Cimenterie : pourquoi les ventes de Dangote Cement reculent au Cameroun

Le marché du ciment au Cameroun traverse une zone de turbulences inédite en ce début d’année 2026.Le groupe Dangote Cement vient de publier des résultats qui interpellent les observateurs avec une baisse de 15 % de ses volumes de ventes au cours du premier trimestre. 

Ce repli significatif de la filiale du milliardaire nigérian ne constitue pas seulement un indicateur de la performance d’une entreprise mais révèle les mutations profondes et les défis structurels auxquels fait face l’ensemble du secteur du bâtiment et des travaux publics dans la zone CEMAC.

L’analyse de cette contre-performance permet de dégager plusieurs facteurs déterminants. En premier lieu, la contraction de la demande domestique semble liée à un ralentissement des grands chantiers d’infrastructure publique, dont les budgets subissent les arbitrages d’une politique de rigueur. Parallèlement, l’inflation persistante sur les coûts des matériaux de construction a freiné l’ardeur des auto-constructeurs et des promoteurs immobiliers privés, réduisant mécaniquement la consommation globale de ciment. Dangote Cement, malgré une capacité de production installée robuste, subit de plein fouet cet essoufflement du marché local qui force les acteurs à une révision de leurs prévisions annuelles.

La concurrence accrue sur le sol camerounais joue également un rôle central dans cette érosion des parts de marché. Avec la montée en puissance de nouveaux broyeurs et l’agressivité commerciale d’autres opérateurs internationaux implantés à Douala et Kribi, le monopole de fait des années précédentes s’effrite. Cette situation impose à la firme de repenser son modèle de distribution et sa stratégie de prix pour regagner le terrain perdu. La saturation progressive du marché intérieur oblige désormais les industriels à lorgner plus sérieusement vers l’exportation au sein de la sous-région, bien que les défis logistiques et les barrières non tarifaires restent des obstacles majeurs à cette expansion.

En définitive, ce premier trimestre 2026 sonne comme un avertissement pour le secteur industriel camerounais. La chute des ventes chez Dangote Cement souligne la nécessité d’une relance des investissements productifs et d’une stabilisation des coûts de production, notamment l’énergie et le transport. Pour le reste de l’année, la capacité de l’entreprise à optimiser ses coûts opérationnels et à innover dans son offre commerciale sera déterminante pour inverser la tendance. Ce recul conjoncturel pourrait bien être le point de départ d’une restructuration plus vaste du marché du ciment, où seuls les acteurs les plus agiles parviendront à maintenir leur rentabilité face à une demande de plus en plus volatile.

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