Cameroun : la Socadel prend le relais de Globeleq dans les centrales de Kribi et de Dibamba pour 80 milliards de FCFA

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la reprise en main de son secteur énergétique. La Société camerounaise d’électricité (Socadel) a été désignée pour acquérir les 56 % de participations détenues par le groupe britannique Globeleq dans les centrales thermiques de Kribi et de Dibamba. Estimée à environ 80 milliards de FCFA, cette opération vise à renforcer le contrôle public sur les infrastructures stratégiques de production électrique, tout en réduisant le poids financier des contrats d’achat d’énergie qui pèsent sur les finances de l’État.

Le paysage énergétique camerounais s’apprête à connaître une nouvelle recomposition. La présidence de la République a donné son aval au choix de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) pour reprendre les participations du groupe britannique Globeleq dans deux infrastructures majeures de production électrique : la centrale à gaz de Kribi et la centrale thermique de Dibamba.

À travers cette opération, l’État camerounais entend récupérer les 56 % du capital détenus par l’investisseur britannique dans les deux sociétés exploitantes, à savoir la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). Le secteur public, qui détenait déjà les 44 % restants, deviendrait ainsi l’unique détenteur du capital de ces deux entités, sous réserve de la finalisation des procédures de transfert.

Le montant de la transaction est évalué à près de 80 milliards de FCFA. Cette acquisition s’inscrit dans une volonté plus large des pouvoirs publics de renforcer leur maîtrise des actifs stratégiques du secteur électrique et de disposer de davantage de leviers pour orienter la politique nationale de production énergétique.

Kribi et Dibamba, deux actifs stratégiques dans le dispositif électrique

La reprise concerne deux installations dont le rôle est important dans l’approvisionnement du réseau national. La centrale à gaz de Kribi dispose d’une capacité installée de 216 MW, tandis que celle de Dibamba, fonctionnant au fioul, affiche une puissance de 88 MW.

Ensemble, ces deux infrastructures représentent une capacité de production de 304 MW. Leur passage sous contrôle public constitue donc un enjeu majeur pour la sécurisation de l’offre énergétique et la gestion des capacités de production disponibles.

Avec cette acquisition, les autorités souhaitent également revoir les mécanismes économiques et financiers qui encadrent l’exploitation de ces installations. Le gouvernement estime qu’une restructuration des engagements contractuels pourrait permettre de réduire sensiblement les dépenses liées aux achats d’électricité. Les charges mensuelles, évaluées à environ 8 milliards de FCFA dans le dispositif actuel, pourraient ainsi être allégées à hauteur de 3 milliards de FCFA par mois après réorganisation.

Une perspective qui, si elle se concrétise, représenterait un gain financier appréciable pour les finances publiques, dans un secteur confronté à d’importantes contraintes de trésorerie.

Une opération sur fond de tensions financières et fiscales

Cette décision intervient dans un environnement particulièrement difficile pour l’industrie électrique camerounaise. Depuis plusieurs années, les relations entre l’État et Globeleq étaient marquées par des désaccords financiers, notamment autour des factures d’électricité produite par les centrales de Kribi et de Dibamba.

L’accumulation des arriérés de paiement publics aurait considérablement fragilisé les relations entre les deux parties. Face aux retards de règlement, l’investisseur britannique avait exprimé des réserves concernant de nouveaux engagements financiers et les conditions d’exploitation de ses installations. Cette situation a contribué à alimenter les difficultés structurelles du secteur, déjà confronté à des tensions sur l’approvisionnement et à des épisodes de délestage.

À ces différends commerciaux se sont ajoutés des contentieux fiscaux. La Direction générale des Impôts réclamait à Globeleq plusieurs dizaines de milliards de FCFA au titre de redressements fiscaux. Des montants contestés par le groupe britannique, donnant lieu à un bras de fer supplémentaire avec les autorités camerounaises. Dans ce contexte, la reprise des participations apparaît également comme une tentative de sortir d’une situation de blocage qui pesait sur les relations entre l’État et son partenaire privé.

La Socadel au centre de la nouvelle architecture énergétique

Cette opération renforce considérablement le positionnement de la Socadel dans le secteur de l’électricité. Créée à la suite du décret présidentiel du 4 mai 2026, après le processus de rachat d’Eneo, la nouvelle société publique est appelée à jouer un rôle central dans la réorganisation du système électrique national.

La reprise des actifs de Globeleq vient ainsi élargir son périmètre d’intervention, en lui donnant accès à des capacités supplémentaires de production, au-delà de ses responsabilités dans la distribution de l’électricité.

Pour les pouvoirs publics, l’objectif est de disposer d’un opérateur national capable de mieux coordonner les activités de production et de distribution, tout en améliorant la maîtrise des coûts et la planification des investissements.

Le défi de la performance après le rachat

Si la reprise des participations de Globeleq marque un tournant dans la politique énergétique du Cameroun, elle ouvre également un nouveau chantier : celui de la performance opérationnelle et de la viabilité financière des installations concernées.

Le transfert de propriété ne suffira pas, à lui seul, à résoudre les difficultés du secteur. La Socadel devra notamment garantir la disponibilité des équipements, assurer l’approvisionnement régulier en combustible, financer la maintenance et mobiliser les ressources nécessaires à la modernisation des infrastructures.

La question de la gouvernance et de la transparence dans la gestion de ces actifs sera également déterminante pour éviter que les difficultés financières précédentes ne se reproduisent sous une nouvelle configuration institutionnelle.

En reprenant les participations de Globeleq, le Cameroun fait donc le choix d’un contrôle public renforcé sur deux infrastructures essentielles à son approvisionnement électrique. Au-delà de la dimension patrimoniale de cette opération de 80 milliards de FCFA, son véritable succès se mesurera à sa capacité à améliorer durablement la production, à réduire les coûts du système et, surtout, à offrir aux ménages et aux entreprises une alimentation électrique plus fiable.

Laisser un commentaire