
Après une période de repositionnement de ses activités à l’international, le groupe bancaire fondé par Paul Kammogne Fokam prépare une nouvelle phase de développement continental. Avec le déploiement de quatre cadres dans la zone CEMAC et la mise en place, depuis Lomé, d’une structure destinée à coordonner ses ambitions ouest-africaines, Afriland entend renforcer son implantation sur les marchés africains.
Afriland First Group remet l’expansion régionale au cœur de sa stratégie. Après plusieurs années marquées par des ajustements de son dispositif à l’étranger, le groupe bancaire camerounais engage une nouvelle dynamique de développement, avec une attention particulière portée à l’Afrique centrale et à l’Afrique de l’Ouest.
Cette réorganisation se traduit notamment par le redéploiement de quatre de ses cadres dans l’espace de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette présence renforcée vise à accompagner les activités du groupe dans une région où les perspectives d’intégration bancaire offrent de nouvelles possibilités de développement.
L’évolution du cadre réglementaire constitue, en effet, un élément important de cette stratégie. La mise en place de l’agrément bancaire unique dans la zone CEMAC ouvre de nouvelles perspectives aux établissements financiers souhaitant étendre leurs opérations au-delà de leur marché national. Ce dispositif facilite l’exercice d’activités bancaires dans les différents pays membres, sous réserve du respect des exigences réglementaires applicables. Pour Afriland, cette évolution représente une opportunité de consolider son réseau régional et de renforcer les synergies entre ses différentes implantations.
Pour piloter sa nouvelle offensive en Afrique centrale, Afriland First Bank a privilégié les ressources internes. Selon les informations d’EcoMatin, la banque camerounaise a porté son choix sur Youssoufa Bouba pour diriger sa succursale au Tchad, Francisque Fouodji pour celle du Congo et Mouaha Yekel pour le Gabon. En République centrafricaine (RCA), Zavier Ngueutheu a déjà pris ses fonctions. Quatre profils issus de l’écosystème Afriland pour conduire le déploiement régional de l’établissement, qui entend tirer parti du nouvel agrément bancaire unique de la CEMAC pour étendre son réseau au-delà du Cameroun.
Ce choix traduit une volonté de s’appuyer sur des cadres qui connaissent déjà les rouages, les méthodes de gestion et les orientations stratégiques du groupe fondé par Paul Kammogne Fokam. Il marque surtout le passage à une étape opérationnelle dans la stratégie de conquête du marché communautaire.
Des profils expérimentés pour ouvrir de nouveaux marchés

Au Tchad, la responsabilité de la nouvelle implantation revient à Youssoufa Bouba. Entré chez Afriland en 2001, ce banquier originaire de Garoua a progressivement gravi les échelons de l’institution jusqu’à devenir directeur général adjoint d’Afriland First Bank Cameroun en février 2019. Son parcours l’a notamment conduit à exercer dans les métiers du risque et du financement. Il connaît déjà le terrain tchadien pour avoir présenté, en août 2026 à N’Djamena, le projet d’implantation de la banque au ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin. Sa nomination apparaît ainsi comme le prolongement d’un dossier dont il a accompagné les premières démarches institutionnelles.
À Brazzaville, Afriland mise sur Francisque Fouodji. Jusqu’ici responsable de la direction des risques d’Afriland First Group, basée à Neuchâtel, ce cadre possède une expérience dans le développement des activités bancaires et l’étude de faisabilité de nouvelles implantations. Il a également occupé des responsabilités dans la gestion des risques au sein d’Afriland First Bank Cameroun avant d’étendre son périmètre d’intervention à l’échelle du groupe. Sa mission consistera désormais à installer durablement l’enseigne sur le marché congolais.
Au Gabon, le groupe a choisi Mouaha Yekel. Actuel directeur général d’Afriland Bourse et Investissement, il dispose d’une expérience dans la banque d’entreprise, les marchés financiers et les opérations de syndication. Son profil financier et sa connaissance de l’environnement Afriland constituent des atouts pour aborder le marché gabonais, particulièrement concurrentiel, où plusieurs groupes bancaires panafricains disposent déjà de positions établies.

En République centrafricaine, enfin, Zavier Ngueutheu a déjà ouvert la voie. Après une quinzaine d’années au sein du groupe, notamment comme directeur de l’agence de Bertoua, il a été désigné pour prendre les commandes de la succursale de Bangui, opérationnelle depuis juin 2026. Cette implantation constitue la première concrétisation du nouveau dispositif d’expansion régionale d’Afriland First Bank.
L’agrément unique, levier de la conquête régionale
Derrière ces nominations se dessine une ambition plus large : faire évoluer Afriland First Bank d’un établissement fortement ancré sur le marché camerounais vers une banque disposant d’une véritable couverture sous-régionale.
L’entrée en vigueur du nouveau dispositif d’agrément bancaire unique de la CEMAC facilite cette stratégie. Il permet à un établissement déjà agréé dans un pays membre d’étendre ses activités dans les autres États de la communauté sous forme de succursales, sous réserve des autorisations réglementaires requises, notamment celles de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC).
Pour Afriland, cette évolution réglementaire représente une opportunité de mutualiser ses compétences, de renforcer sa présence commerciale et d’accompagner les entreprises opérant dans plusieurs pays de la sous-région. Avec ces quatre cadres aux commandes de ses implantations régionales, le groupe de Paul Kammogne Fokam entend désormais transformer son leadership sur le marché camerounais en présence bancaire à l’échelle de la CEMAC.
Lomé, futur centre de coordination des ambitions ouest-africaines
En parallèle de son repositionnement en Afrique centrale, le groupe prépare également un nouveau dispositif de pilotage de ses activités en Afrique de l’Ouest. C’est depuis Lomé, au Togo, qu’est appelée à s’organiser cette nouvelle structure de coordination.
Le choix de cette implantation traduit la volonté d’Afriland de disposer d’un point d’appui régional pour accompagner son développement dans les marchés ouest-africains. Lomé pourrait ainsi jouer un rôle stratégique dans la supervision des opérations, la coordination des filiales et l’identification de nouvelles opportunités d’investissement. Cette orientation s’inscrit dans un environnement bancaire ouest-africain marqué par une concurrence accrue entre les groupes panafricains, les banques internationales et les établissements financiers locaux.
Paul Kammogne Fokam relance la dynamique d’expansion
À travers cette nouvelle configuration organisationnelle, le groupe de Paul Kammogne Fokam entend renforcer sa présence sur le continent et mieux structurer ses ambitions régionales. L’enjeu ne se limite pas à multiplier les implantations. Il s’agit également de consolider les positions existantes, d’améliorer la coordination des activités et de tirer parti des mécanismes d’intégration financière au sein des espaces communautaires africains.
La CEMAC et l’Afrique de l’Ouest apparaissent ainsi comme deux axes complémentaires de cette stratégie. Tandis que le redéploiement des cadres doit accompagner le renforcement des activités en Afrique centrale, la structure de Lomé est appelée à soutenir la prochaine phase de développement dans la partie occidentale du continent.
Cette réorganisation marque donc une nouvelle étape dans la trajectoire d’Afriland. Reste désormais à mesurer sa traduction opérationnelle : évolution des implantations, progression des activités, conquête de nouveaux marchés et capacité du groupe à consolider durablement ses positions face à la concurrence bancaire panafricaine.