Cameroun-Trafic d’espèces protégées : autopsie d’un trafic sous haute protection

La saisie spectaculaire de 60 perroquets jacos à Bertoua révèle une fois de plus la sophistication des réseaux de criminalité faunique au Cameroun. Entre l’utilisation de véhicules administratifs pour tromper la vigilance et l’implication de filières internationales, ce coup de filet mené par les autorités et l’ONG LAGA souligne l’urgence de protéger une espèce dont l’intelligence est devenue le propre moteur de son extinction.

Dans l’obscurité d’un coffre de voiture, soixante silhouettes grises au plumage froissé attendaient leur sort, loin de la canopée de Messok. Ce n’était pas n’importe quel véhicule : les trafiquants avaient misé sur le prestige d’un matricule administratif pour franchir les contrôles, espérant que l’ombre de l’État servirait de paravent à leur butin. C’était sans compter sur la perspicacité des agents des Forêts et de la Faune qui, épaulés par les experts de LAGA, ont intercepté ce convoi illégal à Bertoua. Parmi les trois suspects interpellés, la présence d’un ressortissant ghanéen confirme que la forêt camerounaise reste le garde-manger tragique de réseaux transfrontaliers parfaitement structurés.

Le perroquet gris à queue rouge est la victime de son propre génie. Capable de reproduire le langage humain avec une précision troublante, il est devenu l’objet de tous les désirs pour les collectionneurs du monde entier. Cette fascination a un prix : son inscription à l’annexe I de la CITES depuis 2016, interdisant tout commerce international. Pourtant, sur le terrain, la lutte ressemble à une course d’obstacles contre des réseaux qui gèrent chaque étape, de la capture chirurgicale en milieu naturel à la période de quarantaine clandestine, jusqu’à l’acheminement final vers les marchés noirs globaux.

Face à cette menace, le Cameroun a choisi la manière forte. La nouvelle loi de juillet 2024 n’est plus un simple avertissement, mais un véritable couperet : jusqu’à vingt ans de prison et des amendes colossales de 50 millions de FCFA. Cette sévérité législative traduit une prise de conscience nationale : la biodiversité n’est pas une ressource inépuisable, mais un patrimoine de souveraineté. L’interpellation de ces trois hommes n’est donc pas qu’un fait divers, c’est l’affirmation d’un État qui refuse que ses forêts soient pillées par une criminalité organisée toujours plus audacieuse.

Le voyage de ces soixante survivants s’achèvera, pour un temps, au Limbe Wildlife Center. Dans ce sanctuaire, unique rempart spécialisé pour le perroquet jaco, ils recevront les soins nécessaires pour oublier le traumatisme de leur captivité. Mais au-delà de la rééducation physique, l’enjeu est celui de la réensauvagement. Chaque oiseau qui retrouvera la liberté sera une victoire symbolique contre un trafic qui, s’il n’est pas stoppé, finira par muer les forêts camerounaises en de vastes cathédrales de silence.

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