Industrie céramique : l’entreprise chinoise Keda mise sur une troisième ligne pour renforcer sa production au Cameroun

Le groupe industriel chinois Keda renforce ses ambitions dans le secteur des matériaux de construction au Cameroun. À travers sa filiale Tefu International, l’entreprise a engagé la construction d’une troisième ligne de production de carreaux céramiques sur son site de Kribi, dans la région du Sud. Avec une capacité supplémentaire annoncée de 13,4 millions de mètres carrés par an, cette extension devrait porter le potentiel annuel de l’usine à 33,5 millions de mètres carrés. Au-delà de l’augmentation des volumes, le projet vise à consolider la position de l’industriel sur le marché camerounais et à développer ses débouchés dans les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Le paysage industriel de Kribi s’apprête à connaître une nouvelle évolution avec le lancement des travaux de la troisième ligne de fabrication de carreaux céramiques de Keda. L’initiative, annoncée par Tefu International les 10 et 13 octobre 2026, marque une nouvelle étape dans le développement des activités du groupe chinois au Cameroun.

Baptisée K3, cette installation affichera une capacité nominale de 13,4 millions de mètres carrés par an. Selon les prévisions de l’entreprise, elle pourra produire jusqu’à 40 000 mètres carrés de carreaux par jour, sur la base de 335 jours d’exploitation annuelle.

Avec cette nouvelle unité, la capacité théorique du complexe industriel passera de 20,1 à 33,5 millions de mètres carrés par an, soit une progression d’environ 66,7 %. Cette montée en puissance témoigne de la volonté de l’investisseur de consolider son implantation locale et de répondre à une demande croissante en matériaux de finition pour les bâtiments et les infrastructures.

Le choix de Kribi s’inscrit également dans une logique de développement industriel tournée vers les marchés régionaux. Grâce à son implantation au Cameroun, l’entreprise entend faire de son site un point d’approvisionnement pour plusieurs économies d’Afrique centrale.

Une montée en puissance soutenue par les performances de production.La décision de construire K3 intervient après une progression notable de l’activité des deux premières lignes, K1 et K2, mises en service sur le site de Kribi. Chacune dispose d’une capacité nominale de 10,05 millions de mètres carrés par an.

Les résultats de 2025 illustrent l’accélération de la production. D’après les données financières publiées par Keda en juillet 2026, Keda Cameroon Ceramics a fabriqué 21,21 millions de mètres carrés de carreaux au cours de cet exercice, contre 8,87 millions en 2024. Cette évolution correspond à une hausse de 139,1 %.

La production de 2025 a ainsi dépassé de 5,5 % la capacité nominale cumulée des deux lignes. Cet écart traduit une performance supérieure aux capacités théoriques annoncées, sans toutefois suffire à conclure que les installations fonctionnent en permanence à leur limite maximale.

Cette progression industrielle s’est accompagnée d’une augmentation significative des revenus. En 2025, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires tiré de son activité principale de 700,89 millions de yuans, soit environ 58,7 milliards de FCFA, contre près de 14,4 milliards de FCFA en 2024. La comparaison doit néanmoins tenir compte du fait que 2024 correspondait à une période d’exploitation partielle, contrairement à l’exercice 2025.

Ces indicateurs permettent de comprendre le contexte dans lequel intervient le nouvel investissement. Après la montée en régime des premières installations, Keda entend accroître ses capacités afin d’élargir son offre et de renforcer ses débouchés commerciaux.

Une diversification pour répondre aux besoins du marché

L’intérêt de K3 ne se limite pas à l’augmentation des volumes. La nouvelle ligne doit également permettre à Tefu International d’élargir la gamme des produits fabriqués à Kribi. Le programme prévoit notamment la production de carreaux muraux, de carreaux résistants à l’usure et de carreaux émaillés. Cette diversification pourrait permettre à l’entreprise de couvrir davantage de segments du marché de la construction, en proposant des produits adaptés à différents usages et besoins de finition.

