CITS26 : le Cameroun veut accélérer son ambition de hub des services numériques

À travers la deuxième édition du Cameroon International Tech Summit (CITS26), prévue du 15 au 17 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, les organisateurs veulent positionner le Cameroun sur le marché mondial des services numériques. L’externalisation, l’emploi des jeunes, le financement des start-up et les technologies au service du développement durable seront au cœur de cette édition placée sous le thème « The Bold Agenda ».

Faire du numérique un levier d’emploi et une source de revenus tournés vers l’international. C’est l’une des ambitions affichées par les organisateurs du Cameroon International Tech Summit (CITS26). Pour sa deuxième édition, le rendez-vous technologique entend notamment promouvoir l’externalisation des services numériques depuis le Cameroun vers des entreprises étrangères.

L’idée défendue par Ayuk Etta, président du CITS et directeur général de Mountain Hub, repose sur un modèle déjà éprouvé dans plusieurs économies émergentes, notamment en Inde. Des entreprises étrangères pourraient ainsi confier à des équipes basées au Cameroun des missions de développement logiciel, d’analyse et de traitement des données, de maintenance informatique, de support technique ou encore de relation client.

Pour le promoteur du sommet, le Cameroun dispose de plusieurs atouts pour se positionner sur ce marché. Le pays bénéficie notamment d’un environnement francophone et anglophone et se trouve dans une zone horaire relativement proche de l’Europe. Mais cette ambition suppose également des infrastructures adaptées. La qualité et la disponibilité de l’internet ainsi que la stabilité de l’approvisionnement électrique apparaissent comme des conditions essentielles à la compétitivité des prestations réalisées à distance.

Miser sur les compétences locales

Cette stratégie est également présentée comme une réponse aux difficultés d’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Ayuk Etta avance le chiffre de 120 000 diplômés universitaires arrivant chaque année sur le marché du travail, dont seulement 5 % accéderaient à des emplois dits « traditionnels ».

Ces données sont toutefois à considérer comme des estimations du promoteur du CITS. Elles n’ont pas été confirmées par une statistique officielle récente permettant d’établir simultanément le nombre de nouveaux diplômés et le taux d’insertion avancés.

L’externalisation pourrait, dans cette perspective, ouvrir un autre débouché aux compétences camerounaises. Plutôt que de chercher systématiquement des opportunités à l’étranger, des développeurs, spécialistes de la donnée, techniciens et professionnels du support pourraient travailler depuis le Cameroun pour des clients internationaux.

Cette orientation s’accompagne d’un autre enjeu : celui de la transformation des données locales en ressources stratégiques. Mountain Hub estime que le Cameroun doit accélérer la numérisation et la structuration de ses données, tout en renforçant leur protection, afin de créer les conditions nécessaires au développement de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux réalités du pays.

Un écosystème de start-up encore à renforcer

Le financement de l’innovation constitue le deuxième grand chantier mis en avant par le CITS26. Les organisateurs souhaitent notamment rapprocher les start-up camerounaises des investisseurs et favoriser l’émergence d’entreprises capables de changer d’échelle.

Ayuk Etta considère qu’un écosystème technologique mature doit pouvoir faire émerger plusieurs entreprises suffisamment structurées pour absorber des investissements importants. L’objectif affiché est notamment de voir apparaître au Cameroun des start-up en mesure de mobiliser plusieurs millions d’euros pour financer leur croissance.

À l’échelle africaine, les chiffres disponibles illustrent l’intensité de la concurrence entre les différents pôles technologiques du continent. Selon Partech, les entreprises technologiques africaines ont levé 4,1 milliards de dollars en fonds propres et en dette en 2025, soit une progression de 25 % sur un an.

Une part importante de ces capitaux reste concentrée dans quelques marchés. Le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria ont ainsi représenté 72 % des financements recensés par Partech. Le Kenya a mobilisé 1,04 milliard de dollars, devant l’Afrique du Sud avec 715 millions, l’Égypte avec 604 millions et le Nigeria avec 572 millions. Le Sénégal a, pour sa part, atteint 223 millions de dollars, tandis que le Ghana et le Maroc ont respectivement enregistré 90 et 80 millions de dollars.

Le Cameroun ne fait pas partie des principaux marchés mis en avant dans ce classement. Pour les acteurs de l’écosystème local, l’enjeu consiste donc à renforcer la capacité des jeunes entreprises à attirer des capitaux, mais aussi à démontrer leur potentiel de croissance sur des marchés régionaux et internationaux.

10 000 participants attendus à Yaoundé

Le CITS26 ambitionne par ailleurs de réunir 10 000 participants en présentiel pendant les trois jours de l’événement. Les organisateurs indiquent que l’édition de 2024 avait attiré plus de 8 000 participants sur place et 50 000 internautes. Ces chiffres sont déclarés par l’organisation.

Pour 2026, le programme prévoit 140 sessions réparties autour de sept grandes thématiques. Au menu figurent notamment un bootcamp consacré à l’innovation, un espace dédié aux start-up, un salon de l’emploi, des démonstrations autour de l’intelligence artificielle ainsi que des rencontres entre entrepreneurs, investisseurs et partenaires.

La compétition Lion’s Den occupera également une place importante. Elle servira de finale régionale camerounaise de la Startup World Cup. Dix start-up sont annoncées pour la session de pitch prévue le 17 octobre. Le vainqueur poursuivra son parcours vers la finale mondiale à San Francisco et bénéficiera notamment d’un billet d’avion aller-retour pour un représentant.

Le million de dollars associé à la Startup World Cup ne constitue toutefois pas une récompense versée au vainqueur camerounais à Yaoundé. Il correspond au montant maximal de l’investissement susceptible d’être accordé au lauréat de la finale mondiale.

Du sommet aux résultats concrets

À travers « The Bold Agenda », les organisateurs inscrivent le CITS26 dans les orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable. L’emploi des jeunes, le développement des PME, l’entrepreneuriat et l’adéquation entre les compétences et les besoins du marché figurent notamment parmi les priorités mises en avant.

Mais au-delà du nombre de participants, des panels et des annonces, la portée économique de cette édition devra surtout être appréciée à partir de résultats mesurables. Pour l’externalisation, il s’agira notamment de savoir combien de contrats avec des entreprises étrangères pourront être conclus et combien d’emplois numériques seront effectivement générés.

Du côté des start-up, l’enjeu sera de mesurer les financements mobilisés, les partenariats noués et la capacité des entreprises camerounaises à franchir de nouveaux paliers de croissance.

Le CITS26 entend ainsi dépasser le cadre d’un simple rendez-vous technologique. Son ambition est de contribuer à faire du numérique un marché d’exportation de compétences et de services, tout en renforçant la capacité du Cameroun à financer et à faire grandir ses propres entreprises technologiques.

Laisser un commentaire