Féminicides au Cameroun : 50 femmes tuées en quatre mois, HRW demande des mesures urgentes

Le Cameroun fait face à une progression préoccupante des féminicides. Cinquante cas ont été officiellement enregistrés entre janvier et avril 2026, après 56 en 2023, 67 en 2024 et environ 77 en 2025. Face à cette évolution et à plusieurs meurtres signalés au mois d’août, Human Rights Watch appelle les autorités à renforcer sans délai la prévention, la protection des victimes et l’accès à la justice.

La succession de meurtres de femmes enregistrés au Cameroun ravive la question de l’efficacité des mécanismes de lutte contre les violences basées sur le genre. Entre le 6 et le 26 août 2026, plusieurs femmes ont été tuées, certaines affaires impliquant, selon Human Rights Watch (HRW), des partenaires actuels ou d’anciens compagnons. Dans certains cas rapportés par l’organisation, les enfants des victimes auraient été présents au moment des faits.

Dans une analyse publiée le 28 août, Juliana Nnoko, conseillère principale à la division des droits des femmes de HRW, estime que les différentes initiatives engagées par les autorités camerounaises ne se traduisent pas encore par une protection suffisamment effective des femmes exposées aux violences. L’organisation demande notamment au gouvernement de renforcer les dispositifs de prévention, les structures d’accueil et les mécanismes permettant aux victimes d’obtenir rapidement une protection et un accès à la justice.

50 cas officiellement recensés en quatre mois

Les statistiques communiquées par le gouvernement donnent une idée de l’ampleur du phénomène, même si elles ne prétendent pas couvrir l’ensemble des cas. Le 19 juin 2026, devant l’Assemblée nationale, la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a indiqué que 50 féminicides avaient été enregistrés par les services de l’État entre janvier et avril 2026. Sur la même période, les autorités avaient également recensé 166 cas de viol, 13 infanticides, trois enlèvements et trois cas de violences physiques sur des enfants.

La tendance observée sur les dernières années est également à la hausse. Les autorités avaient comptabilisé 56 féminicides en 2023, 67 en 2024 et environ 77 en 2025. Le nombre enregistré en seulement quatre mois en 2026 représente ainsi une part importante du total de l’année précédente.

La ministre avait toutefois insisté sur les limites de ces statistiques. Selon elle, les chiffres disponibles ne représentent que « la partie émergée de l’iceberg », notamment en raison du faible taux de signalement des violences. La peur des représailles, les pressions familiales et la stigmatisation constituent autant d’obstacles susceptibles de maintenir de nombreux cas hors des statistiques officielles.

Cette difficulté complique également l’évaluation précise du phénomène. Pour HRW, l’absence d’un dispositif national pleinement coordonné de collecte et d’analyse des données limite la capacité à mesurer l’ampleur réelle des violences faites aux femmes et à adapter les politiques publiques en conséquence.

Des dispositifs existent, mais leur efficacité interroge

Le gouvernement dispose pourtant déjà de plusieurs instruments de politique publique. En 2022, le Cameroun a adopté une stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre couvrant la période 2022-2026, ainsi qu’une politique nationale genre courant jusqu’en 2030. Ces deux cadres doivent notamment structurer les actions de prévention, de protection et de prise en charge des victimes.

Devant les députés en juin, la ministre a également présenté plusieurs mécanismes déployés sur le terrain. Elle a notamment fait état de 45 espaces sûrs et centres de cohésion pour les femmes, de 28 unités spécialisées installées au sein de commissariats et de brigades de gendarmerie, ainsi que de plateformes de réponse aux violences basées sur le genre dans les dix régions du pays.

Le gouvernement travaille par ailleurs sur un projet de loi consacré spécifiquement aux violences basées sur le genre. Le texte doit notamment créer une infraction autonome et renforcer la protection juridique des femmes. Sa finalisation avait été annoncée en juin, sans qu’un calendrier précis de transmission au Parlement ne soit indiqué dans les informations examinées par HRW.

L’existence de ce projet ne signifie pas que les violences et les homicides commis contre les femmes dans le cadre familial sont actuellement dépourvus de sanctions pénales. Les faits peuvent être poursuivis sur la base des dispositions générales du Code pénal. HRW estime néanmoins que le cadre actuel laisse des insuffisances concernant certaines formes de violences, notamment les violences psychologiques, économiques et les mécanismes de contrôle exercés sur les victimes.

Pour HRW, l’un des principaux enjeux réside désormais dans la capacité à mettre les victimes à l’abri avant que les violences ne dégénèrent. L’organisation appelle ainsi à développer les centres d’hébergement destinés aux femmes victimes de violences et à garantir leur présence dans l’ensemble des régions.

La question ne concerne pas uniquement l’existence physique de structures d’accueil. Encore faut-il qu’elles disposent de personnels suffisamment formés et de moyens permettant d’accompagner les victimes dans leurs démarches médicales, sociales et judiciaires. HRW demande également que les obstacles rencontrés par les femmes souhaitant obtenir une mesure de protection soient examinés et réduits.

Du constat à l’action

L’organisation internationale préconise enfin une réponse coordonnée entre plusieurs administrations. Elle propose la mise en place d’un groupe de travail associant notamment les départements ministériels chargés de la Femme, de la Justice, de la Défense, de la Sécurité, de l’Administration territoriale et des Finances.

L’objectif serait de rapprocher les actions de prévention, la prise en charge des victimes et la réponse judiciaire. Car au-delà des statistiques, la progression des cas enregistrés pose la question de la capacité du dispositif existant à intervenir suffisamment tôt auprès des femmes exposées aux violences.Le débat se déplace ainsi progressivement de la reconnaissance du phénomène vers celui de l’efficacité des réponses. Alors que le gouvernement annonce de nouveaux instruments et structures, HRW demande désormais que ces engagements se traduisent par des moyens, une protection concrète des victimes et une réponse judiciaire effective.

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