Cameroun : comment les violences post-électorales ont coûté jusqu’à 16,7 milliards de FCFA aux Douanes en 2025

Les troubles survenus après l’élection présidentielle de 2025 ont eu des répercussions directes sur les performances des Douanes camerounaises. Selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029, les perturbations enregistrées dans la chaîne logistique ont entraîné un manque à gagner estimé entre 15,2 et 16,7 milliards de FCFA. Malgré ce contexte difficile, l’administration douanière est parvenue à dépasser les objectifs de recettes fixés par la loi de finances grâce à la vigueur des importations et à une amélioration des recouvrements.

Le gouvernement établit un lien direct entre les violences ayant suivi la réélection du président Paul Biya et la baisse des recettes potentielles de l’administration des Douanes. Le DPEB 2027-2029 indique que les événements ont perturbé l’ensemble de la chaîne logistique, ralentissant à la fois le dédouanement des marchandises et le recouvrement des droits et taxes.

Cette situation aurait privé le Trésor public de recettes évaluées entre 15,2 et 16,7 milliards de FCFA. Il s’agit du seul montant que le document identifie explicitement comme un manque à gagner directement imputable aux perturbations post-électorales.

Au-delà des difficultés liées au contexte sécuritaire, le rapport met en évidence plusieurs évolutions économiques qui ont affecté les recettes douanières.

Les versements des sociétés de distribution des produits pétroliers ont notamment connu un net repli. Les paiements de ces opérateurs sont passés de 110,1 milliards de FCFA en 2024 à 87,6 milliards en 2025, soit une diminution de 22,5 milliards de FCFA, représentant une baisse de plus de 20 %.

Les recettes issues des droits de sortie sur le bois ont également diminué. Elles ont enregistré une contraction de 7,9 milliards de FCFA, soit un recul de 21,3 % par rapport à l’exercice précédent.

Le gouvernement explique cette évolution par la politique menée depuis plusieurs années pour encourager la transformation locale du bois avant son exportation. Dans cette optique, les droits de sortie sur certaines essences ont été progressivement relevés, passant de 17,5 % de la valeur FOB à 75 % entre 2017 et 2023. Cette réforme vise à favoriser la création de valeur ajoutée sur le territoire national plutôt que l’exportation de grumes.

En tenant compte des différentes baisses enregistrées, les recettes douanières auraient pu atteindre un niveau sensiblement supérieur. Le document laisse entendre que si les perturbations post-électorales, la baisse des paiements des marketeurs pétroliers et le recul des droits sur le bois n’avaient pas été observés, les recettes auraient théoriquement pu se situer entre 1 198,5 et 1 200 milliards de FCFA, contre 1 152,9 milliards effectivement collectés.

Le gouvernement nuance toutefois cette lecture en rappelant que seules les pertes comprises entre 15,2 et 16,7 milliards de FCFA sont officiellement considérées comme un manque à gagner. Les autres diminutions traduisent avant tout une évolution de l’activité économique par rapport à 2024, sans être assimilées à des pertes budgétaires au sens strict.

Des performances supérieures aux objectifs fixés

Malgré ces contraintes, l’administration des Douanes a réalisé une performance supérieure aux prévisions de la loi de finances. Les recettes mobilisées en 2025 atteignent 1 152,9 milliards de FCFA, contre un objectif initial de 1 136,2 milliards. Le taux de réalisation s’établit ainsi à 101,5 %, soit un dépassement de 16,7 milliards de FCFA.

Par rapport à 2024, les recettes progressent de 96,6 milliards de FCFA, correspondant à une hausse de 9,1 %. Dans le même temps, la contribution des Douanes aux recettes internes de l’État est passée de 21,2 % à 23 %.

Le DPEB attribue cette performance au dynamisme du commerce extérieur. Les indicateurs d’activité affichent une nette progression. Le nombre de manifestes enregistrés augmente de 11,4 %, celui des connaissements de 29,8 %, tandis que les conteneurs déclarés à l’entrée du territoire progressent de 23,2 %.

Globalement, les importations ont crû de 8,5 % en volume et de 4,6 % en valeur. Cette évolution a été portée par plusieurs catégories de produits fortement génératrices de recettes fiscales.

Les importations de poissons de mer congelés ont progressé de 38 %, celles des huiles brutes ou raffinées de 84,8 %. Les équipements et appareils de téléphonie affichent une hausse de 40,4 %, les véhicules destinés au transport de marchandises de 36,7 %, tandis que les importations de tracteurs bondissent de 63,6 %.

La SONARA et le recouvrement des créances ont renforcé les performances

Le rapport souligne également le rôle joué par la Société nationale de raffinage (SONARA) dans cette progression.

Les droits et taxes acquittés par l’entreprise sont passés de 5,2 milliards de FCFA en 2024 à 32,1 milliards en 2025, soit une augmentation de 26,9 milliards de FCFA correspondant à une progression de plus de 500 %.

Par ailleurs, l’apurement progressif de la dette de l’État a permis d’améliorer les recouvrements. Les montants encaissés à ce titre ont atteint 34 milliards de FCFA, contre 22,6 milliards un an auparavant.

Ces différents leviers ont permis à l’administration des Douanes de compenser en partie les effets des perturbations post-électorales et de dépasser les objectifs de recettes fixés pour l’exercice budgétaire 2025, confirmant ainsi la résilience des finances douanières dans un environnement économique et sécuritaire marqué par de fortes tensions.

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