Bauxite : malgré les turbulences autour de Minim Martap, Gagan Gupta ne lâche pas prise au Cameroun

Le projet de bauxite de Minim Martap traverse une zone de fortes turbulences. Hausse des coûts, report du démarrage, réduction des volumes initiaux et incertitudes sur le financement : les obstacles se multiplient autour de ce projet stratégique développé par l’australien Canyon Resources. Pourtant, l’homme d’affaires indien Gagan Gupta, à travers A2MP, maintient la pression pour prendre le contrôle total de la société minière. Une offensive qui traduit l’importance stratégique accordée au potentiel bauxitique camerounais.

Le dossier Minim Martap est loin d’avoir livré son dernier épisode. Alors que le projet devait initialement permettre au Cameroun de faire ses premiers pas dans l’exportation industrielle de bauxite dès 2026, son calendrier a été profondément revu. La mise en production est désormais envisagée à partir de 2027, dans un contexte marqué par une réévaluation des coûts et des hypothèses économiques du projet.

Ces difficultés n’ont toutefois pas refroidi les ambitions d’A2MP, société devenue le principal actionnaire de Canyon Resources et qui cherche désormais à en prendre le contrôle complet. Le 2 septembre, A2MP a confirmé le maintien de son offre de 0,05 dollar australien par action et renouvelé son appel aux actionnaires minoritaires afin qu’ils apportent leurs titres.

Cette démarche intervient alors que le conseil d’administration de Canyon s’est opposé à l’opération et qu’une procédure engagée auprès de l’autorité australienne compétente en matière de litiges liés aux offres publiques a temporairement compliqué le processus. Malgré ces résistances, A2MP continue donc de défendre sa stratégie.

Gagan Gupta, un investisseur qui veut renforcer son ancrage minier africain

Derrière cette offensive se trouve Gagan Gupta, entrepreneur indien connu pour avoir développé le groupe Arise autour des infrastructures, de la logistique et des zones industrielles en Afrique. Son intérêt pour Minim Martap s’inscrit dans une stratégie plus large visant à prendre position sur des chaînes de valeur liées aux ressources naturelles du continent.

A2MP est contrôlée par Eagle Eye Asset Holdings, un family office basé à Singapour et lié à la famille Gupta. Cette proximité se retrouve dans la gouvernance de la société, avec notamment la présence de Gaurav et Aryann Gupta au sein de son conseil d’administration. Depuis le lancement de l’offre à la fin du mois de juillet, la progression de la participation d’A2MP dans Canyon demeure cependant limitée. Elle est passée de 55,56 % à 56,56 %. Une évolution relativement modeste qui n’empêche pas le groupe de poursuivre son offensive.

Cette persistance peut s’expliquer par l’exposition déjà importante d’A2MP au projet camerounais. La société ne se trouve pas seulement dans la position d’un actionnaire souhaitant accroître son influence sur Canyon. Elle participe également, avec la compagnie australienne, aux garanties liées à la facilité de crédit de 82 milliards de FCFA accordée par AFG Bank Cameroon au projet Minim Martap. Environ 75 millions de dollars auraient déjà été tirés sur cette ligne de financement. Mais la banque a décidé de suspendre les nouveaux décaissements, le temps de procéder à une nouvelle évaluation du projet et d’effectuer une visite du site.

Minim Martap confronté à une équation économique plus difficile

Les dernières données communiquées par Canyon mettent en évidence l’ampleur des ajustements auxquels le projet est désormais confronté. Le budget global est passé de 446 à 494 millions de dollars. Dans le même temps, les prévisions concernant le transport de la bauxite se sont fortement détériorées. Le coût du fret, initialement évalué à environ 17 dollars la tonne dans l’étude de faisabilité, est désormais estimé à 35,6 dollars pour les années 2026 et 2027.

Cette augmentation pèse directement sur l’équilibre financier du projet et oblige ses promoteurs à revoir leurs projections. Le calendrier de production a lui aussi été repoussé. Alors que le démarrage était auparavant attendu en 2026, la première production est maintenant envisagée en 2027. Surtout, le volume prévu pour cette première année a été considérablement réduit : de 1,2 million de tonnes initialement annoncées, il ne serait plus question que d’en produire environ 400 000.

Pour un projet appelé à devenir l’un des principaux investissements miniers du Cameroun, ces changements constituent un sérieux avertissement. Ils montrent que le passage de la phase de développement à une exploitation industrielle demeure soumis à d’importantes contraintes financières, logistiques et opérationnelles.

Un déficit de financement qui complique les ambitions d’expansion

L’incertitude ne concerne pas uniquement la première phase du projet. Elle touche également les ambitions à long terme de Minim Martap. Mandaté par Canyon Resources pour examiner la proposition d’A2MP, BDO Corporate Finance Australia a notamment étudié le scénario d’une montée en puissance de la production jusqu’à 10 millions de tonnes de bauxite par an.

Selon l’analyse de l’expert indépendant, cette trajectoire ferait apparaître un besoin de financement supplémentaire supérieur à 300 millions de dollars. Surtout, BDO estime que les éléments actuellement disponibles ne permettent pas de considérer comme définitivement sécurisés les financements nécessaires, ni leurs conditions.

Le constat est donc contrasté. D’un côté, les risques financiers et économiques du projet apparaissent plus clairement. De l’autre, ces difficultés ne suffisent pas à justifier, selon BDO, le prix proposé par A2MP pour racheter les actionnaires minoritaires. L’expert indépendant considère ainsi que l’offre de 0,05 dollar australien par action n’est « ni équitable ni raisonnable » pour les actionnaires de Canyon.

Le pari de la transformation locale de la bauxite

Au-delà de la bataille financière autour de Canyon, l’intérêt d’A2MP pour Minim Martap renvoie à une ambition plus vaste : ne pas limiter le projet à l’extraction et à l’exportation de minerai brut. A2MP affirme vouloir inscrire la future exploitation dans une chaîne de transformation comprenant l’extraction de la bauxite, sa conversion en alumine, puis la production d’aluminium au Cameroun. Une perspective qui rejoint les ambitions régulièrement affichées par les autorités camerounaises de développer davantage la transformation locale des ressources minières.

Si elle venait à se concrétiser, une telle stratégie permettrait de dépasser le simple modèle d’exportation de matières premières. Elle pourrait favoriser la création de valeur sur place, stimuler les infrastructures industrielles et logistiques et générer davantage d’activités autour de la filière.

Mais cette ambition suppose des investissements beaucoup plus importants que ceux nécessaires à la seule extraction. Elle exige également une énergie abondante et compétitive, des infrastructures de transport performantes et un accès durable aux financements.

Un projet stratégique sous surveillance

Minim Martap se trouve ainsi à un moment décisif. Le potentiel géologique du gisement reste un argument majeur pour ses promoteurs, mais la hausse des coûts, les difficultés de financement et les contraintes logistiques obligent désormais les différents acteurs à réévaluer leurs positions.

Pour Gagan Gupta et A2MP, abandonner la partie ne semble pas à l’ordre du jour. La volonté de poursuivre l’offre sur Canyon montre que l’investisseur continue de considérer le projet camerounais comme un actif stratégique, malgré les obstacles.

Reste désormais à savoir si cette détermination permettra de débloquer l’équation financière de Minim Martap et de transformer les ambitions affichées en production effective. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse en effet le contrôle d’une société minière : il s’agit de déterminer si le pays pourra enfin convertir son potentiel bauxitique en une véritable industrie, capable de produire des revenus, des emplois et surtout davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

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