Une partie de l’opposition demande le retour au Cameroun d’Issa Tchirouma Bakary

Alors que les lampions de la présidentielle de 2025 se sont éteints dans un climat de contestation électrique, l’opposition camerounaise semble aujourd’hui délaisser le bitume pour les parvis des églises. 
Ce 6 janvier dernier, Joseph Espoir Biyong, figure de proue de la jeunesse politique et adjoint au maire de Douala 5è, a troqué son écharpe de tribun contre une posture de suppliant, appelant à une intervention divine pour dénouer l’impasse démocratique. Ce recours au sacré, loin d’être un simple acte de foi, dessine les contours d’une opposition acculée, cherchant dans le ciel la force qu’elle ne parvient plus à imposer dans les urnes ou dans la rue.
 
L’image est forte : un élu local, déjà dans le viseur de la préfecture du Wouri pour son activisme, qui dénonce une « tyrannie » devenue trop lourde à porter. Pour Biyong, les institutions ne sont plus des remparts mais des outils d’oppression. En invoquant la prière pour le retour d’Issa Tchiroma Bakary, son champion exilé en Gambie après s’être autoproclamé vainqueur, il tente de transformer une défaite politique en une quête mystique. C’est le récit d’un David qui, faute de pierre, utilise l’oraison pour espérer faire tomber un Goliath institutionnel dont la solidité semble imperturbable.
 
Pourtant, cette mystique de la transition cache une réalité plus brutale : celle de l’épuisement des stratégies classiques de lutte. Si Biyong croit fermement qu’une « troisième République » peut naître d’un miracle, son discours trahit un aveu d’impuissance face à un régime qui a su cadenasser l’espace public. L’opposant dénonce les fraudes et les inégalités sur les réseaux sociaux, son ultime bastion, tandis que son leader lance des promesses de retour imminent depuis l’Afrique de l’Ouest. Ce décalage entre l’exil lointain de Tchiroma et la ferveur spirituelle de ses lieutenants sur place pose la question de la viabilité d’un mouvement qui semble désormais naviguer entre prophétisme et nostalgie.
 
En fin de compte, l’appel de Joseph Espoir Biyong marque peut-être un tournant sociologique dans la résistance politique au Cameroun. Quand le dialogue est rompu et que la pression administrative se fait étouffante, la transcendance devient l’ultime recours. Mais au-delà de la foi, le retour annoncé d’Issa Tchiroma Bakary pour ce début d’année 2026 agira comme un test de vérité. 
 
Reste à savoir si le ciel entendra les prières de Douala 5è, ou si la réalité du terrain politique, avec sa froide logique de puissance, continuera d’imposer son propre calendrier à ceux qui rêvent d’un Cameroun nouveau.
 
 

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