
À l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, le ministère de l’Éducation de base entend s’attaquer au déficit persistant d’enseignants dans les zones rurales, enclavées et classées prioritaires. Recrutement ciblé, engagement de cinq ans, incitations financières, perspectives de carrière et amélioration des conditions de travail figurent parmi les leviers mis en avant par le gouvernement.
La rentrée scolaire 2026-2027 est effective depuis le lundi 7 septembre sur l’ensemble du territoire camerounais. Pour cette nouvelle année académique, le ministère de l’Éducation de base (Minedub) attend 6 557 494 élèves, dont 748 689 dans le préscolaire et 5 808 805 dans le primaire. Pour renforcer les effectifs, 3 379 instituteurs de l’enseignement maternel et primaire ont également été recrutés.
Ces nouveaux enseignants ont bénéficié de sessions de recyclage organisées dans les dix régions du pays au cours de la semaine précédant la rentrée. Une préparation destinée à faciliter leur prise de fonction, mais qui ne règle pas pour autant une difficulté structurelle : la répartition inégale du personnel enseignant sur le territoire.
Dans plusieurs localités rurales, frontalières ou difficiles d’accès, les établissements scolaires continuent en effet de faire face à des difficultés pour attirer et surtout maintenir les enseignants. Le phénomène constitue un enjeu majeur pour le gouvernement, qui cherche désormais à agir non seulement sur le recrutement, mais aussi sur les conditions permettant aux personnels affectés dans ces territoires d’y rester durablement.
Un recrutement directement orienté vers les écoles déficitaires
Pour répondre à cette problématique, le Minedub mise d’abord sur un recrutement davantage lié aux besoins réels du terrain. Le principe du « job posting », qui consiste à publier les postes disponibles dans les établissements en déficit de personnel, doit permettre de mettre en relation les besoins des écoles avec des candidats disposés à y exercer. Cette approche vise notamment à éviter que les affectations soient uniquement déterminées de manière administrative, sans tenir suffisamment compte des contraintes spécifiques des établissements concernés.
Le ministre de l’Éducation de base, Laurent Serge Etoundi Ngoa, explique ainsi que l’affectation des enseignants recrutés dans ce cadre repose sur un accord libre et éclairé. En contrepartie, les intéressés prennent l’engagement de rester dans leur établissement pendant au moins cinq ans. Une manière pour l’administration de favoriser la stabilité des équipes pédagogiques dans des écoles qui connaissent régulièrement des départs ou des difficultés à renouveler leurs effectifs.
Des avantages pour encourager la fidélisation
Au-delà du recrutement, le gouvernement entend également rendre ces postes plus attractifs. Le dispositif annoncé porte notamment sur la carrière, la rémunération et les conditions de vie et de travail. Les enseignants affectés dans les zones difficiles doivent notamment bénéficier d’une évolution professionnelle, avec des avancements automatiques. L’objectif est d’éviter que l’exercice dans une zone reculée ne soit perçu comme un frein à la progression de carrière.
L’administration entend également limiter les possibilités d’affectation vers des fonctions administratives pour les personnels recrutés spécifiquement afin de répondre aux besoins des écoles déficitaires. Les mouvements vers les inspections d’arrondissement de l’Éducation de base (IAEB), les délégations et les services de bureau doivent ainsi être davantage encadrés. Cette mesure vise à conserver dans les salles de classe les enseignants recrutés pour combler les déficits constatés dans certaines localités.
Des primes et des logements pour les zones difficiles
La question financière constitue également un volet important du dispositif. Le gouvernement prévoit l’octroi de primes de fidélisation aux enseignants exerçant dans les zones reculées et difficiles d’accès. Des logements d’astreinte sont également annoncés afin de réduire les contraintes matérielles liées à l’affectation dans ces territoires.
Certaines localités considérées comme particulièrement enclavées doivent, en outre, bénéficier d’un régime spécifique. C’est notamment le cas de Darak, dans l’Extrême-Nord, et de l’île de Manoka, dans le Littoral, où des primes spéciales sont prévues. À travers ces mesures, le gouvernement cherche donc à agir sur plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer les difficultés de fidélisation : éloignement, conditions de vie, accès aux services essentiels, perspectives professionnelles et niveau de rémunération.
Les collectivités locales appelées à jouer leur rôle
L’amélioration des conditions de travail ne devrait toutefois pas relever du seul ministère de l’Éducation de base. Le gouvernement envisage également un partenariat plus étroit avec les communes, notamment pour améliorer l’accès des écoles à des services essentiels comme l’eau et l’électricité.
Cette implication des collectivités territoriales décentralisées pourrait contribuer à rendre les établissements des zones rurales et enclavées plus fonctionnels et, par conséquent, plus attractifs pour les enseignants. À terme, l’enjeu dépasse donc la seule question des effectifs. Il s’agit de réduire les disparités entre les établissements urbains et ceux des zones reculées, afin d’offrir aux élèves des conditions d’apprentissage plus équitables.
Avec plus de 6,5 millions d’élèves attendus dans le préscolaire et le primaire et plusieurs milliers de nouveaux enseignants déployés cette année, la capacité du dispositif à maintenir ces personnels dans les zones prioritaires constituera l’un des principaux défis de l’année scolaire 2026-2027.