
Le commerce extérieur camerounais affiche un déséquilibre grandissant. En 2025, le déficit commercial s’est établi à 2 098 milliards de FCFA, soit 350,9 milliards de plus qu’un an auparavant. Un creusement qui intervient pourtant alors que les exportations hors hydrocarbures ont progressé de 11,5 %. Le paradoxe met en évidence les fragilités persistantes de l’économie camerounaise : diversification encore insuffisante, recul des recettes pétrolières et dépendance toujours forte aux importations.
Le Cameroun exporte davantage de produits non pétroliers, mais continue de creuser son déficit commercial. C’est l’un des principaux enseignements du Rapport sur l’économie camerounaise 2025, présenté le 25 août 2026 à Yaoundé par le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey.
Selon le document, le solde des échanges extérieurs s’est fortement détérioré au cours de l’année écoulée. Le déficit commercial atteint désormais 2 098 milliards de FCFA, contre un niveau inférieur en 2024. En une seule année, le déséquilibre s’est ainsi aggravé de 350,9 milliards de FCFA.
Cette évolution révèle une difficulté majeure pour l’économie camerounaise : les progrès enregistrés dans les exportations hors hydrocarbures ne suffisent pas encore à compenser la baisse des recettes issues des produits pétroliers et l’importance des importations.
Le cacao et la banane tirent les exportations
Le tableau n’est toutefois pas entièrement sombre. Les exportations hors hydrocarbures ont enregistré une progression de 11,5 % en 2025, confirmant l’existence d’une dynamique de diversification.
Le cacao et ses produits dérivés figurent parmi les principaux moteurs de cette performance. La banane contribue également à l’amélioration des ventes extérieures, tandis que plusieurs produits manufacturés commencent à occuper une place plus importante dans les échanges.
Cette évolution est loin d’être anodine. Elle montre que les efforts entrepris pour réduire la concentration des exportations sur les matières premières extractives commencent à produire des résultats.
Mais le problème est celui de l’échelle. La progression des filières hors pétrole reste encore trop faible pour modifier profondément la structure du commerce extérieur camerounais.
Le pétrole continue de peser lourd
Le recul des hydrocarbures constitue l’une des principales explications de la dégradation du solde commercial. La production pétrolière a diminué de 6,6 % en 2025, réduisant mécaniquement la capacité du secteur à soutenir les recettes d’exportation.
Le contraste est donc particulièrement révélateur. Alors que le cacao, la banane et certains produits transformés progressent, le secteur pétrolier — historiquement essentiel aux recettes extérieures — s’essouffle.
Cette situation rappelle les limites d’une économie qui cherche à diversifier ses exportations tout en restant fortement dépendante de quelques produits stratégiques.
Le défi consiste désormais à faire de la diversification non plus seulement une orientation de politique économique, mais un véritable moteur des recettes d’exportation.
Transformer davantage pour exporter mieux
L’un des enjeux centraux réside dans la capacité du Cameroun à transformer localement une part plus importante de sa production.
Exporter des matières premières procure des recettes, mais leur transformation sur place permet potentiellement d’accroître la valeur ajoutée, de développer des chaînes industrielles et de créer davantage d’emplois.
Le cacao constitue à cet égard un exemple particulièrement parlant. Le développement des capacités de transformation pourrait permettre au pays de capter une part plus importante de la valeur générée tout au long de la chaîne.
La même logique concerne la production agricole, les ressources minières et les autres matières premières. L’objectif n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire, transformer et exporter davantage de valeur.
Cette mutation suppose toutefois de renforcer les infrastructures, l’accès à l’énergie, la logistique, les capacités industrielles et les mécanismes de financement destinés aux entreprises locales.
Une économie qui continue de croître
Le creusement du déficit commercial intervient malgré une croissance économique qui reste positive. En 2025, le PIB réel du Cameroun a progressé de 3,5 %, soit le même rythme qu’en 2024.
Cette croissance repose notamment sur les activités non pétrolières, qui ont augmenté de 3,8 %. Le secteur tertiaire s’est montré particulièrement dynamique, avec une progression de 4,3 %.
