mobilisés pour renforcer la compétitivité du secteur et permettre aux producteurs camerounais de mieux faire face à une concurrence internationale de plus en plus forte.
Ces ressources ont notamment servi à améliorer les performances agricoles, à limiter les pertes enregistrées entre la récolte et la commercialisation et à accompagner la modernisation de certaines infrastructures. Au-delà des montants engagés, l’évaluation du programme fait ressortir des progrès mesurables dans plusieurs grandes exploitations du pays.
Des rendements en nette progression
Les Plantations du Haut Penja (PHP) illustrent cette évolution. L’entreprise a réussi à stabiliser ses rendements autour de 46 tonnes par hectare, tandis que la proportion de bananes perdues après récolte a été ramenée de 22 % à 11 %. Une amélioration qui traduit à la fois une meilleure maîtrise de la production et des efforts réalisés sur la chaîne de traitement et d’acheminement.
La Cameroon Development Corporation (CDC) affiche également une progression importante. Ses rendements sont passés de 27 à 40 tonnes par hectare, alors que les pertes post-récolte ont été réduites de 21 % à 8 %.
Chez Boh Plantations Limited (BPL), l’évolution se mesure notamment à travers les volumes commercialisés à l’extérieur du pays. Les exportations de l’entreprise ont progressé de 96 %, témoignant de la montée en puissance de ses capacités d’approvisionnement des marchés internationaux.
Au total, 2,533 millions de tonnes de bananes ont été exportées durant la période couverte par le programme. Ces résultats montrent que les investissements engagés ont accompagné une amélioration des capacités productives et commerciales de la filière.
Une compétitivité encore largement adossée à l’Europe
Malgré ces avancées, l’évaluation met en évidence une vulnérabilité structurelle. La filière reste extrêmement dépendante d’un seul espace commercial.
Entre 98 % et 99 % des bananes exportées par le Cameroun continuent en effet de prendre la direction du marché européen. Cette concentration expose les producteurs à l’évolution de la demande, aux conditions d’accès au marché européen et, plus largement, aux transformations de l’environnement commercial international.
Autrement dit, les investissements ont permis de produire davantage et de réduire les pertes, mais la question des débouchés demeure entière. L’amélioration de la compétitivité ne peut donc pas se limiter aux performances enregistrées dans les plantations. Elle passe également par la capacité du Cameroun à élargir sa clientèle internationale.
L’Afrique et le Moyen-Orient comme nouveaux relais
L’évaluation préconise ainsi d’accélérer la diversification géographique des exportations. Parmi les pistes identifiées figurent notamment les marchés africains, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Cette orientation pourrait permettre au Cameroun de réduire progressivement sa dépendance vis-à-vis du marché européen tout en rapprochant la production des consommateurs d’autres régions. Le développement de nouveaux circuits commerciaux supposerait toutefois de renforcer la logistique, la promotion du produit camerounais et la capacité des opérateurs à répondre aux exigences spécifiques de ces marchés.
La création d’un label « Banane du Cameroun » figure également parmi les recommandations. L’objectif serait de donner davantage de visibilité et d’identité au produit sur les marchés extérieurs, tout en permettant de mieux valoriser les efforts réalisés en matière de qualité, de production et de traçabilité.
Le prochain défi : transformer les gains de productivité en gains de marché
Le bilan de la période 2013-2024 dessine ainsi une filière qui a amélioré plusieurs de ses fondamentaux grâce aux financements mobilisés, mais dont le modèle d’exportation reste concentré.
La progression des rendements, la diminution des pertes post-récolte et la hausse des volumes exportés constituent des acquis importants. La prochaine étape consiste désormais à transformer ces performances agricoles en diversification commerciale et en meilleure valorisation du produit camerounais.
Pour le Cameroun, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage de bananes ou de limiter les pertes. Il s’agit aussi de conquérir de nouveaux consommateurs, de mieux identifier l’origine camerounaise du produit et de consolider une filière capable de résister aux évolutions des marchés internationaux.