Électricité au Cameroun : Socadel mise sur 107 milliards de FCFA, mais le financement reste à clarifier

La Société camerounaise d’électricité (Socadel), anciennement Eneo, annonce un programme d’urgence de 107 milliards de FCFA sur la période 2026-2027 pour améliorer la fourniture d’électricité et assainir sa situation financière. Présenté dans une note d’information publiée le 8 octobre 2026, ce plan prévoit notamment la réhabilitation des installations de production, le renforcement des réseaux et la réduction des pertes techniques. Mais si plusieurs besoins opérationnels sont identifiés, les modalités de financement du programme restent encore imprécises, alors que l’entreprise cherche parallèlement à mobiliser 260 milliards de FCFA auprès de partenaires bancaires.

Un plan d’urgence face aux difficultés du secteur électrique

La Socadel entend accélérer les mesures destinées à améliorer la disponibilité de l’électricité au Cameroun. Avec une enveloppe annoncée de 107 milliards de FCFA pour les exercices 2026 et 2027, l’entreprise publique veut intervenir simultanément sur les infrastructures, la qualité de la desserte et l’équilibre de ses finances.

Le programme prévoit la remise en état des groupes thermiques, la maintenance des centrales hydroélectriques et le développement des capacités de production solaire. Il comprend également le renforcement des réseaux de distribution, l’accélération des raccordements industriels et la modernisation des dispositifs de surveillance du réseau.

L’objectif est de réduire les pertes d’électricité, de limiter la durée des interruptions de service et d’améliorer la continuité de l’approvisionnement, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises.

Toutefois, la présentation de cette enveloppe ne s’accompagne pas encore d’un état détaillé des ressources mobilisées. Dans sa communication du 8 octobre, Socadel évoque des financements en cours de mobilisation, sans préciser les sommes déjà disponibles, la répartition des 107 milliards entre les différents projets ni le calendrier prévisionnel des décaissements. Cette absence de ventilation financière empêche, à ce stade, d’évaluer précisément les moyens effectivement engagés pour répondre aux difficultés les plus urgentes du réseau.

260 milliards de FCFA recherchés auprès des banques

Pour soutenir son redressement, Socadel a engagé des démarches auprès de plusieurs établissements bancaires, à travers deux mandats de financement représentant un objectif cumulé de 260 milliards de FCFA.

Le premier accord, signé le 1er juillet avec General Bank of Cameroon, porte sur la mobilisation de 60 milliards de FCFA. Ces ressources doivent contribuer au financement des investissements liés à la production, à la distribution et à la commercialisation de l’électricité.

Le second mandat, conclu le 31 août avec General Bank of Cameroon, Afriland First Bank et BGFIBank Cameroun, vise à mobiliser 200 milliards de FCFA. Le montage envisagé comprend deux composantes : une ligne de crédit renouvelable de 50 milliards de FCFA destinée à couvrir les besoins courants de trésorerie et un prêt de 150 milliards de FCFA consacré au refinancement des dettes bancaires et des créances fournisseurs, avec des échéances plus longues.

Cette distinction est importante. Les 150 milliards prévus pour le refinancement doivent permettre de réorganiser des engagements financiers existants. Ils ne constituent donc pas, en tant que tels, une enveloppe nouvelle destinée à financer des centrales, des lignes électriques ou des équipements supplémentaires.

Socadel précise par ailleurs que la signature de ces mandats ne signifie pas que les fonds sont immédiatement disponibles. Leur mobilisation demeure conditionnée à l’obtention des autorisations de crédit, à la finalisation des contrats et au respect des exigences fixées par les banques.

En l’absence d’informations sur les montants effectivement décaissés, il reste donc difficile de déterminer quelle part de ces financements pourra soutenir le plan d’urgence de 107 milliards de FCFA.

Un budget 2026 de 630 milliards à articuler avec le programme

La question du financement se pose également au regard du budget annuel de l’entreprise. Selon les informations rapportées par Actu Cameroun à partir du communiqué du conseil d’administration, Socadel avait adopté, lors de sa réunion du 28 mai, un budget de 630 milliards de FCFA pour l’année 2026.

Cette enveloppe comprend notamment 375 milliards de FCFA consacrés aux achats et au transport de l’énergie ainsi qu’aux combustibles, tandis que 74,6 milliards sont réservés aux investissements.

Le nouveau plan d’urgence s’étendant sur deux exercices, il reste à déterminer dans quelle mesure ses opérations sont déjà intégrées au budget 2026 et quelle part devra être couverte par les ressources de 2027.

Les 107 milliards de FCFA annoncés ne peuvent donc pas être considérés automatiquement comme des dépenses supplémentaires venant s’ajouter intégralement au budget existant. Une présentation consolidée permettrait de distinguer les investissements déjà programmés, les besoins additionnels et les financements effectivement sécurisés.

Cette clarification serait également utile pour apprécier la cohérence entre les ambitions opérationnelles de Socadel et les moyens financiers dont elle dispose réellement.

Des difficultés persistantes sur le réseau et des besoins matériels importants

Sur le terrain, les problèmes d’approvisionnement continuent de peser sur plusieurs zones. Dans la région de l’Est, Socadel signale un déficit prolongé de production à Lom Pangar, auquel s’ajoutent des dysfonctionnements affectant les réseaux électriques.

Dans les secteurs de Bonabéri Nord et de Dibombari, l’amélioration de la desserte dépend notamment du renforcement des capacités de transport à Bekoko. Ces situations illustrent la nécessité d’agir à la fois sur la production disponible et sur les infrastructures permettant d’acheminer l’énergie jusqu’aux consommateurs.