Le secteur secondaire a également accéléré, atteignant 2,6 %, contre 1,7 % l’année précédente. Une évolution encourageante dans la perspective d’une transformation plus poussée de l’économie.
Le secteur primaire a cependant marqué le pas. Sa croissance est tombée à 1,8 %, contre 3,6 % en 2024. Cette décélération, combinée au recul de la production pétrolière, souligne la nécessité de consolider les capacités productives du pays.
L’inflation ralentit, mais les ménages restent sous pression
Sur le front des prix, l’année 2025 apporte quelques signes d’amélioration. L’inflation moyenne s’est établie à 3,4 %, contre 4,5 % en 2024.
Le ralentissement a notamment été perceptible dans le secteur des transports. Toutefois, cette amélioration globale masque encore certaines tensions persistantes sur le coût de la vie.
Les prix des produits alimentaires ont ainsi augmenté de 6,8 %. L’inflation demeure par ailleurs légèrement supérieure au seuil communautaire de 3 %.
Cette situation rappelle que la performance macroéconomique ne se traduit pas automatiquement par une amélioration équivalente du pouvoir d’achat. La maîtrise des prix demeure donc un enjeu majeur pour les ménages.
Des finances publiques sous surveillance
Le déséquilibre extérieur doit également être analysé à la lumière de la situation budgétaire du pays.
Le déficit budgétaire global s’est établi à 714,3 milliards de FCFA, soit 2,1 % du PIB. La dette du secteur public représente pour sa part 43,1 % du PIB, un niveau encore inférieur au plafond communautaire fixé à 70 %.
Ces indicateurs ne signalent pas, à eux seuls, une situation hors de contrôle. Mais le Minepat relève des tensions de trésorerie ainsi que la persistance d’arriérés, ce qui appelle à une gestion prudente des ressources publiques.
Dans ce contexte, la réduction des vulnérabilités extérieures devient également une question de souveraineté économique. Plus le pays dépend de l’extérieur pour ses approvisionnements et moins ses exportations parviennent à financer ses importations, plus ses marges de manœuvre peuvent être exposées aux chocs internationaux.
Alamine Ousmane Mey mise sur la transformation productive
À la présentation du rapport, Alamine Ousmane Mey a insisté sur la résilience de l’économie camerounaise tout en reconnaissant la nécessité d’aller plus loin dans les réformes.
Pour le ministre, la priorité consiste notamment à accélérer la transformation productive, consolider les marges de manœuvre du pays et réduire les dépendances susceptibles d’exposer l’économie aux chocs extérieurs.
Cette orientation s’inscrit dans plusieurs chantiers engagés par le gouvernement. Le programme économique et financier conclu avec le Fonds monétaire international s’est achevé en juillet 2025, tandis que le déploiement de la Couverture santé universelle s’est poursuivi. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a également progressé.
Cette dernière constitue notamment une opportunité pour élargir les débouchés des entreprises camerounaises. L’enjeu sera toutefois de disposer d’une offre suffisamment compétitive pour profiter réellement de l’ouverture des marchés africains.
Le véritable défi : exporter de la valeur
Le chiffre de 2 098 milliards de FCFA résume à lui seul le défi auquel le Cameroun est confronté. Le pays ne peut plus se contenter d’augmenter ponctuellement ses exportations : il doit changer la structure même de son commerce extérieur.
La progression de 11,5 % des exportations hors hydrocarbures constitue un signal encourageant. Mais pour inverser durablement la tendance, cette croissance devra être maintenue, amplifiée et surtout accompagnée d’une montée en gamme des produits camerounais.
Le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, la transformation locale des matières premières, l’amélioration des infrastructures logistiques et l’élargissement des débouchés régionaux apparaissent ainsi comme autant de leviers.
À terme, le pari est clair : faire en sorte que le Cameroun ne soit plus seulement un exportateur de matières premières et un importateur de produits à forte valeur ajoutée, mais un pays capable de transformer sa production, de vendre davantage de produits finis et de retenir une part beaucoup plus importante de la richesse créée sur son territoire.