Affaire Martinez Zogo : Parfait Ayissi Nanga dénonce des pressions et accuse Martin Savom de tentative d’assassinat

 Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a connu un nouveau développement, lundi 26 octobre 2026, devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Appelé à la barre comme 36ᵉ témoin de l’accusation, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a évoqué des pressions qu’il affirme avoir subies et imputé à Martin Savom une tentative d’assassinat présumée survenue à Ebolowa dans la nuit du 19 au 20 août 2026. Il a également mis en cause le Secrétariat d’État à la Défense (SED) au sujet de sa privation de liberté. Des déclarations graves auxquelles le ministère public a demandé des éléments de preuve.

De nouvelles déclarations viennent alimenter les débats autour de l’assassinat de Martinez Zogo. Au Tribunal militaire de Yaoundé, la reprise des audiences, lundi 26 octobre 2026, a été marquée par la déposition du lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, désigné comme le 36ᵉ témoin de l’accusation. Ancien responsable de la gendarmerie dans le Mfoundi et présenté comme ayant participé aux premières investigations dans cette affaire, l’officier affirme avoir fait l’objet de pressions et de menaces en lien avec sa comparution.

Son entrée en scène est intervenue à l’issue de l’audition du lieutenant-colonel Bialo, dont le passage à la barre s’est achevé à 21 heures, après un dernier interrogatoire conduit par le commissaire du gouvernement, le lieutenant-colonel Dr Éric Atemengue. Dix minutes plus tard, Parfait Ayissi Nanga a été identifié par la juridiction avant de prêter serment et de commencer sa déposition.

L’officier, qui a notamment exercé des responsabilités de commandement à Douala, Yaoundé et Batouri, ainsi que des fonctions dans la formation des personnels de la gendarmerie, a indiqué être apte à témoigner sur les plans physique, psychologique et moral. Il occuperait actuellement le poste de commandant en second à Ebolowa.

Des accusations de pressions et de privation de liberté

Dès les premières questions, le témoin a exprimé sa reconnaissance envers le Tribunal militaire pour la protection dont il affirme bénéficier. Il a cependant fait état de nouvelles mesures qu’il considère comme répressives, évoquant des faits qui se seraient poursuivis jusqu’au 17 octobre dernier.

Interrogé sur les personnes qu’il estime impliquées dans ces pressions, Parfait Ayissi Nanga a cité le SED, puis Martin Savom, qui figure parmi les accusés dans le procès. Il a distingué les griefs formulés contre chacun d’eux : d’une part, une privation de liberté dont les motifs ne lui auraient pas été clairement notifiés et, d’autre part, une tentative d’assassinat qu’il attribue à Martin Savom.

Concernant son arrestation présumée, l’officier affirme que les explications qui lui auraient été fournies faisaient état d’une mesure destinée à assurer sa protection. Il rapporte néanmoins avoir été interrogé sur sa volonté de témoigner contre la gendarmerie et sur la nécessité de sa présence devant la juridiction.

Ces déclarations ont conduit le commissaire du gouvernement à demander au témoin de préciser les éléments susceptibles d’étayer ses accusations. La question de la preuve s’est ainsi imposée comme un enjeu central de cette première phase de son audition.

Ebolowa, théâtre d’une tentative d’assassinat alléguée

Le passage le plus sensible de la déposition concerne les événements que Parfait Ayissi Nanga situe dans la nuit du 19 au 20 août 2026, à Ebolowa. L’officier affirme que Martin Savom aurait tenté de le faire assassiner. À ce stade de l’audience, cette accusation demeure une déclaration du témoin et doit être examinée contradictoirement par la juridiction.

Pour expliquer le contexte dans lequel il dit avoir été approché, Ayissi Nanga a évoqué un individu prénommé Dany, qui se serait présenté à lui comme le fils du secrétaire général de la présidence de la République. Selon son récit, cet homme lui aurait proposé de faciliter le règlement de ses difficultés en organisant une rencontre discrète avec celui qu’il présentait comme son père.

Une première invitation dans un appartement meublé à Yaoundé aurait été refusée par l’officier. Une autre rencontre lui aurait ensuite été proposée à Ebolowa, dans une résidence présentée comme appartenant à un membre du Bataillon d’intervention rapide (BIR). Le témoin a expliqué que les circonstances de cette proposition avaient éveillé ses soupçons.

Il affirme s’être finalement rendu, aux environs de minuit, à l’hôtel Bengo. Sur son trajet, il dit avoir remarqué plusieurs motos et avoir été accueilli par un homme qui l’aurait salué militairement à son arrivée, alors qu’il accompagnait Dany.

Au cours de leurs échanges, la situation de Jean-Pierre Amougou Belinga aurait notamment été évoquée. Parfait Ayissi Nanga assure avoir répondu qu’il ne connaissait pas ce dernier et qu’il n’entretenait aucun contact avec lui. Selon son témoignage, Dany lui aurait ensuite affirmé qu’il n’avait plus rien à craindre.

Des enregistrements évoqués, mais encore à examiner

Pour soutenir son récit, l’officier affirme avoir enregistré l’ensemble des conversations avec les personnes concernées. Il mentionne également l’existence de caméras qui pourraient, selon lui, contribuer à documenter certains déplacements.

Il a par ailleurs déclaré avoir appris que Dany, dont il situe l’arrestation un 25 décembre sans préciser davantage les circonstances, aurait ensuite été libéré à la suite d’une intervention attribuée au SED. Le témoin affirme également l’avoir aperçu au tribunal en compagnie de Martin Savom.

Ces éléments soulèvent plusieurs questions qui restent à éclaircir : l’identité exacte de Dany, la réalité des rencontres évoquées, les circonstances de son arrestation et de sa libération alléguée, ainsi que l’existence et la portée des enregistrements mentionnés. La juridiction devra déterminer si ces déclarations peuvent être corroborées par des éléments matériels ou d’autres témoignages.

En invitant le tribunal à établir lui-même les liens entre les faits rapportés, Parfait Ayissi Nanga a conclu cette partie de sa déposition en laissant à la justice le soin d’apprécier les connexions qu’il estime pertinentes.

Une audition appelée à se poursuivre

La comparution de ce 36ᵉ témoin intervient dans un dossier particulièrement sensible, marqué par les interrogations persistantes autour des circonstances de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo et du déroulement des premières investigations. Les déclarations d’un officier ayant participé, selon les informations présentées à l’audience, aux premières étapes de l’enquête revêtent donc un intérêt particulier pour la suite des débats.

La séance a été suspendue à 21 h 47. Le ministère public devait reprendre l’interrogatoire principal du lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga le mardi 27 octobre 2026 à 10 heures.

Les prochaines audiences devront permettre de préciser les faits évoqués, d’examiner les éléments de preuve annoncés et de recueillir les observations des différentes parties. Dans cette affaire, la gravité des accusations formulées impose de distinguer les déclarations du témoin des faits qui auront été établis par la procédure judiciaire.

Au-delà des révélations de cette audience, un enjeu demeure au cœur du procès : déterminer les responsabilités dans l’assassinat de Martinez Zogo et établir les faits sur la base d’éléments vérifiables, dans le respect des droits de toutes les parties.

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