L’entreprise fait également état d’une insuffisance de stocks de matériels essentiels, une situation qui, selon sa note, était déjà présente avant l’arrivée de la nouvelle entreprise publique. Les transformateurs et les câbles figurent parmi les équipements concernés.

Pour répondre à ces besoins, six appels d’offres datés du 4 octobre et publiés le 8 octobre sur la plateforme de l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP) ont été lancés. Leur coût prévisionnel cumulé atteint 44,54 milliards de FCFA toutes taxes comprises.

Les marchés portent notamment sur l’acquisition de câbles, de transformateurs, d’équipements de protection, d’accessoires pour les lignes électriques et de pièces de rechange. Ils comprennent également l’installation de 10 mégawatts de capacités thermiques sur le réseau interconnecté Nord. Ces achats doivent contribuer à renforcer les moyens d’intervention de l’entreprise et à répondre à certains points de fragilité du système électrique.

Les avis d’appel d’offres indiquent que le budget 2026 de Socadel constitue la source de financement. Ils ne précisent toutefois pas si ces marchés sont directement rattachés à l’enveloppe de 107 milliards de FCFA du plan d’urgence.

Les soumissions sont attendues le 23 octobre. Pour les transformateurs, les délais annoncés atteignent cinq mois pour les équipements de distribution et huit mois pour les autotransformateurs, à compter de la notification de l’ordre de service. Les effets de ces acquisitions sur la qualité de la desserte dépendront donc aussi des procédures de passation des marchés, de la livraison des équipements et de leur mise en service.

6,5 milliards de FCFA d’économies annoncées

En parallèle des investissements, la direction de Socadel affirme avoir réalisé 6,5 milliards de FCFA d’économies. Selon les chiffres communiqués, 3 milliards proviendraient de la réduction des coûts de fonctionnement et 3,5 milliards de la diminution des dépenses liées à l’assistance technique et aux consultants.

La période de référence de ces économies n’étant pas précisée, leur portée sur l’équilibre financier de l’entreprise reste difficile à apprécier. Des informations complémentaires seraient nécessaires pour déterminer s’il s’agit de réductions ponctuelles ou d’économies durables susceptibles d’améliorer les résultats sur plusieurs exercices.

Six audits sont par ailleurs en cours. Ils concernent les créances, la dette, le personnel, les stocks, les frais financiers et les contrats de l’entreprise.

Ces travaux doivent permettre d’affiner le diagnostic de la situation financière et opérationnelle de Socadel, tout en identifiant les marges d’amélioration dans la gestion des ressources. Leurs conclusions seront importantes pour apprécier la soutenabilité du plan de redressement et la capacité de l’entreprise à financer ses activités courantes sans compromettre ses investissements.

Des recettes en hausse, mais des factures toujours impayées

Lors de l’évaluation du 8 octobre, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a fait état d’une progression des recettes mensuelles de Socadel, passées de 30 à 32 milliards de FCFA.Cette évolution constitue un indicateur à suivre, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir que les difficultés de trésorerie sont résolues. Le ministère reconnaît en effet que certaines factures dues aux producteurs d’électricité et au transporteur ne sont pas encore intégralement réglées.

Parmi les entreprises concernées figurent notamment NHPC, Globeleq et Sonatrel. Le règlement de ces engagements reste déterminant pour maintenir les relations avec les acteurs qui interviennent dans la production et le transport de l’énergie.

Cette situation met en évidence l’interdépendance entre les recettes de Socadel, ses obligations financières et la continuité de l’approvisionnement électrique. Même lorsque les encaissements progressent, les retards de paiement peuvent continuer à peser sur la trésorerie si les dépenses et les dettes accumulées demeurent élevées.

Socadel sollicite davantage d’appui de l’État

Pour accompagner son redressement, l’entreprise demande au gouvernement plusieurs mesures de soutien. Elle souhaite notamment que les administrations et les entités publiques règlent mensuellement leurs factures d’électricité, afin de rendre les encaissements plus réguliers et de limiter l’accumulation des impayés.

Socadel appelle également à la publication de nouveaux tarifs, à l’optimisation des coûts d’achat de l’énergie et à un appui supplémentaire pour mobiliser des financements.

Ces demandes touchent à plusieurs leviers de son équilibre économique : l’amélioration du recouvrement, la maîtrise des charges, les conditions de tarification et l’accès aux ressources nécessaires à ses investissements. Leur mise en œuvre devra toutefois être appréciée au regard de leurs conséquences sur les finances publiques, les consommateurs et les autres acteurs du secteur électrique.

Le défi de la transparence financière et des résultats concrets

Avec son plan d’urgence de 107 milliards de FCFA, Socadel affiche l’ambition de répondre aux difficultés techniques du réseau tout en réorganisant sa situation financière. Les appels d’offres en cours donnent déjà un aperçu des besoins matériels à satisfaire, tandis que les mandats bancaires témoignent de la recherche de ressources supplémentaires.

Mais plusieurs éléments restent à clarifier : les financements effectivement obtenus, la répartition des dépenses du plan, son articulation avec le budget annuel de 630 milliards de FCFA et les résultats attendus pour chaque investissement.

La réussite du programme dépendra ainsi autant de la mobilisation des ressources que de leur affectation, du respect des calendriers et du suivi des travaux. Pour les ménages et les entreprises confrontés aux interruptions d’électricité, l’enjeu final sera moins le montant annoncé que l’amélioration effective de la qualité et de la continuité du service.

En attendant des précisions sur le financement, le plan de Socadel constitue une feuille de route dont la portée devra être mesurée à l’aune des moyens réellement disponibles et des changements obtenus sur le terrain.

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