
Après plusieurs mois de concertation et de reports, le dispositif de blocage des téléphones non dédouanés au Cameroun semble désormais entrer dans sa phase opérationnelle. À compter du 1er septembre 2026, certains terminaux mobiles identifiés comme non conformes aux obligations douanières pourraient être privés d’accès aux réseaux nationaux. Une échéance qui marque une nouvelle étape dans la volonté des pouvoirs publics de mieux contrôler l’importation et la circulation des appareils mobiles sur le marché camerounais.
Une nouvelle échéance pour le blocage des terminaux
Le dossier du contrôle des téléphones non dédouanés connaît un nouveau tournant. Dans un communiqué signé le 20 août 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a annoncé l’entrée en vigueur du dispositif de blocage à partir du 1er septembre prochain.
Cette décision intervient après plusieurs mois de discussions entre les différentes parties prenantes, notamment l’administration douanière, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) et les opérateurs de téléphonie mobile. Camtel, Orange Cameroun et MTN Cameroon sont ainsi appelés à mettre en œuvre les mesures techniques nécessaires à l’application du dispositif.
L’objectif affiché est de mieux lutter contre l’introduction et la commercialisation de téléphones qui n’ont pas satisfait aux formalités douanières prévues par la réglementation.
Quels téléphones sont concernés ?
La mesure ne vise pas indistinctement tous les appareils déjà utilisés au Cameroun. Le dispositif concerne principalement plusieurs catégories de terminaux considérés comme irréguliers au regard de leur situation douanière.
Sont notamment concernés les téléphones qui se connecteront pour la première fois à un réseau camerounais à partir du 1er septembre 2026, lorsque leur situation douanière n’est pas en règle. S’ajoutent à cette catégorie certains appareils ayant été connectés après le 1er avril 2026, dont les utilisateurs ont reçu des notifications d’alerte sans procéder à une régularisation.
Le dispositif cible également des terminaux activés de manière groupée avec une même carte SIM après le 1er avril et qui ne seraient pas utilisés de façon continue. Ces différents critères doivent permettre aux autorités d’identifier les appareils susceptibles d’avoir échappé aux procédures normales d’importation et de dédouanement.
Face à cette échéance, le ministère des Finances invite les personnes concernées à se rapprocher rapidement des services des Douanes afin de régulariser leur situation.
Les consommateurs appelés à vérifier leurs appareils
Pour les utilisateurs, la vigilance devient désormais essentielle, particulièrement lors de l’achat d’un téléphone sur le marché local. Les autorités recommandent de vérifier, avant toute acquisition, le statut douanier du terminal.
Cette vérification peut notamment être effectuée à partir de l’IMEI, un identifiant unique associé à chaque appareil mobile. Pour l’obtenir, l’utilisateur peut composer le code *#06# sur son téléphone, puis utiliser les services en ligne prévus à cet effet pour vérifier la situation du terminal.
Le portail mpie.camcis.cm est également indiqué comme l’un des moyens permettant de consulter le statut douanier d’un appareil. Cette démarche pourrait permettre aux consommateurs d’éviter d’acheter un téléphone susceptible d’être ultérieurement bloqué sur les réseaux nationaux.
Un calendrier qui avait suscité des réserves
La mise en œuvre de cette politique n’a toutefois pas été sans difficultés. Une première date d’application avait été annoncée pour le 25 mai 2026. Cette échéance avait suscité des interrogations chez plusieurs acteurs du secteur des télécommunications.
Les opérateurs avaient notamment mis en avant la nécessité de disposer d’un temps suffisant pour préparer les infrastructures techniques et tester le mécanisme avant son déploiement à grande échelle. La question de la capacité à identifier efficacement les appareils concernés et à procéder à leur blocage constituait également un enjeu important.
Dans le secteur, certains acteurs avaient par ailleurs souligné l’insuffisance des outils techniques disponibles pour garantir une application fiable et maîtrisée de la mesure.
Vers un compromis entre les différents acteurs ?
Le report de la première échéance semble finalement avoir ouvert la voie à davantage de concertation. Le nouveau calendrier traduit, à première vue, la recherche d’un équilibre entre les impératifs de l’administration, les contraintes techniques des opérateurs et les préoccupations des consommateurs.
Le REPTIC, par la voix de son président, Dr Ing. Pierre François Kamanou, avait d’ailleurs plaidé pour une approche concertée, appelant à une réflexion associant les administrations publiques, le régulateur, les opérateurs de téléphonie et les acteurs du numérique.
Avec l’échéance du 1er septembre désormais annoncée, cette phase de dialogue laisse place à celle de l’exécution. Reste à savoir comment le dispositif fonctionnera concrètement sur le terrain et, surtout, quelle sera son incidence sur les consommateurs qui utilisent ou achètent des téléphones dont la situation douanière n’est pas clairement établie.
Un enjeu qui dépasse le simple blocage des téléphones
Au-delà de la coupure de certains terminaux, cette réforme touche à plusieurs enjeux : la lutte contre la fraude douanière, la traçabilité des appareils importés, la protection des consommateurs et la régulation du marché des télécommunications.
Son efficacité dépendra toutefois de la qualité de la coordination entre les différents intervenants. Pour les consommateurs comme pour les vendeurs, la période qui s’ouvre devrait donc être marquée par une exigence accrue de vérification et de conformité.
Le 1er septembre 2026 apparaît ainsi comme une date charnière. Après les débats, les reports et les réserves techniques, le Cameroun s’apprête à passer de la concertation à l’application effective du mécanisme de contrôle des téléphones non dédouanés.