Cameroun : Achille Mbembe : « Paul Biya souffre de dépendance physique »

Paul Biya, âgé de 92 ans et au pouvoir au Cameroun depuis 42 ans, a annoncé le 13 juillet se porter candidat pour un huitième mandat. Pour l’historien et politologue Achille Mbembe, invité du Journal Afrique sur TV5MONDE ce mardi 15 juillet, sa capacité à diriger un pays majoritairement jeune alors qu’il terminerait ce mandat, s’il était élu, à 99 ans, pose question.

À 92 ans, l’actuel président camerounais Paul Biya a annoncé ce dimanche 13 juillet, briguer un huitième mandat à la tête du pays pour l’élection présidentielle prévue au mois d’octobre. S’il était élu, son nouveau mandat prendrait fin l’année de ses 99 ans.  Cette annonce a suscité des critiques, concernant notamment son état de santé, ainsi que sa capacité à diriger encore le pays pendant les sept prochaines années.

L’historien et politologue Achille Mbembe était l’invité du Journal Afrique sur TV5MONDE ce mardi 15 juillet. Selon lui, l’âge du dirigeant camerounais constitue un réel obstacle: « Des personnes de son âge constituent objectivement des patients qui doivent être pris en charge et dont le degré de dépendance physique et psychique est bien connu des médecins puisque de toutes les façons, ce sont des patients souvent polypathologiques ».

80% des Camerounais ont moins 35 ans 

Selon l’Institut National de la Statique du Cameroun, plus la moitié de la population camerounaise a moins de 20 ans. Pour l’historien, en plus de problèmes directement liés à la santé de Paul Biya, cette différence d’âge avec le président représente elle aussi un obstacle.

« La majorité des gens de son âge souffrent de déficiences physiques et font face à des restrictions souvent sévères pour les soins personnels, pour s’habiller, manger, faire leur toilette… C’est son cas. Donc, il est très difficile de penser que c’est la personne la mieux indiquée pour diriger un pays qui compte 80% de population âgée de 18 à 35 ans », a déclaré le politologue sur TV5MONDE.

« La tâche de reconstruction sera titanesque »

Réécriture de la constitution, rétrocession d’une partie du pouvoir aux communautés et régions, construction d’une nouvelle capitale… Selon Achille Mbembe, le jour où Paul Biya quittera la présidence camerounaise, « la tache de reconstruction sera titanesque, tout est a reconstruire à commencer par les infrastructures morales et psychiques du pays ». 

L’Afrique centrale, où plusieurs présidents sont en place depuis des décennies, est parfois critiquée pour son manque de démocratie, en comparaison avec l’Afrique de l’Ouest. « Au Cameroun, au Gabon, en Guinée-Équatoriale, on a l’impression que tout s’est arrêté au début des années 1990 », a ajouté le politologue.

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