Cameroun : quand l’exode massif d’agents publics crée la crise

L’exode massif d’agents publics camerounais, notamment des enseignants, crée une crise dans l’enseignement supérieur, irritant les autorités qui cherchent à assainir le fichier solde, tout en provoquant un « tollé » car des agents en poste sont injustement visés par des listes d’absents, créant incompréhension et colère, face à des départs réels souvent motivés par de mauvaises conditions de travail ou l’insécurité, accentuant une pénurie déjà existante. 

Le Cameroun fait face à une fuite vertigineuse des cerveaux.  Des milliers de professionnels qualifiés quittent le pays pour de meilleures conditions de vie et de travail, principalement vers le Canada, mais aussi d’autres pays africains. Des facteurs comme la crise sociopolitique (notamment dans le Nord-Ouest/Sud-Ouest) et le manque de perspectives entraînent des départs massifs, affectant gravement le système éducatif.

Une opération d’assainissement du fichier solde a listé 1033 agents du Ministère de l’Enseignement Supérieur (Minesup) comme absents, malgré leur présence effective, suscitant colère et incompréhension. Des agents pour lesquels un autre ministère, celui des Finances demande des preuves de présence, sous peine de suspendre leurs salaires.

Ce fut une bien désagréable surprise pour le professeur Serge Hubert Togouet Zebaze, lorsque cet hydrobiologiste, représentant du Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) du Cameroun,  a découvert son nom dans cette liste. « J’ai fait soutenir trois thèses de doctorat à l’université de Yaoundé 1 en 2025, affirme-t-il, au micro d’Amélie Tulet. Comment l’aurais-je fait en étant absent ? Il y a de nombreux enseignants sur cette liste qui ont une notoriété scientifique et internationale. Comment voulez-vous que nos partenaires perçoivent cette liste quand ils nous regardent ? »

Un cas loin d’être isolé. Selon Augustine Awa Fonka, le gouverneur de la région de l’Ouest, 858 agents publics ont quitté leurs postes depuis 2023. Dont, 708 enseignants, un secteur déjà fragilisé, et près de 150 personnels de santé, alors même que les besoins en soins augmentent.

Pour l’autorité administrative, cet exode ne se résume pas à une quête de meilleures conditions de vie. Il révèle aussi des défaillances internes. Le gouverneur déplore « la complicité de certains responsables », tout en dénonçant des absences prolongées, des abandons de postes ou des départs à l’étranger parfois tolérés ou signalés tardivement, qui facilitent la fuite des agents sans relève.

Le gouvernement menace de licencier les absents, mais fait face à des accusations de maladresse administrative. Selon une note interministérielle, le ministère des Finances a entrepris fin 2025 une collecte de données au niveau des aéroports sur les sorties de citoyens ces cinq dernières années. Il en ressortirait que, toutes administrations confondues, près de 11 000 agents publics sont payés alors qu’ils ne résident plus au Cameroun.

S’il est d’accord pour assainir les finances, mais rien ne va dans la méthode, selon le Professeur Zebaze, qui voyage régulièrement pour son travail. « Le syndicat a été très favorable à ce que le gouvernement purge tous ses fonctionnaires qui, ayant leur matricule, se permettent de disparaître et d’aller exercer ailleurs alors que de jeunes docteurs formés n’ont pas de poste, lance-t-il. Malheureusement, la liste qui a été produite est une injure parce qu’il n’est pas normal que des collègues en poste comme moi-même figurent sur cette liste alors que de nombreux autres, dont tout le monde sait qu’ils ne sont pas là, ne figurent pas sur cette liste ».

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