Sur le marché camerounais, cette évolution intervient dans un contexte où les besoins en matériaux de construction accompagnent le développement urbain, les projets immobiliers et les investissements dans les infrastructures. L’augmentation de l’offre locale pourrait contribuer à réduire le recours à certaines importations, sous réserve de la compétitivité des produits fabriqués sur place en matière de prix, de qualité et de disponibilité.

L’ampleur de cet effet reste cependant à déterminer. Tefu International n’a pas communiqué de données précises sur les volumes d’importations qu’elle compte remplacer ni sur la part du marché national qu’elle ambitionne de conquérir grâce à cette nouvelle capacité.

La CEMAC au cœur de la stratégie commerciale

Au-delà du Cameroun, le groupe vise un marché régional composé de six pays : le Gabon, le Congo, la Guinée équatoriale, le Tchad, la République centrafricaine et le Cameroun. Cette orientation pourrait permettre à l’usine de Kribi de dépasser le cadre du marché national et de renforcer sa vocation régionale. En augmentant ses capacités de production et en diversifiant ses références, Keda cherche à disposer d’une offre susceptible de répondre à une demande plus large en matériaux céramiques.

La stratégie présente également un intérêt pour le positionnement industriel du Cameroun en Afrique centrale. Une production locale capable d’approvisionner plusieurs pays pourrait favoriser le développement des échanges commerciaux régionaux et renforcer le rôle du pays dans les chaînes d’approvisionnement en matériaux de construction.

Toutefois, les ambitions commerciales annoncées devront se traduire par des débouchés concrets. Les volumes destinés à chaque marché, les objectifs d’exportation et les parts de marché visées n’ont pas encore été précisés. La capacité supplémentaire annoncée ne constitue donc pas, à elle seule, une garantie d’expansion commerciale.

Un investissement dont les retombées restent à préciser. L’extension de l’usine est portée par Tefu International, qui contrôle indirectement la totalité de Keda Cameroon Ceramics. Tefu constitue le principal véhicule industriel utilisé par Keda pour ses activités internationales dans les matériaux de construction. Le groupe Keda Industrial, coté à la Bourse de Shanghai, détient 48,45 % de son capital tout en conservant le contrôle de l’entreprise.

Malgré l’importance industrielle du projet, plusieurs paramètres économiques demeurent inconnus. L’entreprise n’a pas rendu public le montant de l’investissement consacré à K3, ses modalités de financement ou le calendrier prévisionnel de mise en service.

Les retombées sur l’emploi sont également évoquées sans objectif chiffré. La construction devrait générer des activités pour les entreprises intervenant sur le chantier, tandis que l’exploitation de la nouvelle ligne pourrait créer des besoins supplémentaires en personnel de production, en maintenance, en logistique et en gestion industrielle.

L’ampleur de ces effets dépendra toutefois du niveau d’automatisation des installations, de l’organisation du travail et des besoins réels en main-d’œuvre. Des données complémentaires seront nécessaires pour mesurer la contribution effective du projet à l’emploi local et au développement des compétences.

Un changement d’échelle pour l’industrie céramique

Avec le lancement de K3, Keda franchit une nouvelle étape dans le développement de son outil industriel au Cameroun. L’augmentation annoncée de près de 67 % de la capacité de production de son site de Kribi confirme la volonté du groupe de consolider sa présence sur le marché national et de renforcer son positionnement en Afrique centrale.

Cette expansion pourrait favoriser une offre locale plus diversifiée, soutenir les activités liées à la construction et ouvrir de nouvelles perspectives commerciales dans la sous-région. Elle pourrait également contribuer à limiter certaines importations, à condition que les produits camerounais répondent durablement aux exigences de compétitivité et de qualité.

Pour autant, le bilan économique du projet ne pourra être établi sur la seule base des capacités annoncées. Le coût de l’investissement, les emplois effectivement créés, les volumes commercialisés et la part de la production destinée à l’exportation seront déterminants pour apprécier les retombées réelles de cette nouvelle phase d’expansion. À Kribi, l’enjeu consiste désormais à transformer cette capacité industrielle supplémentaire en croissance durable et en valeur ajoutée pour l’économie camerounaise.

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